‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 14 sur 115 · Pokme9. (Dsntu édit · texte numérisé non relu

Pokme9. (Dsntu édit

GENRK ÉPIQUE l HISTORIQUE 39

Riv.il do Scopafl 61 «I Ap'II.',

Tu surp irs progi

Toi, don I art, héritier de leur gloir ■ 'lie,

A dé \'i rave eneor connu sels.

' u toi, i Et la i ut" une àme à ton ,

Là, pour peupler i es brillants p

magnifl lues, Dieux naissent d >u.

tel est ce temple au dôme in

Ce temple où tous les arts rivaux, Unis pour décorer sa pompeux- ordonnance, Epuisaient sous tes yeux leurs i travaux?

De Home antique, altière idole,

Tombe, ô fastueux Capitole!

'i la majesté de ce lieu solennel.

Faux Dieux ' renversez-vous. Voici le sanctuaire

Où, dans sa grandeur solitaire,

Réside à jamais l'Eternel.

C'est ainsi que, parce grand homme.

Les talents furent ranimés; Il fit luire à la fois, sur la moderne Rome, Les trois flambeaux des arts par ses mains rallumé".''-!

C'est par ses soins que l'Itali i,

De ses chefs-d'œuvre enorgueillie, De l'univers encore a conquis les regards, Et par lui cette terre illustre et fortunée,

Aux grands triomphes destinée,

Fut deux fois la mère des

O toi que la gloire environne

De ses feux les plus éclatants, Toi que les Arts ont ceint d'une triple couronne Que ne pourront flétrir les outrages du temps,

Vois, vois ta patrie éplorée

Payer à ton ombre sacrée L'honorable tribut de son long souvenir ; Souris du haut des cieux à ses justes hommages,

Et, planant par delà les âges,

Embrasse tout ton avenir !

Chénedollé.

Richelieu.

Il n'y a que Dieu qui puisse subsister par lui seul. Les monarchies les plus établies et les monarques les plus autorisés ne se soutiennent que par l'assemblage des armes et des lois, et cet assemblage est si nécessaire que les unes ne se peuvent maintenir sans les autres. Les lois désarmées tombent dans le mépris; les arme? qui ne sont pas modérées par les lois tombent bientôt dans l'anarchie. La république romaine avait été anéantie par Jules César; la puissance dévolue par la force des armes à ses successeurs subsista autant de temps qu'ils purent eux-mêmes conserver l'au orité des lois. Aussitôt qu'elles perdirent leur force, celle des empereurs s'évanouit, et elle s'évanouit par le moyen de ceux mêmes qui, s'étant rendus maîtres de leur sceau et de leurs armes par la faveur qu'ils avaient auprès d'eux, convertirent en leur propre substance celle de leurs maîtres, dont ils firent leur proie, àl' abri de ces lois anéanties.

Mais pourquoi chercher des exemples étrangers où nous en avons tant de domestiques? Pépin n'employa pour détrôner les Mérovingiens, et Gapet ne se servit pour déposséder les Carlovingiens que de la même puissance que les prédécesseurs de l'un et de l'autre s'étaient acquise sous le nom de leurs maîtres. Il convient aussi d'observer que les maires du palais et les comtes de Paris se placèrent dans le trône des rois à la faveur des moyens qui leur avaient servi à s'insinuer dans leur esprit, c'est-à-dire par l'affaiblissement et par le changement des lois de l'État.

Le cardinal de Richelieu avait de la naissance. Sa jeunesse jeta des étincelles de son mérite. Il se distingua en Sorbonne; on remarqua de fort bonne heure la force et la vivacité de son esprit. Il prenait d ordinaire très-bien son parti. Il était homme de parole où un grand intérêt ne l'obligeait pas au contraire, et en ce cas il n'oubliait rien pour sauver les apparences de la bonne foi. Il n'était pas libéral, mais il donnait plus qu'il ne promettait et il assaisonnait admirablement les bienfaits. Il aimait la gloire beaucoup plus que la morale ne le permet ; mais il faut avouer qu'il n'abusait qu'à proportion de son mérite de la dispense qu'avait prise sur ce point l'excès de son ambition; il n'avait ni l'espric ni le coeur au-dessus des périls , il n'avait ni l'un ni l'autre au-dessous, et l'on peut dire qu'il en prévint davantage par sa sagacité qu'il n'en surmonta par sa fermeté.

