‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 80 sur 254 · Du latin gcari'o, reconnaissance · texte numérisé non relu

Du latin gcari'o, reconnaissance

5. Ce mot ne s'emploie aujourd'hui que dans un sens fort restreint. On le trouve encore chez Voltaire , dans l'acception générale de prix, récompense.

LA FONTAlNi:. 101

Do son tempérament*, il eût encor vécu. L'homme, trouvant mauvais que Ton l'eût convaincu, Voulut à toute force avoir cause gagnée. « Je suis bien bon, dit-il, d'écouter ces gens-là! • Du sac et du serpent aussitôt il donna Contre les murs, tant qu'il tua la bête.

On en use ainsi chez les grands :

La raison les offense; ils se mettent en tôte Que tout est né pour eux, quadrupèdes et gens, Et serpents.

Si quelqu'un desserre les dents, C'est un sot. J'en conviens ; mais que faut-il donc faire? Parler de loin, ou bien se taire.

Liv. X, fab. 2.

Lo Paysan do Danube'.

11 ne faut point juger des gens sur l'apparence : Le conseil en est bon, mais il n'est pas nouveau.

Jadis Terreur du souriceau Me servit à prouver le discours que j'avance* ;

J'ai, pour le fonder à présent, Le bon Socrate, Esope, et certain paysan Des rives du Danube, homme dontMarc-Aurèle

Nous fait un portrait fort fidèle*.

i. Avec son Icmpt^rament.

2. La Fontaine, dans celle fable, se présente à nous sous une face nouvelle, iiabile 5 traiter tous les sujets et à prendre tous les tons, il sélève ici à la eravlK'' de l'historien cl de l'orateur. On peut le comparer à Tacite lorsqu'il fait parler Galgacus dans la Vie d'Aijricoki, ou à Racine lorscju'il nous montre Mit! ridale annonçant à ses fils sou projet de marcher contre Rome. Plus d'un de ses traits est digne aussi d'èlre rapproché des considérations de IJossuel et de Montes(iuiou sur les Romains, (.^ocnbien le domaine de la fable n'a-t-il donc pas été fécondé cl agrandi par le génie de L& Fontaine !

3. Voy. la fable 5 du livre VI : le Cochet (jeune coq), le Chat et le Souriceau. Quant à cet apologue du Paijsan du Danuba , il n'aura pas seulement pour edel de prouver la justesse du conseil moral renfermé dans le premier vers; il réveillera dans tous les esprits beaucoup d'idées d'une importance encore plus grande r en d'autres termes, le fabuliste nous donnera bien plus qu'il ne nous annonce.

•'i. Marc-Aurèle, dans le livre qu'il nous a laissé sur lui-même, ne nous parle d'aucun paysan de ce genre; mais celui qui en a tracé le portrait, reproduit ici par La Fontaine, est l'auteur pt prélat espagnol Guevara , mort en lô'ii, dunl la réputation fut tr(>s-grande au seizième siècle. Ce dernier, entre autres ouvrages, en a oublié un sous le titre de Marco Auvelio con el relax de principrs (Valladolid, Î.ViO, in-fol.), qu'un certain de La Grise a traduit en français ( Paris, lôM, in-i°) el intitulé l'Horloge des princrs. C'est là ( m , '.i^ (jne se trouve l'apologue du Paysan du Danube, attribué par Guevara au plus vertueux des empereurs romains, sans doute pour ajouter à l'autorité de la fiction dont il a fait usage. Monlaigne a mentionné (Assrtùs. II, 2} le Murc-Auréle de cet écrivain élégant, mais d'une exactitude généra-

On connaît les premiers : quant à lautre. voirai

Lo personnage en raccourci.

Son menton nourrissait une barbe touffue;

Toute sa personne velue Représentait un ours, mais un ours mal léclr''* : Sous un sourcil épais il avait l'œil caché, Le rej,'ar(l de travers, nez tortu, grosse lèvre,

Portait sayon' de poil de chèvre

El ceinture de joncs marins.

Cet homme, ainsi bâti, fut d'iputé des villes Que lave le Danube. 11 n'était point d'asiles

Où l'avarice des Romains Ne pénétrât alors et ne portât les mains. Le député vint donc et fit cette harangue : « Romains, et vous, sénat, assis pour m'écout^r, Je supplie avant ttut les dieux de m'assisier' : Veuillent les immortels, conducteurs de ma langue, Que je ne dise rien qui doive être repris* ! Sans leur aide, il ne peut entrer dans les esprits

Que tout mal et toute injustice : Faute d'y recourir, on viole leurs lois. Témoin nous que punit la romaine avarice : Rome est par nos forfaits, plus que par ses exploits,

L'instrument de notre supplice.

Craignez, Romains, craignez que le ciel quelque jour Ne transporte chez vous les pleurs et la misère, Et mettant en nos mains, par un juste retour, Les armes dont se sert sa vengeance sévère ,

Il ne vous fasse en sa colère,

Nos esclaves à votre tour.

Et pourquoi sommes-nous les vôtres ? Qu'on me die En quoi vous valez mieax que cent peuples divers ? Quel droit vous a rendus maîtres de l'univers? Pourquoi venir troubler une innocente vie ?

leraent suspecte. LaFonlainea su, en élaguant quelques longueurs de l'original, conserver tout ce qu'il rrnferme de saillant. Telle n'est pas d'oilleiiis la source unique où il piiail avoir puisé en cette occasion : à ce sujet, on peut voir un [)iquanl article de Cli. Nodier, ilélanges lires d'une petiiebibliothècjHe, p. 162 et suiv.

