‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 28 sur 115 · Rura mini et rigui placcaul in vallibus amnes · texte numérisé non relu

Rura mini et rigui placcaul in vallibus amnes

(Vinc, Georgiques.)

c-i. mu: LYRIQ PIF 81

La Solitude.

Fait* le; rien n'esl plus utile, ni plus

nécessaire pour affaiblir L'impression, que font sur nous les objets sensibles : il faut doi ps en tei tirer

du n n » 1 1 « 1 < - . Be mettre à part, ayez quelques heures dans la née pour lire, et pour faire usage de vos réflexions. L i réflexion, «lii un Pi lise, esl l'œil de l'àme : c'est pur

elle que s'introduisent la Lumière et la vérité, i i Je le m< rai dans la solitude, dit La S et là Je parlerai à son

cœur, » c'est là où La vérité donne ses L< Les préju-

s'évanouissent, ou La p i s'affaiblit, ci uù L'opi-

nion, qui gouverne tout, commence à prendre ses droits. Quand on jette La vue sur l'inutilité, sur Le vide de lavi< esl forcé de dire avec Pline : « Il faut mieux passer sa vie à rien faire, qu'à faire îles riens. » Mme Lambert.

La Retraite.

Je ~ais sur la collû blanche mais Un rocher la domii .

Un buisson d'aulx':

Est tout son horizon.

Là jamais ne s'<

Bruit qui fasse penser;

Jusqu'à ce qu'il s'ac

On peut mener son rêve

Et le recommencer.

i cl »cher du village

Surmonte ce séjour,

Sa voix, comme un hommage,

Monte au premier nu Que colore le jour!

Signal de la prière.

Elle part du saint lieu, Appelant la première L'enfant de la chaumière A la maison de Dieu.

Aux sons que l'écho roule Le long des églantiers, Vous voyez l'humble foule Qui serpente et s'écoule Dans les pieux sentiers.

La fenêtre est tournée Vers le champ des tombeaux, Où l'herbe moutonnée Couvre après la journée Le sommeil des hameaux.

Plus d'une fleur nuance Ce voile du sommeil ; Là tout fut innocence, Là tout dit : Espérance !

Tout parle de réveil !

Paix et mélancolie Veillent là près des morts, Et l'âme recueillie Des vagues de la vie Croit y toucher les bords !

Lamartine.

La Promenade.

Roule avec majesté tes ondes fugitives,

Seine; j'aime à rêver sur tes paisibles rives,

En laissant comme toi la reine des cités.

Ah! lorsque la nature à mes yeux attristés,

Le front orné de fleurs, brille en vain renaissante;

Lorsque du renouveau l'haleine caressante

Rafraîchit l'univers de jeunesse paré,

Sans ranimer mon front pâle et décoloré;

Du moins auprès de toi que je retrouve encore

Ce calme inspirateur que le poète implore,

Et la mélancolie errante au bord des eaux.

Jadis, il m'en souvient, du fond de leurs roseaux,

Tes nymphes répétaient le chant plaintif et tendre

Qu'aux échos de Passy ma voix faisait entendre.

Jours heureux, temps lointain, mais jamni<; oublié,

Où les arts consolants, où la douce amitié,

ci; mm: LYRIQU1 — c.i.nim: DB8GRIPTII

Et tout c<- dont le charme ta h la vie,

Égayaient mes destins ignorés de l'envie.

oleil affaibli vient dorer ces vallons.

Je vois Auteuil sourire à ses derniers rayons. Oh! que de fois j'errai dans tes belles retraites, Antruil! lieu favori, lieu saint pour les poètes! Que de rivaux de gloire unis sous tes berceaux! C'est là qu'au milieu d'eux L'élégant Kespivaux,

i -dateur du goût, au goût toujours ftdi Enseignait !<• bel art dont il offre un modèle; Là, Molière, esquissant ses ((uniques portraits, De Chrysale ou d'Arnolphe a dessiné les traits. Dana la forêt ombreuse ou le long des prairies, La Fontaine égarait ses douces rêveries; Là, Racine évoquait Andromaque et Pyrrhus, Contre Néron puissant faisait tonner Burrhus,

nait de Phèdre en pleurs le tragique délire. Ces pleurs harmonieux que modulait sa lyre Ont mouillé le rivage ; et de ses vers sacrés La tlamme anime encor les échos inspirés.

