‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 34 sur 115 · GENRE I IF · texte numérisé non relu

GENRE I IF

Goûte un morne repos, en son antre couché. L*urne verse un terrent, tout l'antre s'en abreu retombe en glacis, el bit on large fleuve.

La Fontaine.

Les Panathénées.

j'.ilini au Céramique pour voir passer la pompe qui s'était formée hors des murs et qui commençait a défiler. Elle était • •■imposée de plusieurs classes de citoyens couronnas < I « ^ fleurs, el remarquables par leur beauté. C étaient des vieillards dont la figure était imposante, et qui tenaient des rameaux d'oliviers; des hommes faits, qui, armés de lances et de boucliers, semblaient respirer les combats; des garçons qui n'étaient âgés que de dix-huil ô vingt ans, et qui chantaient des hymnes en l'honneur de la déesse; de jolis enfants couverts d'une simple tunique, et parés de leurs grâces naturelles; des filles enfin qui appartenaient aux premières familles d'Athènes, et dont les traits, la taille et la démarche attiraient tous les regards. Leurs mains soutenaient sur leurs têtes des corbeilles qui, sous un voile éclatant, renfermaient des instruments sacrés, des gâteaux et tout ce qui peut servir aux sacrifices. Des suivantes, attachées à leurs pas, d'une main étendaient un parasol au-dessus d'elles, et de l'autre tenaient un pliant. C'est une servitude imposée aux filles des étrangers établis à Athènes, servitude que partaient leurs pères et leurs mères. En effet, les uns et les autres portent sur leurs épaules des vases remplis d'eau et de miel pour faire des libations.

Us étaient suivis de huit musiciens, dont quatre jouaient delà flûte, et quatre de lu lyre. Après eux vouaient des rapsodes, qui chantaient les poèmes d'Homère, et des danseurs armés de toutes pièces, qui, s'attaquant par intervalles, représentaient au son de la flûte le combat de Minerve contre 1rs Titans.

On voyait ensuite un vaisseau qui semblait glisser sur la terre au gré des vents et d'une infinité de rameurs, mais qui se mouvait par des machines renfermées dans son si in. Sur le vaisseau se déployait un voile d'une étoffe légère, où de jeunes tilles avaient représenté en broderie la victoi Minerve contre ces mènes Titans. Elles y avaient aussi I par ordre du gouvernement, les uortraits de quelques h

dont les exploits avaient mérité d être confondus avec ceux des dieux.

Cette pompe marchait à pas lents, sous la direction de plusieurs magistrats. Elle traversa le quartier le plus fréquenté de la ville, au milieu d'une foule de spectateurs, dont la plupart étaient placés sur des échafauds qu'on venait de construire. Quand elle fut parvenue au temple d Apollon Pythien, on détacha le voile suspendu au navire, et l'on se rendit à la citadelle, où il fut déposé dans le temple de Minerve.

Sur le soir, je me laissai entraîner à l'Académie pour voir la course du flambeau. La carrière n'a que six à sept stades de longueur : elle s'étend depuis la porte de Prométhée, qui est à la porte de ce jardin, jusqu'aux murs de la ville. Plusieurs jeunes gens sont placés dans cet intervalle à des dislances égales. Quand les cris de la multitude ont donné le signal, le premier allume le flambeau sur l'autel, et le porte en courant au second, qui le transmet de la mémo manière au troisième, et ainsi successivement. Ceux qui le laissent s'éteindre ne peuvent plus concourir. Ceux qui ralentissent leur marche sont livrés aux railleries, et même aux coups de la populace. Il faut, pour remporter le prix, avoir parcouru les différentes stations. Barthélémy.

Jérusalem.

Entre la vallée du Jourdain et les plaines de l'idumée s'étend une chaîne de montagnes qui commence aux champs fertiles de la Galilée , et va se perdre dans les sables de l'Yémen. Au centre de ces montagnes se trouve un bassin aride, fermé de toutes parts par des sommets jaunes et rocailleux; ces sommets ne s'entr'ouvrent qu'au levant, pour laisser voir le gouffre de la mer Morte et les montagnes lointaines de l'Arabie. Au milieu de ce paysage de pierres, sur un terrain inégal et penchant , dans l'enceinte d'un mur jadis ébranlé sous les coups du bélier, et fortifié par des tours qui tombent, on aperçoit de vastes débris ; des cyprès épars, des buissons d'aloès et de nopals, quelques masures arabes , pareilles à des sépulcres blanchis, recouvrent cet amas de ruines : c'est la triste Jérusalem.

