I. Tour pénible cl sons rudes
'2. Pascal emploie aussi ce mol comme adjecUT , ce qui se faisait alors habiluellemenl el ne se fail plus qu'en Irès-peu de cas. Il dil dans ses Peiméet.,
I2Î MOLIKRE.
Je ri.î des noirs accfts où je vous envisai^e,
Et crois voir en nous deux, sons rn<^rnos soins nourris.
Ces deux frênes que peint Vhcole des maris*.
Dont....
ALCESTE. Mon Dieu! laissons là vos comparaisons fad«*s.
PHILFNTE.
Non : tout de bon, quittez toutes ces incartades.
Le monde par vos soins ne se changera pas :
Et, puisque la franchise a pour vous tant d'appas,
Je vous dirai , tout franc, que celle maladie,
Partout où vous allez, donne la comédie,
Et qu'un si grand courrpux contre les mœurs du temps
Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens.
ALCESTE. [mande ;
Tant mieux, morbleu! tant mieux, c'est ce que je de- Ce m'est un fort bon signe, et ma joie en est grande; Tous les hommes me sont à tel point odieux. Que je serais fâché d'ôtre sage à leurs yeux^
PHILINTE
Vous voulez un grand mal à la nature humaine.
ALCESTE
Oui; j'ai conçu pour elle une effroyable haine*.
en parlant de Platon etd'Arislole ; « Quand ils se sont divertis à faire leurs Lois et leurs Politiques,... c'était la partie la moins philosophe et la moins sérieuse de leur vie; le plus philosophe était de vivre simplement et tranquiilemont. » Vauventirgues a encore écrit: «Qui s étonnera des erreurs de ranii(juité, s'il considère qu'aujourd'hui, dans le plus philosophe de tous les siècles ..? »
1. Celle pièce en vers et en trois actes, si remarquable par le génie comique, la conduite et le dénoùment , fut jouée sur le théâtre du Palais-Royal Fan IGGI , et peu de temps après que la troupe de Molière y avait commencé ses représentations. Elle eût suffi, a dit Voltaire, pour rendre impérissable la renommée de son auteur. Les deux frères sont Sganarelle et Ariste, dont les opinions sont en effet très-différentes, comme on peut le voir dès la scène d'exposition.
2. Ces vers tracent parfaitement le caractère du misanthrope, tel que le peint Socrate dans le l'hédon : voy. Plalonis Opéra, tom. I, p. '203, édil. de Deux-Ponls. « La misanthropie, dira-t-on en traduisant ce passage, vient de ce qu'après s'èlre, sans aucune connaissance des hommes, beaucoup fié à quelqu'un d'entre eux, et l'avoir cru sincère et loyal, on trouve bientôt après qu'il est faux et méchant.... Lorsqu'on a essuyé plusieurs décepiions sem'ilables, si surtout c'est de la part de ceux qu'on regardait comme ses meilleurs amis, on finit par prendre en haine tout le genre humain, et par s'imaginer qu'il n'y a personne absolument de droit et d'honnête. •
3. J. J. Rousseau , en présence d'un langage si affirmatif, est peu fondé, ce semble , à dire qu'Alceste n'est pas un tnisanihrope à la lellre. Bien au contraire ; il ne hait pas seulement le vice, ce qui convient à tout homme dho;;iieur, mais, par une conséquence très-injuste, les hommes en général , parce qu'il y en a parmi eux qui sont dignes de mépris. — Quant à Phiiinle, c'est également à tort que Rousseau fait de lui un malhonnête homme, ou , pour lui emprunter son langage, un de ces honnêtes gens du grand monde qu'il représente sous des couleurs si odieuses. En partant de
PHILINTE
Tous les pauvres mortels , sans nulle exception ,
Seront enveloppes dans cette aversion?
Encore en esl-il bien , dans le siècle où nous sommes....
ALCESTE
Non , elle est générale, et je hais tous les hommes :
Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants,
Et les autres, pour ôlre aux méchants complaisants,
Et n'avoir pas pour eux ces haines vigoureuses
Que doit donner le vice aux âmes vertueuses*.
De cette complaisance on voit Tinjuste excès
Pour le fran(; sciiléiat avec qui j'ai procès.
Au travers de soii masque on voit à plein^ le traître :
Partout il est connu pour tout ce qu'il peut être;
Et ses roulements d'yeux et son ton radouci
N'iuiposent qu'à des f;ens qui ne sont point d'ici.