Saiut-Cloud, je t'aperçois; j'ai vu loin de tes rives S'enfuir sous les roseaux tes naïades plaintives; J'imite leur exemple, et je luis devant toi : L'air de la servitude est trop pesant pour moi. A mes yeux éblouis vainement tu présentes De tes bois toujours verts les masses imposantes, Tes jardins prolongés qui bordent ces coteaux, Et qui semblent de loin suspendus sur les eaux. Désormais je n'y vois que la toge avilie Sous la main du guerrier qu'admira l'Italie. Des champêtres plaisirs tu n'es plus le séjour I Ah! de la liberté tu vis le dernier jour. Dix ans d'efforts pour elle ont produit l'esclavage. Un Corse a des Français dévoré i'héril Élite de héros, au combat moissonnés, Martyrs avec la gloire à l'échafaud traînés, Vous tombiez satisfaits dans une autre espérance. Trop de sang, trop de pleurs ont inondé la France; De ces pleurs, de ce sang, un homme est héritier! Aujourd'hui dans un homme un peuple est tout entier! T<1 est le fruit amer des discordes civiles. Mais les fers ont-ils pu trouver des mains serviles? Les Français de leurs droits ne sont-ils plus jaloux?

84 DEUXIÈME PAKTIE

Cet homme a-t-il pensé que, vainqueur avec tous,

Il pourrait, malgré tous, envahir leur puissance?

Déserteur de l'Egypte, a-t-il conquis la France?

Jeune imprudent, arrête : où donc est l'ennemi?

Si dans l'art des tyrans tu n'es pas affermi....

Vains cris! plus de sénat; la république expire,

Sous un nouveau Cromwell naît un nouvel empire.

Hélas! le malheureux, sur ce bord enchanté,

Ensevelit sa gloire avec la liberté.

Crédule, j'ai longtemps célébré ses conquêtes;

Au forum, au sénat, dans nos jeux, dans nos fêtes,

Je proclamais son nom, je vantais ses exploits.

Quand ses lauriers soumis se courbaient sous les lois,

Quand, simple citoyen, soldat du peuple libre,

Aux bords de l'Éridan, de l'Adige et du Tibre,

Foudroyant tour à tour quelques tyrans pervers,

Des nations en pleurs sa main brisait les fers;

Ou quand son noble exil aux sables de Syrie

Des palmes du Liban couronnait sa patrie.

Mais lorsque en fugitif, regagnant ses foyers,

Il vint contre l'empire échanger les lauriers,

Je n'ai point caressé sa brillante infamie;

Ma voix des oppresseurs fut toujours ennemie;

Et, tandis qu'il voyait des flots d'adorateurs

Lui vendre avec l'État leurs vers adulateurs,

Le tyran dans sa cour remarqua mon absence :

Car je chante la gloire et non pas la puissance.

Le troupeau se rassemble à la voix des bergers; J'entends frémir du soir les insectes légers; Des nocturnes zéphyrs je sens la douce haleine; Le soleil de ses feux ne rougit plus la plaine, Et cet astre plus doux qui luit au haut des cieux, Argenté mollement les flots silencieux.

Mais une voix qui sort du vallon solitaire Me dit : « Viens : tes amis ne sont plus sur la terre; Viens : tu veux rester libre et le peuple est vaincu. » Il est vrai : jeune encor, j'ai déjà trop vécu. L'espérance lointaine et les vastes pensées Embellissaient mes nuits tranquillement bercées; A mon esprit déçu, facile à prévenir, Des mensonges riants coloraient l'avenir. Flatteuse illusion, tu m'es bientôt ravie ! Vous m'avez délaissé; doux rêves de la vie.

Plaisirs, gloire, bonheur, parne et Iib<

Vous fuyez, loin d'un coeur vide el ncbnntô.

