GENRE ÉPIQUE ET GENRE HISTORIQUE
Bon ange 1... » En ce moment, de leurs larmes noyés, Père, mère, enfants, tous sont tombés à ses pieds. « Levez-vous, mes amis, mais quelle erreur étrange ! Je suis votre archevêque, et ne suis point un ange; J'ai retrouvé Brunon, et, pour vous consoler, Je revenais vers vous ; que n'ai-je pu voler ! Reprenez-la, je suis heureux de vous la rendu.'.
— Quoi! tant de peine! ô ciel ! vous avez pu la prendre, Et vous-même !... » Il reçoit leurs respects, leur amour. Mais il faut bien aussi que Brunon ait son tour.
On lui parle : « C'est donc ainsi que tu nous laisses!.., Mais te voilà !... » Je donne à penser les caresses! Brunon paraît sensible a Paccueil qu'on lui fait. Tel au retour d'Ulysse, Argus le reconnaît. « Il faut, dit Fénelon, que je reparte encore ; A peine dans Cambrai serai-je avant l'aurore ; Je crains d'inquiéter mes amis, ma maison
— Oui, dit le villageois, oui, vous avez raison;
On pleurerait ailleurs, quand vous séchez nos larmes !
Vous êtes tant aimé ! Prévenez leurs alarmes.
Mais comment retourner? Car vous êtes bien la
Monseigneur, permettez... nous vous offrons nos bras :
Oui, sans vous fatiguer, vous ferez le voyage. »
D'un peuplier voisin on abat le branchnge.
Mais le bruit au hameau s'est déjà répandu :
Monseigneur est ici! chacun est accouru,
Chacun veut le servir. De bois et de ramée
Une civière agreste aussitôt est formée,
Qu'on tapisse partout de fleurs, d'herbage frais;
Des branches au-dessus s'arrondissent en dais;
Le bon prélat s'y place, et mille cris de joie
Volent au loin : l'écho les double et les renvoie.
Il part , tout le hameau l'environne et le suit;
La clarté des flambeaux brille à travers la nuit;
Le cortège bruyant, qu'égayé un chant rustique,
Marche... honneurs innocents, et gloire pacilique!
Andrieux.
Eustache Le Sueur.
Le Sueur fut peut-être le seul des élèves de Vouet qui refusa de prendre feu pour son maître et de s'associer au système de dénigrement et de sarcasme qui s'organisa contre
le Poussin dès le lendemain de son arrivée à Paris. Ce qu'il respectait dans le grand artiste, ce n'était pas la faveur royale, c'était le caractère sérieux de ses ouvrages, la noblesse de ses idées, la hardiesse et la nouveauté de son style.
Le Poussin apprit par hasard que ce jeune homme rompait des lances à son sujet; il voulut le connaître, et fut si cliarmé de sa candeur, de l'élévation de ses sentiments, de la distinction de son esprit, qu'il l'accueillit avec une bonté affectueuse, et lui promit ses conseils et son amitié. Depuis ce jour, Le Sueur ne quitta plus les pas de son nouveau maître; il se nourrissait de sa parole féconde et puissante; il sentait, en l'écoutant, ses doutes se dissiper, ses pressentiments et ses rêves se réaliser et s'éclaircir. La liberté d'espr.t du Poussin, ses attaques franches et brutales contre le charlatanisme du métier, ses jugements fermes sur toutes choses, développaient chez son jeune ami une indépendance et une fierté natives qu'une longue contrainte n avait fait que comprimer. Le Sueur se sentait revivre, il prenait possession de lui-même, sa nature se dégageait des liens de son éducation.
C'était presque toujours sur l'art des anciens qu'il avaient coutume de s'entretenir. Le Sueur pénétrait avec délices dans ce monde tout nouveau pour lui ; il feuilletait sans cesse, il dévorait les caiiicis de croquis d'après l'antique que le Poussin avait rapportés, et sa mémoire se remplissait de notions et de souvenirs que, même au milieu des ruines de Rome, personne alors n'eût eu l'idée de recueillir.
Pendant plus d'une année il put ainsi se pénétrer des leçons du Poussin, et mieux encore que de ses leçons, de ses exemples. Il assistait à ses travaux : il le vit peindre d'abord un grand tableau représentant la sainte Cène pour le maîtres-autel de l'église de Saint-Germain en Laye; puis, pour le noviciat des jésuites à Paris, cette admirable résurrection de la jeune fille rappelée à la vie par le miracle de suint François X»v er. Cet enseignement pratique le délivrait de bien des routines, et lui révélait bien des secrets.