GENRE &PIQU1 NR1 HI8T0BIQDI 41

Il était bon ami; il eût môme souhaité d'être aimù du peuple; mais quoiqu'il eûtla civilité, l'extérieur et beaucoup d'autres parties propres à cet eiïet , il n'en eut jamais le je ne sais quoi qui est encore en cette matière plus requis qu'en toute autre. Il anéantissait par son pouvoir et par son faste royal la majesté personnelle du roi; mais il remplissait avec tant de dignité les fonctions de la royauté, qu'il fallait n'être pas du vulgaire pour s'apercevoir du péril où il s'engageait.

Il distinguait plus judicieusement qu'homme du monde entre le mal et le pis , entre le bien et le mieux, ce qui est une très-grande qualité pour un ministre. Il s'impatientait trop facilement dans les petites choses; mais ce défaut, qui vient de la sublimité de l'esprit, est toujours joint à des lumières qui le suppléent. Il avait assez de religion pour ce monde. Il allait au bien, ou par inclination, ou par bon sens, toutefois que son intérêt ne le portait point au mal , qu'il connaissait parfaitement quand il le faisait. Il ne considérait l'État que pour sa vie; mais jamais ministre n'a eu plus d'application à faire croire qu'il en ménageait l'avenir. Enfin il faut confesser que tous ses vices ont été de ceux que la grande fortune renJl aisément illustres, parce qu'ils ont été de ceux qui ne peuvent avoir pour instruments que de grandes vertus. Cardinal de Retz.

Les Ministres de Charles 1er.

Le 9 février 1649, la Cour entra en séance. Cinquante des commissaires désignés pour la former étaient présents. Les cinq accusés furent amenés, divers d'attitude et de langage comme de condition et de caractère.

Le duc de Hainillon était un grand seigneur, politique de cour, sincèrementattaché au roi qu'il avait toujours désiré servir, mais encore plus préoccupé de son crédit ou de sa popularité en Ecosse, sa vraie patrie, attentif à ménager là tous les partis, et s'inquiétant peu d'aggraver, pour son maître, les difficultés ou les périls, quand il pouvait les atténuer ou les ajourner pour lui-même. Lord Holland, courtisan frivole, mobile, avide de plaisirs et d'argent; peu de foi, peu de capacité,peu de moeurs; il avait brigué et obtenu la faveur, d'abord du duc de Buckingham, puis de la reine Henriette-Marie, puis du roi lui-même, puis du parlement; passant, selon ses besoins ou ses craintes, de l'un à l'autre parti; décrié

dans tous; entretenant à la cour de France des relations suspecte?, et s'étant attiré, soit par quelques propi quants, soit aussi, dit-on, par une relation de femrpe, l'inimitié jalouse de Cromwell. Le comte de Norwich, ca\ jovial, facile, empressé à faire son devoir envers le roi, à servir ses amis et n'inspirant à ses ennemis ni ressentiment ni crainte. Sir John Owen, simple gentilhomme du pays de Galles, honnête, courageux, sans ambition ni pensée personnelle, martyr obscur de sa cause et ne songeant pas à se faire un mérite de son dévouement. Lord Capell enfin, aussi noble de cœur que de race, digne héritier d'un grandpère célèbre dans son comté par ses vieilles et vertueuses mœurs. « Il tenait, a dit de lui son petit-fils, une maison abondante et témoignait sa foi par ses œuvres, répandant si largement sa charité sur les pauvres qu'il était du pain pour ceux qui avaient faim, de la boisson pour ceux qui avaient soif, des yeux pour les aveugles, des jambes pour les estropiés, et qu'il pouvait justement être appelé le grand aumônier du roi des rois. y> Lord Gapell avait porté dans le Parlement, à la cour, dans les camps, les vertus fortes de sa famille, et Charles Ier avait éprouvé tour à tour, selon le besoin des temps, son indépendance et sa loyauté.

Ces cinq hommes formaient par leur réunion une image à peu près complète et fidèle du parti royaliste, dans ses plus nobles comme dans ses moins honorables éléments; et le parti semblait représenté et poursuivi tout entier, dans leur personne, devant la Haute Cour qui venait siéger dans Westminster-Hall, quelques jours après celle qui avait jugé le roi. Guizot.

Une Promenade de Fénelon.

Victime de l'intrigue et de la calomnie,

Et par un noble exil expiant son génie,

Fénelon dans Cambrai, regrettant peu la cour,

Répandait des bienfaits et recueillait l'amour,

Instruisait, consolait, donnait à tous l'exemple.

Son peuple, pour l'entendre, accourait dans le temple;

Il parlait, et les cœurs s'ouvraient tous à sa voix.

Quand, du saint ministère ayant porté le poids,

Il cherchait vers le soir le repos, la retraite,

Alors aux champs, aimés du sage et du poète,

OF.NIir. HISTORIQUE 13

Solitaire et rêveur H allait B'égarer.

