L. Ratisbonne (Trad. de Dante
L'Idolâtrie.
Le monde avait vieilli dans 1 idolâtrie, et, enchanté par ses idoles, il était devenu sourd a la voix de la nature qui criait contre elles. Quelle puissance fallait-il pour rappeler dans la mémoire des hommes le vrai Dieu, si profondément oublié, et retirer le genre humain d un si prodigieux assoupissement!
Tous les sens, toutes les passions, tous les intérêts combattaient pour l'idolâtrie. Elle était faite pour le pla' les divertissements, les spectacles, et enfin la licence ménv*
1" La Divine Comédie. Michel Lévy édit.).
y faisaient une partie du culte divin. Comment accoutumer des esprits si corrompus à la régularité de la religion véritable, chaste, sévère, ennemie des sens et uniquement attachée aux biens invisibles? Saint Paul parlait à Félix, gouverneur de la Judée, de la justice, de la chasteté et du jugement à venir. Cet homme effrayé lui dit : « Retirez-vous quant à présent : je vous manderai quand il faudra. » Ces discours étaient incommodes pour un homme qui voulait jouir sans scrupule, et à quelque prix que ce fût, des biens de la terre.
Youlez-vous voir remuer l'intérêt , ce puissant ressort qui donne le mouvement aux choses humaines? Dans ce grand décri de l'idolâtrie que commençaient à causer dans l'Asie les prédications de saint Paul, les ouvriers qui ga-. gnaient leur vie en faisant de petits temples d'argent de la Diane d Ephèse s'assemblèrent, et le plus accrédité d'entre eux leur représenta que leur gain allait cesser; « et nonseulement, dit-il, nous courons fortune de tout perdre; mais le temple de la grande Diane va tomber dans le mépris; et la majesté de celle qui est adorée dans toute l'Asie, et même dans tout l'univers, s'anéantira peu à peu. »
Que l'intérêt est puissant, et qu'il est hardi quand il peut se couvrir du prétexte de la religion! Il n'en fallut pas davantage pour émouvoir ces ouvriers. Ils sortirent tous ensemble criant comme des furieux : La grande Diane des Ephésieml et traînant les compagnons de saint Paul au théâtre, où toute la ville s'était assemblée. Alors les cris redoublèrent, et durant deux heures la place publique retentissait de ces mots : La grande Diane des Ephésiens! Saint Paul et ses compagnons furent à peine arrachés des mains du peuple par les magistrats, qui craignirent qu'il n'arrivât de plus grands désordres dans ce tumulte.
Joignez à l'intérêt des particuliers l'intérêt des prêtres qui allaient tomber avec leurs dieux; joignez à tout cela l'intérêt des villes que la fausse religion rendait illustres, comme la ville d'Ephèse qui devait à son temple ses privilèges, et l'abord des étrangers dont elle était enrichie : quelle tempête devait s'élever contre l'Eglise naissante, et faut-il s'étonner de voir ses apôtres si souvent battus , lapidés et laissés pour morts au milieu de la populace!
Bossuet.
genre épique i:t 8-BNRB historique 21
Homère.
Je ne suis qu'un Scythe, et l'harmonie des vers d'Homère, cette harmonie qui transporte les Grecs, échappe souvent à mes organes trop grossiers ; mais je ne suis plus maître de mon admiration, quand je vois ce génie altier planer, pour ;iiu^i dire, sur l'univers, lançant de toutes parts ses regards embrasés , recueillant les feux et les couleurs dont les objets étincellent à sa vue, assistant au conseil des dieux, sondant les replis du cœur humain, et bientôt, riche de ses découvertes, ivre des beautés de la nature, et, ne pouvant plus supporter l'ardeur qui le dévore, la répandre avec profusion dans ses tableaux et dans ses expressions; mettre aux prises le ciel avec la terre, et les passions avec ellesmémes; nous éblouir par ces traits de lumière qui n'appartiennent qu'aux talents supérieurs; nous entraîner par ces saillies de sentiment qui sont le vrai sublime, et toujours laisser dans notre âme une impression profonde qui semble lY'U'ndre et l'agrandir. Barthélémy.
Les Grecs et les Romains.
L'honneur, la bonne conscience et la religion sont unis des plaisirs grossiers. Par de tels sentiments, li s anciens Romains avaient appris à leurs enfants à mépriser leur corps, à le sacrifier pour donner à l'âme le plaisir de la vertu et de la gloire. Chez eux, ce n'étaient pas seulement li ; personnes d'une naissance distinguée, c'était le peuple entier qui était tempérant, désintéressé, plein de mépris pour la vie. uniquement sensible a l'honneur et à la sagesse. Quand je parle des anciens Romains, j'entends ceux qui ont vécu avant que l'accroissement de leur empire eût altéré la simplicité de leurs mœurs.
Avant les Romains, les Grecs, dans les bons temps de leurs républiques, nourrissaient1 leurs enfants dans le mépi is du faste et de la mollesse : ils leur apprenaient à n'estimer que la gloire; à vouloir, non pas posséder les richesses, mais vaincre les rois qui les possédaient; à croire qu'on ne peut se rendre heureux que par la vertu. Cet esprit s'était si fortement établi dans ces républiques, qu'elles ont fait des choses incroyables, selon ces maximes si contraires à .elles de tous les autres peuples. Fénelon.