‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 17 sur 115 · CU»89E DE · texte numérisé non relu

CU»89E DE

A Henri IV.

Tel qu'à vagues épandues Marche un fleuve impérieux1 De qui les neiges fondues Rendent le cours furieux :

Rien n'est sûr en son rivage, Ce qu'il trouve, il le ravage; Et traînant comme buissons Les chênes et leurs racines, Ote aux campagnes voisines L'espérance des moissons.

Tel, et plus épouvantable, S'en allait ce conquérant, A son pouvoir indomptable Sa colère mesurant.

Son front avait une audace Telle que Mars en la Thrace; Et les éclairs de ses yeux Etaient comme d'un tonnerre Qui gronde contre la terre Quand elle a fâché les cieux.

Quelle vaine résistance A son puissant appareil N'eût porté la pénitence Qui suit un mauvais conseil; Et vu sa faute bornée D'une chute infortunée, Comme la rébellion Dont la fameuse folie

|. Impt (Horace, Odes, I, 14.)

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Fit voir à la Thessalie 01] mpe eut Pélion !

Voyez comme en son courage, Quand on se range au devoir, La pitié calme 1 orage Que l'ire a fait émouvoir.

A peine fut réclamée Sa douceur accoutumée, Que d'un sentiment humain Frappé non moins que de charmes, Il fit la paix; et les armes Lui tombèrent de la main.

Arrière, vaines chimères De haines et de rancœurs; Soupçons de choses amères, Eloignez-vous de nos cœurs.

Loin, bien loin, tristes pensées, Où nos misères passées Nous avaient ensevelis.

Sous Henri, c'est ne voir goutte Que de révoquer en doute Le salut des fleurs de lis.

0 roi, qui du rang des hommes

T'exceptes par ia bonté,

Roi qui de l'âge où nous sommes

Tout le mal as surmonté ;

Si tes labeurs d'où la Fiance

A tiré sa délivrance,

Sont écrits avecque foi,

Qui sera si ridicule

Qu'il ne confesse qu'Hercule

Fut moins Hercule que toi?

De combien de tragédies, Sans ton assuré secours, Etaient les trames ourdies Pour ensanglanter nos jours I Et qu'aurait fait l'innocence, Si l'outrageuse licence, De qui le souverain bien Est d'opprimer et de nuire,

N'eût trouvé pour la détruire Un bras fort comme le tien?

Mon roi, connais ta puissance :

Elle est capable de tout.

Tes desseins n'ont pas naissance

Qu'on en voit déjà le bout;

Et la fortune, amoureuse

De ta vertu généreuse,

Trouve de si doux appas

A te servir et te plaire,

Que c'est la mettre en colère

Que de ne l'employer pas.

Use de sa bienveillance Et lui donne ce plaisir, Qu'elle suive ta vaillance A quelque nouveau désir.

Où que tes bannières aillent, Quoi que tes armes assaillent, Il n'est orgueil endurci Que, brisé comme du verre, A tes pieds elle n'atterre, S'il n'implore ta merci.

Malherbe.

La Muse de la poésie sacrée.

Son front est couronne de palmes et d'étoiles, ôon regard immortel, que rien ne peut ternir, Traversant tous les temps, soulevant tous les voiles, Réveille le passé, plonge dans l'avenir! Du monde sous ses yeux les fastes se déroulent; Les siècles à ses pieds comme un torrent s'écoulent ; A son gré, descendant ou remontant leur cours, Elle sonne aux tombeaux l'heure, l'heure fatale,

Ou sur sa lyre virginale Chante aux mondes vieillis ce jour, père des jours!

Lamartine.

Le Jugement dernier.

Quel bruit s'est élevé? La trompette sonnante A retenti de tous côtés;

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Et, sur son char de feu, la foudre dévorante

Parcourt les airs épouvantés.

Ces astres teinls de sang, et cette horrible guenc

Des vents échappés de leurs Ce is! annoncent-ils au\ enfants de la terre

Le dernier jour de l'univers?

L'Océan révolté loiu de son lit s'élan Et de ses flots séditieux

Court, en grondant, battre les cieux Tout prêt.? a le couvrir de leur ruine immense. C'en est fait, L'Éternel, trop longtemps méprisé,

Sort de la nuit profonde < in, loin des yeux de l'homme, il s'était reposé : Il a paru; c'est lui; son pied frappe le monde,

Et le monde est br

Tremblez, humains ; voici de ce juge suprême

Le redoutable tribunal.

Ici perdent leur prix l'or et le diadème;

Ici l'homme à l'homme est égal ; Ici la vérité tient ce livre terrible

Où sont écrits vos attentats; Et la religion, mère autrefois sensible, S'arme d'un cœur d'airain contre ses fils ingrats.