Les travaux, les chagrins ont doublé mes années,

Ma vie esl sans couleur el mea pairs journées

M'offrent de longs ennuis l'enchaînement certain,

Lugubres comme un sou- qui n'eut pas de matin.

Je vois le but, j'y touche, el j'ai soif de l'atteindre.

l.e t'en qui me brûlait a besoin de s'éteindre;

(le qui m'en reste encor n'est qu'un morue Oambeau

Éclairant à mes yeux le chemin du tombeau.

Que je repose en paix sous le -s izon rustique,

Sur les bords du ruisseau pur et, mélancolique!

Vous, amis <\'^ humains et des champs et des vers,

Par un doux souvenir peuplez ces lieux déserts;

Suspendez aux tilleuls qui forment ces boe

Mes derniers vêtements mouillés de tant d'orages;

Là quelquefois encor daignez vous rassembler;

Là prononcez l'adieu; que je sente couler

Sur le sol entonnant mes cendres endormies

Des mots partis du cu^m- et des larmes amies!

J. CffÉNIER.

Le Bonheur des champs.

Heureux qui, loin du bruit, sans projets, sans affaire*,

Cultive de ses mains ses champs héréditaires;

Qui, libre de désirs, de soins ambitieux,

Garde les simples mœurs de nos sages aïeux !

A peine il sait les noms d'intérêts, de créances;

Il ne redoute point le jour des échéances.

La guerre et ses dangers, la mer et ses fureurs.

Les promesses des grands, leurs dédains, leurs faveur:

Ne le troublent jamais, et jamais ne l'abusent.

Mais d'aimables travaux l'occupent et l'amusent :

Il émonde un jeune arbre ou gr lie un sauvageon;

Il enlace au rameau le flexible bourgeon;

Dépouille les brebis de leur laine pendante;

Prépare un toit commode à l'abeille prudente;

Et, soignant fleurs et fruits, vendanges et moissons,

S'enrichit des présents de toutes les saisons.

Tantôt sur un gazon, tantôt sous un vieux chêne,

Au doux chant des oiseaux, au bruit d'une fontaine,

Il cherche le repos, s'assied, rêve et s'endort.

Au retour de l'hiver, il attaque en son fort

Le sanglier que lance une meute rapide;

La caille voyageuse et le lièvre timide

Viennent étourdiment se prendre dans ses rets.

0 peines de l'amour! ô tourments! ô regrets!

Vous fuyez, et des champs le calme vous remplace.

Chargé de son butin, revient-il de la chasse,

Il retrouve une épouse et des enfants chéris,

Qu'il a vus s'élever, que leur mère a nourris.

Oh ! qu'un simple foyer, des pénates tranquilles,

Valent mieux que le luxe et le fracas des villes!

Que servent nos festins avec art apprêtés,

Ces mets si délicats, et ces vins si vantés!

L'orgueil en fit les frais, l'ennui les empoisonne.

J'aime un dîner frugal que la joie assaisonne;

Tout repas est festin quand l'amitié le sert.

La treille et le verger fournissent le dessert;

Pour régal, aux bons jours, la fermière voisine

Apporte en un gâteau la fleur de sa farine.

Quel plaisir lorsqu'à table, entre tous ses enfants,

Leur père, chaque soir, voit revenir des champs

Ses troupeaux bien repus, la vache nourricière,

Et l'agneau qui bondit à côté de sa mère,

Ses bœufs, à pas pesants, las et le cou baissé,

Ramenant la charrue et le soc renversé!

Déjeunes serviteurs, que son toit a vus naître,

Animent la maison et bénissent leur maître.

Tous ses jours sont pareils, tous ses jours sont sereins,

Et sa porte rustique est fermée aux chagrins.

Andrieux.

Le Coin du feu.

Le foyer, des plaisirs est la source féconde : Il fixe doucement notre humeur vagabonde. Au retour du printemps, de nos toits échappés, Nous portons en tous lieux nos esprits dissipés ; Le printemps nous disperse, et l'hiver nous rallie; Auprès de nos foyers notre âme recueillie Goûte ce doux commerce à tous les cœurs si cher Oui, l'instinct social est l'enfant de 1 hiver.