1. On prétend que les ours achèvent de donner la forme à leurs petits en les léchant.

2. Vêtement gaulois, du latin sagum : * Sagum galiicum nomen est, » dit Isidore de Séville, On'g., XIX , 24.

3. Ce début rappelle l'eiorde du célèbre discours de Démosthène sur la Couronne.

4. Voltaire, se souvenant de ces deux vers , a dit par la bouche de Brutu.^ dans la Morl de César, 111 , 2 :

Veuillent les immortels, s'expliquant par ma bouche. Prêter à mon organe uû pouvoir qui le touche 1

Nous cultivions en paix d'heureux champs ; et nos mains Etaient propres aux arts, ainsi qu'au laijourage.

Qu'avez-vons appris aux Germains?

ils ont l'adresse et le courage :

S'ils avaient eu Tavidite,

Comme vous, et la violence, Peut-être en votre plact^ ils auraient la puissance, Et sauraient en user sans inhumanité'.

Celle que vos préteurs ont sur nous exercée

N'entre qu'à peine à la pensée.

La majesté de vos autels

Elle-même en est ofîensée ;

Car sachez que les immortels Ont les regards sur nous. Grâces à vos exemples, Ils n'ont d(want les yeux qu(; des objets d'horreur,

De mépris d'eux et de leurs temples, D'avarice qui va jusques à la fureur.

Rien ne suffit aux gens qui nous viennent de Rome :

La terre et le tiavail de l'homme Font pour les assouvir des efforts superflus.

Retirez- les : on ne veut plus

Cultiver poui' eux les campagnes.

Nous quittons les cités, nous fuyons aux montagnes,

Nous laissons nos chères compagnes, Nous ne conversons plus qu'avec des ours affreux ; Découragés de mettre au jour des malheureux, El de peupler pour Rome un pays qu'elle opprime.

Quant à nos enfants dtjà nés, Nous souhaitons de voir leurs jours bientôt bornés : Vos préteurs au malheur nous font joindre le crime. Retirez- les : ils ne nous apprendront

Que la mollesse et (lue le vice ;

Les Germains, comme eux, deviendront

Gens de rapine et d'avarice.

C'est tout ce que j'ai vu dans Rome à mon abord.

N'a-t-on pi;int de présent cà faire.

Point de pourpre à donner ; c'est en vain qu'on espère Quelque refuge aux lois : encor leur ministère A-t-il mille longueurs. Ce discours un peu fort

Doit commencer à vous déplaire.

Je finis : punissez de mort

1. On peut contester lajuslesse de ces deni derniers vers, ou regretter du moins qu'ils ne s'accordent pas siifnsamnu'Pt av"c ceux qui les préccdent. Si, en elR'l, ilira-t-i;ii , les liciiiiains avaient ou en nirnic i('mp> rniiihic et la violence, les mûmes causes auraierjt assez nalureliciuent produit les mêmes effets : ils eussent donc été aussi inhumains que le sont représentés leurs oppresseur:).

101 LA FONTAINK.

Cno plainte un pou trop sincf^re. »

A ces mots, il s(i courhe ; <;l cliacun ôlonné Adniiro le giand rœur, le bon sens, rélo(|uence'

Du sauvaj^ci ainsi ijrosterné.

On le créa j)atrifc*; et re fut la vengeance Qu'on crut ({u'un tel discours méritait. On choisit

D'autres préteurs ; et par écrit Le si'nat demanda ee qu'avait dit cet homme, Pour servir de modèle aux parleurs à venir.

Oii ne sut pas longtemps à Rome

Celte éloquence entretenir*.

Liv. Xl,fab. 7'.

Le Vieillard et les trois jeunes Hommes.

Un octogénaire plantait. « Passe encor de bâtir ; mais planter à cet âge ! Disaient trois jouvenceaux, enfants du voisinage :

Assurément il radotait.

Car, au nom des dieux, je vous prie, Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir*? Autant qu'un patriarche il vous faudrait vieillir.

A quoi bon charger votre vie Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous? Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées ; Quittez le long espoir et les vastes pensées*:

1, Excellente progression dans les mois ; le grand cœur et le bon sens, voilà bien la double source de l'éloquence.

'i. C'est- â-d ire patricien ou sénateur. Ce mot de patrice et la dignité qu'il désignait ne datèrent , à proprement parler, que de Constantin (voy. Zosime, Hist.nonv., liv. Il) : ils appartiennent au Bas-Empire.

3. Sur les causes qui ont amené la décadence et ensuite la chute entière de l'éloquence romaine, il faut voir Tacite, Dialogue des orateurs, ch. 28 et suiv.

4. « Avec quelle aisance surprenante, dit La Harpe au sujet de celte fable, La Fontaine, si simple d'ordinaire, ne s'élèvc-t-il pas ici au ton de U plus haute philosophie ou de l'éloquence la plus sublime? > Mais chez lui , on l'a remarqué avec raison , tout jusqu'au sublime paraît être facile et familier : tant les beautés les plus diverses sont habileaienl fondues dans un style qui charme toujours et n'étonnejamais!

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