‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 13 sur 115 · CINRR ÉPIQUE ET GENRE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

CINRR ÉPIQUE ET GENRE HISTORIQUE

res de délassement vers la chaumière des pauvres, qu'il sou-

ait lui-même ! Et cependant à toutes ces vertus de il savait unir la plus téméraire bravoure ; c'était à la fois le meilleur chevalier et le meilleur chrétien de France : on le vit a i aillebourg et à la Massoure. C'est qu'il pouvait combattre et mourir sans crainte, celui qui avait l'ait avec la justice de Dieu et des hommes un pacte inviolable ; qui savait pour lui rester fidèle être si sévère contre son propre frère ; qui n'avait pas rougi, avant de s'embarquer pour la croisade, d'envoyer par tout son royaume des moines mendiants chargés de s'informer auprès des plus pauvres gens, s'il leur avait, été fait quelque tort au nom du roi, et de le réparer aussitôt à ses dépens.

Aussi, comme s'il eût été une sorte d'incarnation de l'équité suprême, il est choisi pour arbitre dans tous les grands procès de son temps, entre le pape et l'empereur, entre les savants d'Angleterre et leur roi ; captif et enchaîné par les infidèles, c'est encore lui qu'ils prennent pour juge. Poussé deux fois par l'amour du Christ sur la plage barbare, après la captivité, il y trouve la mort. C'était une sorte de martyre. le seul qui fût à sa portée, et le seul trépas digne de lui.

Sur son lit de mort il dicte a son fils ses mémorables instructions, les plus belles paroles qui soient jamais sorties de la bouche d'un roi. Avant de rendre le dernier soupir, on l'entend murmurer à voix basse : « 0 Jérusalem, ô Jérusalem ! » Était-ce à celle du ciel ou à celle de la terre qu'il adressait ce regret ou cet espoir sublime? Il n'avait pas voulu entrer dans celle-ci par traité et sans son armée, de peur qua son exemple n'autorisât les autres rois chrétiens à faire de même. Ils firent mieux : pas un n'y alla après lui. Il fut le dernier des rois croisés, des rois vraiment chrétiens, des rois pontifes : il en avait été le plus grand. Il nous a laissé deux monuments immortels, son oratoire et son tombeau : la Sainte-Chapelle et Saint-Denis, tous deux purs, simples, élancés vers le ciel comme lui-même. Il en a laissé un plus beau et plus immortel encore dans la mémoire des peuple^, le chêne de Vincennes. Montalembert.

Dante.

Dante, vieux gibelin ! quand je vois en passant Le plâtre blanc et mat de ce masque puissant

Que l'art nous a laissé de ta divine tête,

Je ne puis m'empêeher de frémir, ô poète !

Tant la main du génie et celle du malheur

Ont imprimé sur toi le sceau de la douleur !

Sous l'étroit chaperon qui presse tes oreilles

Est-ce le pli des ans, ou le sillon des veilles

Qui traverse ton front si laborieusement?

Est-ce au champ de l'exil, dans l'avilissement,

Que ta bouche s'est close à force de maudire ?

Ta dernière pensée est-elle en ce sourire

Que la mort sur la lèvre a cloué de ses mains?

Est-ce un ris de pitié sur les pauvres humains?

Oh ! le mépris va bien sur la bouche de Dante,

Car il reçut le jour dans une ville ardente,

Et le pavé natal fut un champ de graviers

Qui déchira longtemps la plante de ses pieds.

Dante vit comme nous les factions humaines

Rouler autour de lui leurs fortunes soudaines ;

Il vit les citoyens s'égorger en plein jour,

Les partis écrasés renaître tour à tour ;

Il vit sur les bûchers s'allumer les victimes;

Il vit pendant trente ans passer les flots de crimes,

Et le mot de patrie à tous les vents jeié,

Sans profit pour le peuple et pour la liberté !

O Dante Alighieri ! poète de Florence !

Je comprends aujourd'hui ta mortelle souffrance.

Barbier l.

Michel- Ange et la Renaissance.

O Rome ! sors de tes ruines, Grande ombre 1 renais à sa voix :

Fais revivre à jamais l'orgueil des Sept Collines,

Sois la Reine du monde une seconde fois. Michel-Ange l'a dit : tout respire, L'airain, le marbre, le porphyre

En colonne soudain s'élancent dans les airs ;

Tels que, charmés jadis par la lyre thébaine, Les rocs, sur les remparts d Alcmène, Montaient dans leurs ordres divers.

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