GENRE LYRIQUfc — GBNRE DB8C&IPTII1 87

En cercle un même attrait rassemble autour de l'âtre La vieillesse conteuse et l'enfance folâtre. Là courent à la ronde el les propos joyeux, Et la vieille romance et les aimables Jeux : i i m- dédommageant de ses longues absences, Chacun vient retrouver Bes vieilles oonn ils - mces. i l'ép incite le oœur : le plus pénible aveu, Longtemps cap) if ailleurs, B'échappe au coin du feu...

Comme aux jours fortunés des pénates antiques, Le foyer est le dieu des vertus domestiques. La reviennent s'unir les parents, les maris, Qui vivaient séparés sous les mêmes lambris... Là vient se renouer la douce causerie; Chacun, en la contant, recommence sa vie : L'un redit ses combats, un autre son procès, Cet autre ses amours; d'antres, plus indiscrets, Comme moi d'un ami tentant la patience, De leurs vers nouveau-nés lui font la confidence. Le foyer, du talent est aussi le berceau : Là, je vois s'essayer le crayon, le pinceau, Le luth harmonieux, l'industrieuse aiguille ; Tantôt c'est un roman qu'on écoute en famille...

Suis-je seul, je me plais encore au ooin du l'eu. De nourrir mon brasier mes mains se font un jeu;

,race mes tisons; mon adroit artifice Reconstruit de mon feu l'élégant édifice : J'éloigne, je rapproche, et du hêtre brûlant Je corrige le feu trop rapide ou trop lent. Chaque fois que j'ai pris mes pincettes fidèles, Partent en pétillant des milliers d'étincelles ; J'aime à voir s'envoler leurs légers bataillons. Que m'importent du nord les fougueux tourbillons ? La neige, les frimas, qu'un froid piquant resserre, En vain sifflent dans l'air, en vain battent la terre. Quel plaisir, entouré d'un double paravent, D'écouter la tempête et d'insulter au ventl Qu'il est doux, à l'abri du toit qui me protège,

kDe voir à. gros flocons s'amonceler la neige I Leur vue à mon foyer prête un nouvel appas : L'homme se plaît à voir les maux qu'il ne sent pas. Delilue.

La Fenaison.

Le jour baisse ; les pins, qu'un vent tiède balance, Du couchant sur nos fronts versent les reflets d'or; Le vallon se recueille et le champ fait silence : Dans le pré cependant les faneurs sontencor. Les laboureurs lassés, remontant à la ferme, Ramènent les grands bœufs au pesant attirail; Chacun songe au repos, chacun rentre et s'enferme : Les faneurs dans le pré sont encore au travail. Les voyez-vous là-bas, au bord de la rivière, Marcher à pas égaux, d'un rhythme cadencé ? Ils mettent à profit ce reste de lumière Pour finir le travail dès l'aube commencé. Sous le soleil de feu, sans trêve ni relâche, Ils ont coupé les foins au village attendus ; Ils ne partiront pas sans achever leur tâche, Us veulent qu'à la nuit tous leurs prés soient tondus. De la rapide faux l'éclair par instants brille : A travers la distance il éblouit nos yeux ; Par instants, une voix d'homme ou de jeune fille Arrive à notre oreille en sons clairs et joyeux. Dans le calme du soir, il fait bon de l'entendre ; Il fait bon d'aspirer, dans un air frais et doux, Ces odeurs de gazon, ces parfums d'herbe tendre Qui du talus des prés s'élèvent jusqu'à nous.

Altran '.

La Vendange.

Hier on cueillait à l'arbre une dernière pêche; Et ce matin voici, dans l'aube épaisse et fraîche, L'automne qui blanchit sur les coteaux voisins. Un fin givre a ridé la pourpre des raisins. Là-bas, voyez-vous poindre, au bas de la mon' Les ceps aux feuilles d'or dans la brume argentée? L'horizon s'éclaircit en de vagues rougeurs, Et le soleil levant conduit les vendangeurs. Avec des cris joyeux ils entrent dans la vigne; Chacun, dans le sillon que le maître désigne, Serpe en main, sous le cep a posé son panier.

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