Au premier aspect de cette région désolée, un grand ennui saisit le cœur. Mais lorsque, peu anl de solitude en s-litude

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l'espace s'étend Bans bornes devant vous, peu à peu l'ennui se dissipe; le voyageur éprouve une terreur secrète qui, loin d'abaisser l'ame, donne du courage et élève le

. Des aspects extraordinaires décèlent d parts

une terre travaillée par des miracles : le soleil brûlant, l'ai-

tueux, l'humble hysope , le cèdre Bttperbi figuier stérile, toute la poésie, tons les tableaux de I Ecri sont là. Chaque nom renferme un mystère , chaque n-otte déclare l'avenir, cliaque sommet retentit des accents d'un prophète. Dieu même a parlé but ces bords : les torn desséchés, les rochers rendus, les tombeaux entr'ou>

tenl le prodige ; le désert parait encore muet de terreur, et l'on dirait qu'il n'a osé rompre le silence depuis qu'il a entendu la voix de l'Éternel. Chateaubriand.

Venise.

L'aspect de Venise est plus étonnant qu'agréable : on croit d'abord voir une ville submergée, et la réflexion est né saire pour admirer if génie des mortels qui ont conquis cette demeure sur les eaux. Egaples esl bâtie en amphithéâtre au bord de la mer ; mais Venise étant sur un terrain tout à t'ait plat, les clochers ressemblent aux mâts d'un vaisseau qui resterait immobile au milieu des ondes. Un sentiment de tristesse s'empare de l'imagination en entrant dans Venise. On prend congé de la végétation ; tous les animaux sont bannis, et l'homme seul est là pour lutter contre

la 11:

Le silence est profond dans cette ville dont les rues sont des canaux, et le bruit des rames est l'unique interruption à ce silence ; ce n'est pas la campagne, puisqu'on n'y voit pas un arbre; ce n'est pas la ville , puisqu'on n'y entend pas le moindre mouvement; ce n'est pas même un vaisseau, puisqu'on n'avance pas : c'est une demeure dont l'orage fait une prison ; car il y a des moments où l'on ne peut sortir ni de la ville ni de chez soi. On trouve des hommes du peuple à Venise qui n'ont jamais été d'un quartier à l'autre, qui n'ont pas vu la place Saint-Marc , et pour qui la vue d'un cheval ou d'un arbre serait une véritable merveille. Ces gondoles noires qui glissent sur Les canaux ressemblent à des cercueils ou à des berceaux , à la dernière et à la première demeure de l'homme. Mmc de Staël»

La Source.

Je sais parmi nos bois une claire fontaine, Fraîche même à midi, tant son eau souterraine Par des canaux cachés au soleil, sous les monts, S'est refroidie avant d'entrer en ces vallons, Et tant elle a choisi, pour percer la colline, "Un recoin ombragé de la forêt voisine. Ce n'est pas un ruisseau comme en veut un amant, Qui sur son flot plaintif emporte lentement Le feuillage des bois desséché par l'automne Et berce la tristesse à son bruit monotone ; H n'a pas, sous les monts dont il quitte le seuil, Appris à sangloter de quelque nymphe en deuil ; Mais comme un écolier paresseux qui déserte, Il s'évade gaîment dans la campagne verte, Court en avant, revient, fait cent tours, s'amusant Tantôt à s'exercer contre un caillou luisant, S'il pourra l'entraîner vers des rives nouvelles, Et tantôt à courber les herbes moins rebelles. Sur leurs fronts chevelus, des tilleuls à l'entour Soutiennent dans les airs le poids brûlant du jour, Et, tandis qu'à leurs pieds l'onde se précipite, De leurs rameaux unis ils protègent sa fuite.

E. Augier1.

Une Nuit d'été à Saint-Pétersbourg.

Rien n'est plus rare, mais rien n'est plus enchanteur qu'une belle nuit d'été à Saint-Pétersbourg, soit que la longueur de l'hiver et la rareté de ces nuits leur donnent, en les rendant plus désirables, un charme particulier; soit que réellement, comme je le crois, elles soient plus douces et plus calmes que dans les plus beaux climats.

Le soleil qui, dans les zones tempérées, se précipite à l'occident et ne laisse après lui qu'un crépuscule fugitif, rase ici lentement une terre dont il semble se détacher à regret. Son disque, environné de vapeurs rougeâtres, roule comme un char enflammé sur les sombres forêts qui couronnent lhorizon, et ses rayons, réfléchis par le vitrage des palais, donnent au spectateur l'idée d'un vaste incendie.

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