Sortez de la nuit éternelle,

Rassemblez-vous, âme des morts;

Et, reprenant vos mènes corps, Paraissez devant Dieu; c'est Dieu qui vous appelle.

Arrachés de leur froid repos, Les morts du sein de l'ombre avec terreur s'élancent, Et près de l'Éternel en désordre s'avancent, Pâles, et secouant la cendre des tombeaux.

0 Sion! ô combien ton enceinte immortelle Renferme en ce moment de peuples éperdus! Le musulman, le juif, le chrétien, l'infidèle, Devant le môme Dieu s'assemblent confondus. Quel tumulte effrayant! que de cris lamentables! Ciel, qui pourrait compter le nombre des coupables!

Ici, près de l'ingrat, Se cachent l'imposteur, l'avare, l'homicide,

Et ce guerrier perfide Qui vendit 5a. pairie en un jour de combat.

Ces juges trafiquaient du sans de l'innocence

Avec ses fiers persécuteurs.

Sous le vain nom de bienfaiteurs, Ces grands semaient ensemble et les dons et l'offense. OU fuir? où vous cacher? l'œil vengeur vous poursuit, Vous, brigands, jadis rois, ici sans diadème; Les antres, les rochers, l'univers est détruit;

Tout est plein de l'Être suprême.

Coupables, approchez :

De la chaîne des ans les jours de la clémence

Sont enfin retranchés.

Insultez, insultez aux pleurs de l'innocence :

Son Dieu dort-il? répondez-nous.

Vous pleurez! Vains regrets! ces pleurs font notre joie. A l'ange de la mort Dieu vous a promis tous; Et l'enfer demande sa proie.

Mais d'où vient que je nage en des flots de clarté?

Ciel! malgré moi, s'égarant sur ma lyre, Mes doigts harmonieux peignent la volupté. Fuyez, pécheurs, respectez mon délire.

Je vois les élus du Seigneur Marcher d'un front riant au fond du sanctuaire. Des enfants doivent-ils connaître la terreur Lorsqu'ils approchent de leur père?

Quoi! de tant de mortels qu'ont nourris tes bontés, Ce petit nombre, ô ciel! rangea ses volontés

Sous le joug de tes lois augustes!

Des vieillards! des enfants! quelques infortunés! A peine mon regard voit, entre mille justes,

S'élever deux fronts couronnés.

Que sont-ils devenus ces peuples de coupables Dont Sion vit ses champs couverts?

Le Tout-Puissant parlait; ses accents redoutables Les ont plongés dans les enfers.

Là tombent condamnés et la sœur et le frère,

Le père avec le fils, la fille avec la mère;

Les amis, les amants, et la femme et l'époux,

Le roi près du flatteur, l'esclave avec le maître;

Légions de méchants, honteux de se connaître,

Lt livrés pour jamais au céleste courroux.

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Le juste enfin remporte la victoire, Et de ses l' Dgs combats, au mal,

il Be repose eni Ironné de gloire.

Ses plaisirs sont, au comble et n'ont rien de mortel;

Il voit, il sent, il connaît, il respire Le Dieu qu'il a servi, dont il aima l'empire;

il en est plein, il chante s. 's bienfaits, oel a brisé son tonnerre inutile; Et, d'ailes et de taux dépouillé désorm Sur lis inondes détraits le Temps dort immobile.

GiLUCRT.

Le Vendredi saint.

C'est l'heure où la nature 8 Bon sauveur unie, Kt qui sembla 'lu Christ partager l'agonie, Dans un Baisiss tmenl d'horreur et de respect,

Suspendit ses lois, à l'aspect

De cette douleur infinie; Où, déchiré d'un coup, le rideau du saint lieu,

Que d'invisibles mains tirer Des combles au pavé s'ouvrit par I- milieu; Où du mont Golgolha 1 ;il,

JuMju'cn leurs ton lements tremblèrent Sous le dernier boupir de Dieu.

C'est l'heure où la lumière aux ténèbres lit place, Où des formes sans nom traversèrent l'espace; 1 l'heure où le soieil, du crime épouvanté,;

S • renia dans l'obscurité,

Un voile sanglant sur la face; Où je ne sais quel froid glaça i'air et les vents;

(juaud les sépulcres se fendirent, En laissant s'échapper de leurs débris mouvants Le peuple enseveli qu'à ce inonde il ut.

Et dont les morts se confondirent

Avec le peuple des vivants;

Heure où se consomma le sacrifice immense! e de dévoûment, de fureur, de clémence, Où d'un autre chaos l'univers fut tire,

Comme un vieillard régénéré

Dont la jeunesse recommence !

L'Homme-Dieu, sans se plaindre, à la mort se livra.

Et, laissant sur sa croix immonde

Le corps inanimé dont il se sépara, Après le long travail de cette mort féconde, D'où sortit le salut du monde, Penchant sa tête, il expira.

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