C'est le pnllida mors d'Horace, Od., l
'2. CiC(^ron, de la Vieillesse , ch. 7, rappelle ce vers d'un ancien poCte : !e vieillard, dit Céciliiis SlatiMS,
Serlt arbores quae alteri saeculo prosint ;
de môme Virgile, Égl., IX, 50:
Insère, Daphni , pires : carpent tua poma nepotes {
et dans les Géorg., Il , 5S :
Arbos
Tarda vcDit, seris factura ncpotibus umbram.
3. Avec quel art la tristesse que réveille une idée de mort n'esl-elle pas tempérée ici par la grâce riante de l'expression !
/i. On dirait aujourd'hui en Amérique : à ne se mettant plus devant le nom d'une contrée, mais seulement devant le nom d'une ville.
5. Tourelliplique pour le vieillard les pleura et grava... Cette forme, que n'admettrait pas ta prose, est parfaitement autorisée en poésie, où elle a de la nouveauté et de la grùce.
6. Le Batleux et La Harpe ont commenté cet apologue (si l'on peut donner ce nom à un récit qui n'a rien d'allégorique) : c est parcilleuienl l'une des pièces où Chamtori s'est le plus applique à mettre en relief la valeur inflnie des détails, il la signale comme • charmante cl au>;si parfaite pour l'exécution qu'aucun autre ouvrage sorti des mains de La Tontaine.» On admi-
106 LA lONTAlNE.
Élégie aux nymphes de Vanx*.
Remplissez Tair de cris en vos grottes profondes,
Pleurez, nymphes da Vaux, faites croître vos ondes
El que TAuqucuiP enflé rava;,^e les trésors
Dont les regards de Flore ont embelli ses bords.
On ne blâmcia pas vos larmes innocentes :
Vous pouvez donner cours à vos douleurs pressantes;
Chacun attend de vous ce devoir généreux :
Los Destins sont conients', Oronte est malheureux.
Vous Pavez vu naguère au bord de vos fontaines,
Qui, sans craindre du sort les faveurs inferlaines,
Plein d'éclat, plein de gloire, adoré des mortels.
Recevait des honneurs qu'on ne doit qu'aux autels*
Hélas! qu'il est déchu de ce bonheur supiêrne!
Que vous le trouveriez différent de lui-même!
Pour lui les plus beaux jours sont de secondes nuits :
Les soucis dévorants, les regrets, les ennuis.
Rôles infortunés de sa triste demeure.
En des gouffres de maux le plongent à toute heure.
rera surtout la haute sagesse et la philosophie aimable qui y régnent. Parmi les n.ii'riU'S à relever, notons la réserve du fabuliste et le soin avec lequel il s'efface : il nese donne nullement pour l'auteur de cette histoire; il semble n'avoir fait que la recueillir sur le marbre «lu cénotaphe.
1. (/était la maison de campagne de Fouquet, qui avait prodigué pour l'enibcllir les trésors de la France. Si , à tel égard , sa prodigalité fut sans excuse, il fit preuve souvent d'une générosilé plus éclairée et plus louable, notamment en encourageant par ses faveurs le génie de La Fontaine, que Colberl cl Louis XIV eurent le tort de ne jias assez a[)précier. L'^rsque la dis- (:ràce eut frappé son bienfaiteur, le poêle reconnaissant embrassa sa défense dans ces lieaux vers : mais vainement il associa ses elTorls et son génie à ceux de Pellisson, de M'-' do Sévigné cl de Ménage qui, di\-sepl ans après la condamnation de Fouquet , demandait encore au roi qu'il rendit la liberté &u prisonnier; il ne réussit pointa désarmer la puissante colère des ennemis du surintendant. Au moins n'a-t-il pas peu protégé auprès de la postérité sa mémoire, étroitement liée au souvenir de plusieurs chefs-d'œuvre de notre littérature,
2. Petite rivière qui arrosait la propriété de Fouquet , fort remarquable, d'ailleurs, par la beauté de ses eaux.
3. La Fontaine, si l'un eu croit Voltaire , avait d'abord mis :
La cabale est contente.
mais la réflexion lui fit modifier ce trait, dont il put pressentir que des personnages considérables seraient offensés.
4. Allusion aux tètes pompeuses de Vaux, racontées par La Fontaine, dans une lettre à son ami Maucroix. Celui-ci composait aussi des vers, parfois excellents : tel est ce quatrain qu'il fil dans sa vieillesse:
Chaque jour est un don que du ciel je reçoi ; Je jouis aujourd'hui du soleil qu'il me donne : n n'api^iarlient pas plus aux jeunes gens qu'à moi, Et celui de demain n'appartient à pei-soune.
LA FONTAliNE. 107
Voilà le précipice où l'ont enfin jeté
Les attraits enchanteurs de la prospérité.
Dans les palais des rois cette plainte est commune :
On n'y connaît que trop les jeux de la Fortune,
Ses trompeuses faveurs, ses appas inconstants;
Mais on ne les connaît que quand il n'est plus temps'.
Lorsque sur cette mer on vo^nie à pleines voiles,
Qu'on croit avoir pour soi les vents et les étoiles.
Il est bien malaisé de réj^ler ses désirs :
Le plus sage s'endort sur la foi des zéphyrs*.
Jamais un favori ne borne sa carrière :
Il ne regarde pas ce qu'il laisse en arrière;
i^.t tout ce vain amour des grandeurs et du bruit
iNe le saurait quitter qu'après l'avoir détruit.
Tant d'exemples fameux que l'histoire en raconte
Ne sufiîsaient-ils pas sans la perte d'Oronte?
Ah! si ce faux éclat n'eût pas fait ses plaisirs,
Si le séjour de Vaux eût borné ses désirs,
Qu'il pouvait doucement laisser couler son âgeM
Vous n'avez pas chez vous ce brillant équipage,
Cl Itt; foule de gens qui s'en vont chaque jour
Saluer à longs Ilots le soleil de la cour* :
Mais la faveur du ciel vous donne en récompense
Du repos, du loisir, de l'ombre et du silence.
Un tranquille sommeil, d'innocents entretiens*,
Et jamais à la cour on ne trouve ces biens.
1. Dans lous ces vers aucune trace d'effort: de là l'observation suivante d'un critique eslimt", M. Gustave Planche : « Ce qui caraclérise La Fontaine, disait-il , c'est la simplicité poussée jusqu'à ses dernières limites, simplicité tellement frappante, image si (idèle de la nature, que les ignorants ne savent pas y di'couvrir le génie. Les inlelligenccs vulgaires se croiraient volontiers capables d'inventer son langage. » On se rappelle cette réflexion profonde de Pascal : • l-es meilleurs livres sont ceux que ceux qui les lisent croient qu'ils auraient pu faire. • ( De l'Ail de iicisiiadcr. )
2. Noui avons rencontré une image semblable dans l'admirable morceau deBossuetsur la jeunesse, donné dans le même recueil. » Comme elle ( la jeunesse )se sent forie et vigoureuse, elle bannit la crainte et tend les voiles de toules parts à l'espérance qui l'enllc et la conduit. »
8. I/accent pénétré de ces vers nous fait bien sentir que le plus granJ bonheur de La Fontaine , c'était
Le repos , le repos , trésor si pn'cieux Qu'on en faisait jadis le paitage des dieux I
Voy. fab. 12du liv. Vil.