Non-seulement il vit peindre le Poussin, mais il peignit devant lui ; c'est sous son inspiration et presque en sa présence qu'il exécuta son tableau de réception à l'ancienne Académie de Saint-Luc. Ce tableau, d'un noble et grave caractère, représentait saint Paul imposant les mams aux mulades.
i ORIQDE 47
I — ; i t i - > n m. ; elle
•ie écrite sous la dictée du Puu.- VlTET1.
J.-J. Rousseau.
ni on i lu |. iffon on se cri ter-
ind on ;i lu R la ni
l'un ni l'antre.
Doiiii'-i- le l'importance, i s, de la
voilà ce que Jean ; ■ Il
n'\ a pa • i ■ nvain plus propre '■< superbe.
Une piété irréligieuse une sévé i dogma-
tisme qui • !<'■: mit toute autorité : voilà sa philosophie.
La vie sans action . toute en affections et en pensées demi-sensuelles, fainéantise à prétention, voluptueuse inutile et paresseuse activité, qui en l'âme
la rendre meilleure, qui donne à la conscience un orgueil bète, et à l'esprit l'attitude ridicule d'un i s de Ni ufebàtel se croyant roi; le bailli suisse d vieille tour en ruines; la m ' la nullité; l'emphase du plus voluptueux coquin qui B'esl fait sa philosophie et êtoquemmenl ; enfin te gueux se chauffant au soleil et méprisant délicieusement le genre humain; tel fut Rousseau. JOCBERT*.
La Révolution française.
L'histoire de la révolution française commence en Europe des sociétés nouv mie la révolution d'Angle-
terre a commencé l'ère des i i uveaux. Cette
révolution n'a pas seulement modifié le pouvoir politique, elle a changé toute l'existence intérieure de la nation. Les
formes de la société du moy i re. Le sol
était divisé en provinces enn s hommes étaient dis-
tribués en classes rivales. La noblesse avait perdu tous ses pouvoirs quoiqu'elle eu!, conservé ses distinctions; le peuple ne possédai! aucun droit ; la royauté n'avait pas de limites, et la France était livrée à la confusion de l'arbitraire ministériel, des régimes particuliers et des privilèges des corps,
I. Eustache Le Sueur. (Didier édit.) t. Pemssjls. CLaBarm&nd édit.)
A cet ordre abusif, la révolution en a substitué un plus conforme à la justice et plus approprié à nos temps. Elle a remplacé l'arbitraire par la loi, le privilège par l'égalité ; elle a délivré les hommes des distinctions des classes, le sol des barrières des provinces, l'industrie des entraves des corporations et des jurandes, l'agriculture des sujétions féodales et de l'oppression, et elle a tout ramené à un seul état, à un seul droit, à un seul peuple.
Pour opérer d'aussi grandes réformes, la révolution a eu beaucoup d'obstacles à vaincre, ce qui a produit des excès passagers à côté de ses bienfaits durables. Les privilégiés ont voulu l'empêcher, l'Europe a tenté de la soumettre ; et, forcée à la lutte, elle n'a pu ni mesurer ses efforts, ni modérer sa victoire. La résistance intérieure a conduit à la souveraineté de la multitude, et l'agression du dehors à la domination militaire. Cependant le but a été atteint, malgré l'anarchie et malgré le despotisme : l'ancienne société a été détruite pendant la révolution, et la nouvelle s'est assise sous l'empire.
Lorsqu'une réforme est devenue nécessaire, et que le moment de l'accomplir est arrivé, rien ne l'empêche, et tout la sert. Heureux alors les hommes, s'ils savaient s'entendre; si les uns cédaient ce qu'ils ont de trop, si les autres se contentaient de ce qui leur manque ; les révolutions se feraient à l'amiable, et l'historien n'aurait à rappeler ni excès ni malheurs; il n'aurait qu'à montrer l'humanité rendue plus sage, plus libre et plus fortunée. Mais jusqu ici les annales des peuples n'offrent aucun exemple de cette prudence dans les sacrifices : ceux qui devraient les faire les refusent; ceux qui les demandent les imposent; et le bien s'opère comme le mal, par le moyen et avec la violence de l'usurpation. Il n'y a pas encore eu d'autre souverain que la force. Mignet'.
Les Vendéens.
D'heureuses habitudes, se joignant à un bon naturel, font des habitants du Bocage un excellent peuple. Ils sont doux, pieux, hospitaliers, charitables, pleins de courage et de gaîté. Les mœurs y sont pures; ils ont beaucoup de probité. Jamais on n'entend parler d'un crime, rarement d'un procès. Ils