‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 95 sur 254 · I.a chute en est jolie, amoureuse, admirable · texte numérisé non relu

I.a chute en est jolie, amoureuse, admirable

ALCESTE, bas à part.

! a peste de la chute, empoisonneur au diable! i^n eusses-tu fait une à te casser le nez^!

PHILINTE

Je irai jamais ouï de vers si bien tournés.

ALCESTE, bas à part.

Morbleu !

onoNTE, à Philinte.

Vous me flattez, et vous croyez peut-être...

PHILINTE

jNon, je ne flatte point.

ALCESTE, bas à part. Hë! que fais-tu donc, traîtret

ORONTE, à Alceste.

Mais, pour vous, vous savez quel est notre traité. Parlez-moi, je vous prie, avec sincérité.

ALCESTE

Monsieur, cette matière est toujours délicate.

Et sur le bel esprit nous aimons qu'on nous flatte.

Mais un jour, à quelqu'un , dont je tairai le nom,

Je disais, en voyant des vers de sa façon,

Qu'il faut qu'un galant homme ait toujoursgrand empire

Sur les démangeaisons qui nous prennent décrire ;

Qu'il doit tenir la bride aux grands empressements

Qu'on a de faire éclat de tels amusements;

Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages,

Ou s'expose à jouer de mauvais personnages*.

1. On a dit que celte petite pièce était de Benserade, Quoi qu'il en soit, le parterre, ainsi que l'a remarqué J. J.Rousseau, eut quelque dépit, à la première représenlalion , de n'avoir pas été sur le sonnet de l'avis du misanlhro])e, qui était celui de Molière.

2. Ce Irait n'est certes pas de fort bon goût, et J. J. Rousseau allègue, non sans quelque raison, qu'il convient peu de faire des jeux de mois à celui qui va les blâmer tout à l'heure. Mais celte boutade provoque le rire, el elle sied à la mauvaise humeur d'Alceste, qui n'a pas assez de patience pour surveiller ses paroles. Il faut le remarquer: le style est partout, chez Molière comme chez tous les auteurs accomplis , l'expression du caractère de chaque personnage.

3. Les nuances des trois caractères , rendues ici par le langage qui leur

ORONTE

Est-ce que vous voulez me déclarer par là Que j'ai tort de vouloir...?

ALCKSTE. Je ne dis pas cela.

Mais je lui disais, moi, qu'un froid écrit assomme*; Qu'il ne faut que ce faible à décrier^ un homme; Et qu'eîit-on, d'autre part, cent belles qualités, On regarde les gens par leurs méchants côtés.

OHONTE.

Est-ce qu'à mon sonnet vous trouvez à redire?

Al.CESTE.

Je ne dis pas cela. Mais, pour ne point écrire,

Je lui mettais aux yeux comme, dans notre temps,

Cette soif a gâté de fort honnêtes gens.

OnONÏE.

Est-ce que j'écris mal? et leur ressemblerais-jeî

ALCESTE

Je ne dis pas cela*. Mais enfin, lui disais-je,

Quel besoin si pressant avez-vous de rimer?

Et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer?

Si l'on peut pardonner l'essor d'un mauvais livre.

Ce n'est qu'aux malheureux qui composent pour vivre.

Croyez-moi, résistez à vos tentations :

Dérobez au public ces occupations;

Et n'allez i)oint quitter, de quoi que l'on vous somme.

Le nom que dans la cour vous avez d'honnête homme.

Pour prendre, de la main d'un avide imprimeur.

Celui de ridicule et misérable auteur.

C'est ce que je tâchai de lui faire comprendre*.

est le mieux approprié, monlrenl bien, suivant un commenlalour, « avec quelle ntiossc Molière savait observer et avec quel talent il savait peindre. Pas un mot de trop, pas un sacrifice à la rime : la prose ne s'exprimerait ni avec autant de concision ni avec plus de simplicité. >

i. Endort... Ja^lis rtssoHiHiflr voulait dire non-siulemcnt accabler de coups, abattre, mais endormir, gravi somno 0}>pnim're, traduit noire ancien lexicographe Kicot : rac. $umme. On lit dans la Tarce de Pathelin:

Hélas 1 il est si assommé Le pauvre homme !

En d'autres termes, si endormi.

Page 1