‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 16 sur 115 · HlST. DM. LA. Révolution. (Didot Edit · texte numérisé non relu

HlST. DM. LA. Révolution. (Didot Edit

GENRE ÉPIQUH ET GENRE HISTORIOUE 40

étaient dévoués à leurs seigneurs, av. •<•, un respect mêlé de familiarité. Leur caractère, qui a quelque chose de sam de timide et de méfiant, leur inspirait encore beaucoup plu ■ il al lâchement pour ceux qui depuis si longtemps avaient Obtenu leur confiance.

En 1789, dès que la révolution fut commencée, les villes se montrèrent favorables à tout ce qui se faisait Les gens de la plaine surtout s'empressèrent de prendre parlai] nouveau mouvement; il y eut môme de ce côté-là des châteaux attaqués et brûlés. Au contraire, les habitants du Boi virent avec crainte et chagrin tous ces changements, qui ne pouvaient que troubler leur bonheur loin d'y ajouter. Lorsqu'on forma des gardes nationales, le seigneur fut prié, dans chaque paroisse , de la commander. Quand il fallut nommer des maires, ce fut encore le seigneur qui fut choisi. On ordonna d'enlever des églises les bancs seigneuriaux; 1 ordre ne fut point exécuté. Enfin, chaque jour les paysans se montraient plus mécontents du nouvel ordre des choses, et plus dévoués aux gentilshommes.

Le serment des prêtres vint accroître encore le mécontentement. Quand les gens du Bocage virent qu'on leur ôtuit des curés auxquels ils étaient accoutumés, qui connaissaient leurs mœurs et leur patois, qui presque tous étaient tirés du pays môme, qui s'étaient fait vénérer par leur charité, et qu'on les remplaçait par des étrangers, ils ne voulurent plus aller à la messe de la paroisse. Les prêtres assermentés fui eut insultés ou abandonnés. Le nouveau curé des Echaubroignes fut obligé de s'en revenir, sans avoir pu obtenir même du feu pour allumer les cierges; et cet accord universel régnait dans une paroisse de quatre mille habitants. Les anciens prêtres se cachaient et disaient la messe dans les bois. On essaya dans quelques endroits des mesures de rigueur. Il y eut des soulèvements partiels et des émeutes assez vives", i ndarmerie éprouva quelquefois de la résistance, et les

paysans commencèrent à montrer de la constance et du courage. Un malheureux homme du bas Poitou se battit longtemps avec une fourche contre les gendarmes. Il avait reçu vingt-deux coups de sabre. On lui criait: « Rends-toi! > Il répondit: c Rendez-moi mon Dieu, » et il expira ainsi. Mme de La Rochejaquelkin1.

Page 1