‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 82 sur 115 · CRITIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE

la foule du peuple, et dans ces gouvernefavorables en apparence ■ ■'* de l'hon iii rien pour lui appre devoirs et ses im- Le christianisme élevait une tribune, vérités étaient annoncées hautement plus pures leçons de la morale la multitude i : tribune ■ ;' vanl laquelle s'étaient humiliés les prii pouilléa du sai uples; tribune pacifique et tutélaire, (pu plus d'une fois donna refuge b ses mortels ennemis; tribune où furent lo défendus les intérêts partout abandonnés, el qui seule plaidait éternellement la cause du pauvre contre le riche, du faible contre l'oppresseur, et de l'homme coni re lui-même.

nnoblit et se divinise : l'orateur, maître des ts, qu'il élève et qu'il consterne tour à tour, peut leur montrer quelque chose déplus grand que la gloire et de plus anl que la mort; il peut faire descendre des cieux une éternelle espérance sur ces tombeaux où Périclès n'apportait que des ri grets et des larmes. Si, comme l'orateur romain, lôbre les guerriers de la légion de Mars tombés au champ de bataille, il donne ô leurs âmes cette immortalité que Gicéron n'osait promettre qu'à leur souvenir; il charge Dieu lui-même d'acquitter la reconnaissance de la patrie. Veut- il se renfermer dans la prédication évangélique? Cette science de la morale, cette expérience de l'homme, ces secrets des passions, étude éternelle des philosophes et des orateurs anciens, doivent être dans sa main. C'est lui, plus encore que l'orateur de l'antiquité, qui doit connaître tous les détours du cœur humain, toutes les vicissitudes des Émotions, toutes les parties sensibles de l'àme, non pour er ces affections violentes, ces animosités populaires, unis incendies des passions, ces feux de vengeance et de haine où triomphait l'antique éloquence, mais pour adoucir, pour apaiser, pour purifier les âmes. Armé contre toutes 1rs passions, sans avoir le droit d'en appeler aucune à son secours, il e*st obligé de créer une passion nouvelle, s'il est permis de profaner par ce nom le sentiment profond et sublime qui seul peut tout vaincre et tout remplacer dans les cœurs, l'enthousiasme religieux, qui donne a son accent, à ses paroles, plutôt l'inspiration d'un prophète que le mouvement d'un orateur. Villemain.

Du Style de Pascal.

Dans Pascal, la forme n'est pas autre chose que le vêtement le plus transparent que prend la pensée pour paraître le plus possible telle qu'elle est, créant elle-même l'expression qui lui convient, qui n'ôte rien, mais surtout n'ajouta rien à sa valeur propre; plus tard vint la rhétorique avi triste précepte d'embellir la pensée par l'expression. Son style ne dit que ce qu'il a dans l'âme. Ses idées ne sont point un jeu de son esprit, c'est le travail douloureux de son cœur : elles le pénètrent, elles le consument; c'est la llèche de feu attachée à son flanc, et il soulage son mal en l'exprimant. Et encore, loin de s'épancher, comme les faibles Pascal fait effort pour se contenir; l'ardeur de son âme ne paraît qu'à travers la sévérité de son esprit. Oui c'est pai l'âme que Pascal est grand et comme homme et comm écrivain : le style qui réfléchit cette âme en a toutes les qualités, la finesse, Tanière ironie, l'ardente imagination, la raison austère, le trouble à la fois et la chaste discrétion. Le trait distinctif de sa prose est un mélange exquis de naïveté et d'élévation. V. Cousin *.

Le Poète au XVIIe siècle.

Il fut un temps où l'on s'imaginait en France qu'un homme de génie, un grand poète était un homme comme un autre, et ne se distinguait du commun des mortels que par l'excellence de son esprit. On n'avait pas l'idée qu'il dût être investi d'aucun privilège, ni exempté d'aucun devoir. On ne trouvait pas prosaïque qu'il crût à Dieu, à l'âme, à l'autre vie, fût aussi correct dans sa conduite que dans ses ouvrages, rendit sa femme heureuse, élevât bien ses enfants, et fit des économies. Ni Corneille, dans son petit ménage de Rouen, écrivant Polyeucle au bruit des fuseaux de sa femme, ni Racine faisant la procession dans sa chambçe, un cierge à la main, ne passaient pour des prodiges; on aurait presque défini le grand poète : un bon père de famille qui fait de beaux vers. il. Rigault-.

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