‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 83 sur 115 · Conversations littéraires. (Charpentier édit · texte numérisé non relu

Conversations littéraires. (Charpentier édit

K DIDACTIQUE — RITIQUE 237

Corneille et Racine.

ir pour lui la voix de son siècle dont il le créateur , Racine doit avoir celle de la postérité dont il est à Jamais le modèle. Les ouvrages de l'un ont dû pi beaucoup avec i«' temps, -m- que sa gloii anelle

doive en souffrir; le mérite des ouvrages du second doit croître el s'a randir dans les siècles avec sa renomma nos lumières.

i ■ ut- être les uns et les autres ne doivent point être mis dans la balance : un mélange tic beautés el de défauts ne peut entrer en comparaison ave des productions ach< qui réunissent tous les genres «le beautés dans le plus éminent degré, sans autres défauts que ces taches légères qui avertissent que l'auteur était homme.

Quant au mérite personnel, la différence des époques peut le rapprocher malgré la ddVérence des ouvrages; et si l'imagination veut s'amuser à chercher des titres de préférence pour l'un ou pour l'autre, que l'on examine lequel vaut le

\ d'avoir été le premier génie qui ait brillé api. longue nuit des siècles barbares, ou d'avoir été le plus beau génie du siècle le plus éclairé de tous les

Le dirai-je? Corneille me parait ressembler à ces Titans au I icieux qui tombent sous les montagnes qu'ils ont entassées : Racine me parait le véritable Prométhée qui a ravi le feu des cieux. La Harpe.

Molière.

Molière! à ce nom > ni se rassemblent les ris;

Les fronts sont déridés, les cœurs épanouis.

Qui, dans les plis d i cœur, surprend mieux la nature?

Qui sait mieux lui donner cette adroite tournure

Qui rend le ridicule ou le vice indiscret,

Et fait, avec le rire, éclater leur secret?

Quel naïf, et souvent quel sublii e!

o Molière! >'< grand homme! <"» véritab !

Avec un vain amas de sots admirateurs,

Je ne te louerai pas, dans mes portraits flatteurs,

D'avoir du coeur humain corrigé le caprice,

Détruit lo ridicule el réformé le vice;

Tous deux sont immortels, et ne font que changer;

Tu peux charmer le monde, et non le corriger.

Comme par une vague une vague est poussée, La sottise du jour est bientôt remplacée. Sans cesse variant nos volages humeurs, Le temps conduit la mode et la modo les mœurs ; Ainsi pour un travers il s'en reproduit mille; Mais, puisqu'il nous distrait, ton art nous est utile. Tous ces fous, tous ces sots par toi si bien décrits, Incommodes ailleurs, charment dans tes écrits. Que dis-je? chacun d'eux, grâce à ton art suprême, Chez toi, sans le savoir, vient rire de lui-même; Ainsi l'oiseau léger, crédule et curieux, Vient se prendre au miroir qui le montre à ses yeux.

Delille.

J.-J. Rousseau.

Hélas! il le connut ce supplice bizarre, L'écrivain qui nous fit entendre tour à tour La voix de la raison et celle de l'amour. Quel sublime talent! souvent quelle sagesse! Mais combien d'injustice, et combien de faiblesse!

La crainte le reçut au sortir du berceau; La crainte le suivra jusqu'aux bords du tombeau. Vous qui de ses écrits savez goûter les charmes, Vous tous qui lui devez des leçons et des larmes, Puur prix de ces leçons et de ces pleurs si doux, Cœurs sensibles, venez, je le confie à vous. Il n'est pas importun : plein de sa défiance, Rarement des mortels il souffre la présence. Ami des champs, ami des asiles secrets, Sa triste indépendance habite les forêts; Là-haut, sur la colline, il est assis peut-être, Pour saisir le premier, le rayon qui va naître; Peut-être au bord des eaux, par ses rêves conduit, De leur chute écumante il écoute le bruit, Ou, fier d'être ignoré, d'échapper à sa gloire. Du pâtre qui raconte il écoute l'histoire, Il écoute, et s'enfuit, et sans soins, sans désirs, Cache aux hommes qu'il craint ses sauvages plaisirs.

Mais s'il se montre à vous, au nom de la nature Dont sa plume éloquente a tracé la peinture, Ne l'effarouchez pas; respectez son malheur; Par des mots caressants apprivoisez son cœur.

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