D quel charme, à leur vue, il se sent pénétrer I

il visite Bouvenl les villageois qu'il aime,

mes gens, de le voirtout joyeux, Vient sans 9sied au milieu d'eux,

il de peines qu'il soula Joue avec les enfants el goûte le laits Un jour, loin de la ville ayant longtemps erré, Il arrive aux confins d'un bameau retiré, il bous un toit de chaume, indigente demeure, Lapiii''1 le conduit; une famille y pie Il entre; et, sur-le-champ faisan: i respect,

La douleur un moment se tait a Bon a-pect. < 0 ciel 1 c'est monseigneur t.. » On se K-ve, on s'empn Il voit avec plaisir éclater leur tendresse. i Qu'avez-vous, mes enfants? D'i»u naît voire chagrin? Nepuis-je le calmer? Versez-le dans mon sein; Je n'abuserai point de votre confiance. » On s'enhardit alors, et la mère commence : « Pardonnez, monseigneur; mais vous n'y pouvez !• Ce que nous regrettons o était tout notre bien, Nous n'avions qu'une vache ! hélas ! elle est perdue : Depuis trois jours entiers nous ne l'avons point vue . Noire pauvre Brunon !... nous l'attendons en vain !... Les loups l'auront mangée, et nous mourrons de faim. Peut-il être un malheur au nôtre comparable?

— Ce malheur, mes amis, est-il irréparable? Dit le prélat, et moi ne puis-je vous offrir, Touché de vos regrets, de quoi les adoucir? En place de Brunon si jeu trouvais une autre?

— L'aimerions-nous autant que nous aimions la nôtre? Pour oublier Brunon, il faudra bien du temps!

Eh! comment l'oublier, ni nous, ni nos enfants I Nous serions bien ingrats !... Cotait notre nourrice I Nous l'avions achetée étant encore génise Accoutumée à nous, elle nous entendait, Et même à sa manière elle nous répondait; Son poil était si beau ! d'une couleur si noire! Trois marques seulement plus blanches que l'ivoire Ornaient son large front et ses pieds de devant. Avec mon petit Claude elle jouait souvent; Il montait sur son dos, elle le laissait faire I Je riais.... à présent nous pleurons, au contrai

Non, monseigneur, jamais ! il n'y faut pas penser, Une autre ne pourra chez nous la remplacer. »

Fénelon écoutait cette plainte naïve; Mais, pendant l'entretien, bientôt le soir arrive : Quand on est occupé de sujets importants, On ne s'aperçoit pas de la fuite du temps. Il promet, en partant, de revoir la famille. « Ah ! monseigneur, lui dit la plus petite fille, Si vous vouliez pour nous la demander à Dieu, Nous la retrouverions. — Ne pleurez plus. Adieu. » Il reprend son chemin, il reprend ses pensées, Achève en son esprit des pages commencées, Il marche; mais déjà l'ombre croît, le jour fuit; Ce reste de clarté qui devance la nuit Guide encore ses pas à travers les prairies, Et le calme du soir nourrit ses rêveries. Tout à coup à ses yeux un objet s'est montré; Il regarde... il croit voir... il distingue en un pré, Seule, errante, et sans guide, une vache... c'est celle Dont on lui fit tantôt un portrait si fidèle ; Il ne peut s'y tromper!... Et soudain empressé, Il court dans l'herbe humide et franchit un fossé , Arrive haletant; et Brunon complaisante, Loin de le fuir, vers lui s'avance et se présente ; Lui-même, satisfait, la flatte de sa main. Mais que faire? va-t-il poursuivre son chemin, Retourner sur ses pas ou regagner la ville? Déjà pour revenir il a fait plus d'un mille... « Ils l'auront dès ce soir, dit-il, et par mes soins : Elle leur coûtera quelques larmes de moins. » Il saisit à ces mots la corde qu'elle traîne, Et marchant lentement, derrière lui l'emmène. Le voilà, fatigué, de retour au hameau. Hélas ! à la clarté d'une faible lumière, On veille, on pleure encore dans la triste chaumière ; Il arrive à la porte : « Ouvrez-moi, mes enfants, Ouvrez-moi; c'est Brunon, Brunon que je vous rends. » On accourt. 0 surprise! ô joie! ôdoux spectacle! La fille croit que Dieu fait pour eux un miracle : « Ce n'est point monseigneur, c'est un ange des cieux, Qui sous ses traits chéris se présente à nos yeux ; Pour nous faire plaisir il a pris sa figure ; Aussi je n'ai pas peur... Oh ! non, je vous assure,

Page 1