‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 101 sur 115 · CoNFt.nt.NCES. (Poussiolgue Rusaud édit · texte numérisé non relu

CoNFt.nt.NCES. (Poussiolgue Rusaud édit

De la Tristesse.

La tristesse est une sorte de crépuscule qui suit la douleur; et malgré l'opinion des poètes qui se piquent volontiers d'être tristes sans raisons et qui chantent la mélancolie comme un don fatal du ciel, comme un mystérieux privilège des âmes délicates, il n'y a pas plus de tristesse sans cause qu'il n'y a de gaieté sans motif. Mais les causes île la tristesse et de la gaieté ne sont pas toujours simples idéales; on ne trouve pas toujours à la source de l'une ou de l'autre une grande douleur ou une vive joie.

Plusieurs circonstances futiles, mais réunies par le hasard et se venant en aide les unes aux autres, peuvent produire en nous un état de tristesse ou de gaieté dont la cause nous échappe et que nous attribuons, faute d'examen, au pur caprice de la nature humaine qui, étudiée de plus près, n'a pas de caprices et obéit à des lois. Mille coups d'épingle peuvent donner la fièvre aussi bien qu'une profonde blessure; des incidents légers et inaperçus de nous-mêmes au moment où ils se produisent peuvent créer en nous un état de gaieté ou de tristesse assez fort pour résister aux circonstances extérieures lorsqu'elles nous sollicitent en sens contraire. Ce parti pris de notre âme nous étonne alors nous-mêmes, et nous nous demandons pourquoi telle chose qui devrait nous attrister ou telle autre chose qui devrait nous plaire est sur nous sans pouvoir; c'est qu'une disposition contraire a été déterminée à notre insu dans notre âme et qu'elle a encore assez de force pour résister aux assauts du dehors.

Il faut aussi tenir compte des causes permanentes et générales qui nous rendent plus ou moins capables de gaieté ou de tristesse, et que nous oublions volontiers lorsque nous attribuons l'état de notre âme à un pur caprice de la nature. Vous avez, par exemple, mille causes d'inquiétude ou de chagrin ; de plus, la nature est en deuil, le ciel est sombre, une pluie lente et froide pénètre la terre, et cependant, malgré votre raison pleine de germes de tristesse qui voudraient éclore, malgré vos sens combattus et froissés par les circonstances extérieures, vous ne pouvez vous résoudre à être triste, votre âme se soulève sans effort pour rejeter le fardeau, ou elle le porte légèrement, de bonne grâce, avec un confiant sourire qui défie l'univers de l'accabler. Vous vous demandez d'où vient cette force surprenante; vous ou-

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bliez Beulemenl que troua toub portas Mon et que vous avez Vingl ;uis.

L ■ |eunease el la santé Bont deux remparts qui bravent les

le i.i tristesse, et tant qu'ils nous protègent, elle se

peut guère remporter sur nous que de M blés el eourti avan-

-. .M ; t i s ces murailles protectrices sont sans cesse mipar le temps, el les déceptions de la vie en détachent chaque Jour quelque pierre, jusqu'il ce que la brèche, étant une fuis ouverte el s'élargissent toujours, la trietei et repasse a son aise, eu attendant qu'elle s'établisse au coeur de la place et n'en sorte plus. Qui de nous ne la oonnu, ce merveilleux ressort de la jeunesse et de rinexpérience, si prompt à se redresser sous la plus dure étreinte? Rebondissant sous le choc comme nos balles rapides, et s'élevant d'autant plus baul qu'elle a été frappée plus fort, notre àme adolescent e, rabattue par les premières déceptions de la vie, ne s'en élance que mieux dans le vaste champ de ses espérances; mais après tant d'élans hardis et tant de chutes profondes, elle perd sa force, et, sans réagir davantage contre le coup qui la frappe, elle languit à terre, amollie, flétrie, BOUillée, roulée par le sort comme par le pied d'un passant. C'est ainsi que s'épuise en nous ce fonds de force et de vie, cette alacrité de l'àme qui nous permet de résister si aisément aux premiers efforts de la tristesse. Cette réserve une fois consommée, l'équilibre est rompu contre nous, et comme un homme qui voit tous les jours croître ses dépenses et diminuer ses richesses, nous avons de plus en plus de peine à faire face aux chagrina de la vie. Les illusions s'en vont une à une, et nous avons beau restreindre de plus en plus nos espérances, comme pour tenter par notre modération la générosité du sort, comme pour faire au-devant de lui la moitié du chemin, il nous trompe toujours et nous demande incessammentun sacritice après un sacrifice. Comme l'impitoyable Romain qui, après avoir dit au peuple de Carthage : «Donne-moi tes vaisseaux, donne-moi tes éléphants, donne-moi tes armes, » lui dit enfin : c Donne-moi ta cité, que je veux détruire, et va habiter plus loin, » ainsi le sort nous presse; et après nous avoir dépouillés de cette illusion, il nous dit : « Quitte encore cette autre; donne-moi enfin ce que lu as de plus sacré ou de plus cher, il faut que j'atteigne le fond de ton coeur. > Et alors même que par une sorte de négligence quelque chose nous est laissé, alors même que par une laveur singulière nous avons accompli ou possédé

une partie de ce qui excitait nos désirs, quelle âme humaine n'a en elle-même, au bout d'un certain temps, assez d'illusions détruites, assez de déceptions accumulées, assez de ruines intérieures pour qu'au moindre souvenir qui les agite il ne s'en échappe, comme une noire vapeur, un nuage épais de tristesse?

Si quelque curiosité nous pousse alors à examiner de prés ces ruines, nous y trouvons en même temps l'histoire de notre vie et le moyen de porter un jugement équitable sur nous-mêmes. Qu'est-ce en effet que ce résidu de nos déceptions, source intarissable de tristesse, sinon un indice de la pente constante de notre âme, une sorte de témoignage irrécusable sur la direction habituelle de nos vœux? Nos tristesses sont du même ordre que nos désirs, puisque nos désira déçus les composent, et nos désirs, c'est nous-mêmes.

Quelles sont donc les causes de notre tristesse? Sontelles nobles, élevées, avouables ou égoïstes, misérables, bonnes à cacher loin de toute lumière? Nos amis, notre pays, le désir trop souvent confondu de savoir la vérité, l'inutile effort vers le bien, le découragement inquiet de l'âme qui s'élance vers la lumière et qui retombe, sont-ils au fond de notre tristesse, mêlés, je le veux bien, à cette inévitable lie qui dort toujours dans le cœur de l'homme ; ou bien cette lie est-elle tout notre cœur, et notre tristesse vient-elle seulement de l'inexécution de nos vœux injustes et de la soif inassouvie des plaisirs vulgaires? Nous pouvons ainsi prendre notre mesure. Savoir au vrai pourquoi l'on est triste, c'est être bien près de savoir ce qu'on vaut. Prévost Paradol'.

Les Passions.

Ces riches, que du siècle adore l'imprudence,

Passent comme fumée avec leur abondance;

Et de leurs voluptés le plus doux souvenir,

S'il ne passe avec eux, ne sert qu'à les punir.

Celles que leur permet une si triste vie

Sont dignes de pitié beaucoup plus que d'envie :

Elles vont rarement sans mélange d'ennuis.

Leurs jours les plus brillants ont les plus sombres nuits.

Souvent mille chagrins empoisonnent leurs charmes,

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