Oii sait que ce pied-plat, digne qu'on le confonde,
Par de sales emplois s'est poussé dans le monde,
Et que par eux son sort, de splendeur revêtu ,
Fait gronder le mérite et rougir la vertu.
Quelques litres honteux qu'en tous lieux on lui donne,
Son misérable honneur ne voit pour lui personne ;
N )mmez-le fourbe, infâme, et scélérat maudit,
Tout le monde en convient, et nul n'y contredit.
dépendant ^a grimace est partout bienvenut; :
On l'accueille, on lui rit, partout il s'insinue;
Et s'il est, par la biigue, un rang à disputer,
Sur le plus honnête homme on le voit l'emporter.
Tèlebleu^ ! ce me sont de mortelles blessures.
De voir qu'avec le vice on garde des mesures;
Et parfois il me prend des mouvements soudains
De fuir dans un désert l'approche des humains.
ces fausses prémisses, il ne poiivail manquer d'arriver à une conclusion erronée. IMiilinle n'esl pas davantage, comme il a plu à (piolques-uns de le dire, un 5a;re accompli, l.e seul but de Molière, en opposant l'un à l'aulre un esprit indulgent, ami de la société, cl un fougueux ennemi des travers, a clé de doir.ur à ces deux caraclères loule leur saillie.
I. Ainsi raisonnait et parlait , comme le rapporte Krasme dans ses A}-opJilhe'imrs. l'Alhénien Timon, l'original de tanl de copies : * Timon, .•Mlieiiieiisls, diclus ixiai/Opioito;, interrogalus cur omnes liomines odio proscpicrelur : Malos , inquit, meriioodi; celeros ob id odi , quod malos non oderinl. »
'2. Forme expressive qui par malheur a vieilli, pour eutiéremcttl , comptétnntiit. l'ascal dit aussi dans les Pensées : « Qui voudra connaître à phin la vanilé de riioiiime.... • Aujourd'hui en plein , mais dans le langa;;e ramilier.
3. Celte exclamation et d'aulres semblables, que Molière a idaci'es dans la liouche d'Abosie, peignent bien son caraclère impatient et irritable. ( 'était dailleurs une habitude ou plutôt un ridicule des gens de cour, que de prodiguer à celte époque de tels jurements.
iU MOLIKHIv
FHILIMK.
Mon Dieu! dos mœurs du tfmps mettons-nous moins Kl faisons un pfMi ^tûco à la naturo humai rjc ; [en peinfi, No rexaininoiis point dans la ^^ande riî^uour, Ei voyons ses délauts avec (lueique douceur. Il faut, parmi le monde, une vertu trailable; A foiTo de safjesse on peut être blâmable : l.a paifaile raison fuit totito extrémité, Et veut i\w Ton soit saj,'e avec sobriété*. Cette grande roiiieur des vertus des vieux âges Heurte trop notre siècle et les communs usages : Elle veut aux mortels trop de perfection. Il faut nécliir au temps ^, sans obstination; El c'est une folie, à nulle autre seconde, De vouloir se mêler de corriger le monde. J'observe, comme vous, cent choses, tous les jours, Qui pourraieni mieux aller, prenant un autre cours; Mais, quoi qu'à chaque pas je puisse voir paraître, En courroux, comme vous, on ne me voit point être. Je prends tout doucement les hommes comme ils sont ; J'accoutume mon âme à souiïrir ce qu'ils font; Et je crois qu'à la cour, de même qu'à la ville. Mon flegme est philosophe autant que votre bile'.
ALCESTE
Mais ce flegme, monsieur, qui raisonne si bien^
Ce flegme pourra- t-il ne s'échautTer de rien?
Et s1l faut, par hasard, qu'un ami vous trahisse.
Que pour avoir vos biens on dresse un artilice.
Ou qu'on tâche à* semer de méchants bruits de vous,
Verrez-vous tout cela sans vous mettre en courroux?
PHILINTE
Oui : je vois ces défauts , dont votre âme murmure, Comme vices unis à l'humaine nature^; Et mon esprit enfin n'est pas plus offensé
I. C'est ce qu'a dit Horace dans ses Satires , I, 1, v. 106: et on peut voir les mêmes pensées développées avec une plus grande autorité dans saint l'aul , Epîlrc aux Romains , c. i2.
'2. Tour vif pour accommoder, plier son humeur au temps.
3. L'auteur, selon la remarque de Lemercier, établit dans ces vers, si remplis de bon sens, la moralité fondamentale de sa comédie du iiisanthrope.