C. Delavigne
Deux Types parisiens.
Soixante badauds, assis au Large, composent l'auditoire de Florimond; les trois quarts sonl des te m< , D'où viennent ces visages-là? Per onoe ne peut le dire. On les a évoqués, et ils sont sortis de terre. Florimond a cédé, aux instances de ses nombreux et indiscrets amis, et il consent a ébaucher à ses heures perdues un cours d'histoire philoque, rantastique el pittoresque. Mais il annonce que, iu sexe, il ne s'asi i'ei tu I pa pas à une méthode aride, et il voltige, comme un papillon, de Pharamond à la Pompadour, el deG< ngis-Khan à Moïse. Les uns se pâment, d'autres tendent le cou pour se donner un air d'attention;
qu< s gens gra> ut le sourcil et regardent si on
ci. 'ii qu'ils réfléchissent; les petites filles écarquillent leurs yeux et. poussent de profonds soupirs. Florimond soulève son verre d'eau sucrée, se recueille une seconde, déroule sa péripétie, lance le trait, el avale le verre d'eau. On se lève, on l'entoure, il esl épuisé. La foule s'écoule avec respect, et un petit nombre d'élus accompagne l'orateur au logis. Là, étendu sur un sofa, passant son mouchoir sur ses lèvres, il tend le nez aux encensoirs, et se couronne de palmes inconnues. « Vous avez parlé comme Bossuet, comme l'é-
n, comme Jean-Jacques, comme Quintilien, comme Mirabeau. » Cependant le pauvre diable, assommé d'éli
rve encore une lueur de bon sens; il soulève le rideau, re de les passants dans la rue; à l'aspect de cette ville immense, il sent que sa coterie s'agite au fond d'un puits, et. que personne ne se doute à Paris de son triomphe d'entre-sol.
Ce n'est pas l'habileté qui manque a Isidore; il parle bien, il écrit mieux; les hommes en font cas et il plait aux fem-
: il a tout ce qu'il faut pour réussir, mais il ne réussira
1. C'est sa propre cxi-l point ici C. Delavigno : sa vie a été une latte
douloureuse contre l'esprit de coterie. Le poète a Iri èolat devant le par-
terre sa cause n'est point encore gagnée devant le public qui se laisse faire ses opinions par son journal et donne trop volontiers raison à qui parle le plus fort et le plus longtemps : . Calomniez, disait Basile ; il en restera toujours quelque chose. »
i. Théatue. (Didier édit.)
jamais. En tout ce qu'il fait, il fait un peu trop, il veut toujours être un peu plus que lui-même. Le cardinal de Retz disait du grand Condé, qu'il ne remplissait pas son mérite. Isidore déborde le sien; c'est un verre de vin de Champagne qui mousse si bien qu'il n'est plus que mousse, et qu'il ne reste plus rien au fond. Il rencontrera un bon mot, et il en voudra faire quatre, moyennant quoi le seul bon n'y sera plus. D'une idée longue comme un sonnet, il composera un poème épique. "Vous a-t-il vu trois fois au bal? vous êtes son ami intime. A-t-il lu un livre qui lui a plu? c'est la plus belle chose qu'il y ait en aucune langue. A-t-il une piqûre au doigt? il souffre un martyre sans égal. Et ne croyez pas qu'il joue une comédie : il parle ainsi de bonne foi, tant l'habitude a de puissance. A force de se tendre de tous les côtés, il s est allongé et élargi, mais aux dépens de l'étoffé première qui craque et se rompt à tout moment.
A. de Musset1.
Le Rêve d'un ami des lettres.
Quelle est l'âme sensible aux lettres qui n'ait pas fait ce rêve d'une vie toute plongée dans l'étude et dans la lecture? Qui ne s'est figuré, avec délices, une petite retraite bien sûre, bien modeste, où l'on n'aurait plus à s'occuper que du beau et du vrai en eux-mêmes, où l'on ne verrait plus les hommes et leurs passions, les affaires et leurs ennuis, l'histoire et ses terribles agitations, qu'à travers ce rayon de pure lumière que le génie des grands écrivains a rép1: sur tout ce qu'il représente? Quelles charmantes matinées que celles qu'on passerait, par un beau soleil, dans une allée bien sombre, au milieu de ce bruit des champs, immense, confus, et pourtant si harmonieux et si doux, à relire tantôt une tragédie de Racine, tantôt l'histoire des origines du monde, racontées par Bossuet avec une grâce si majestueuse !
Quel plaisir de ne se sentir pas tiraillé, au milieu de ces enivrantes études, par l'affaire qui vous rappelle à la maison, de ne pas porter au fond de l'âme l'idée importune de i'ennui qui vous a donné rendez-vous pour ce soir ou pour demain, et qui ne sera, hélas! que trop exact à l'heure; de ne rentrer chez soi que pour changer de livres et de mé-
i. QEuvrss complètes. (Charpentier édit.)
ditations, ou pour se livrer à ce repos absolu qui est don! comme le Benlimeni d'une bonne <•- ' Aujourd'hui,
o Montesquieu 'i"1 fora les frais de la journée; demain,
ra Tacite. On a des semblants d'étude, on se
liions. Le fond de la vie, eu serait, ur> abandon complet aux lettres, sans ambition persohni sans autre passion que celle d'embellir et d'épurer son intel
. ne vie t modèle ne nnirail ell
cependant par fatiguer? N'enfanterait-elle pas à la longue I?
ni, la pares e, la folie peut-être? C'est possible, il vaut mieux l'imaginer que la posséder; mais un avouera au moins que l'idée en esl délicieuse. S. DE SacY l.
Port-Royal des Champs.
Il n'y eut jamais d'asile où l'innocence et la pureté fussent plus àcouvertde l'air contagieux du siècle, m d'école où les vérités du christianisme fussent plus >>>liiiement enseignées qu'on y donnait aux. jeunes lilles faisaient d'autant plus d'impression sur leur esprit, qu'elles les voyaient appuyées, non-seulement de; 1 exemple de leurs maîtresses, mais encore de l'exemple de toute une grande communauté, uniquement occupée à louer et à servir Dieu. Mais on ne se contentait point de les élever à la piété, on prenait aussi un très-grand soin de leur former l'esprit et la n, et on travaillait à les rendre également capables • un jour ou de parfaites religieuses, ou d'excell' is de famille. On pourrait citer ungrand nombre de filles •s dans ce monastère, qui ont depuis édifié le monde par leur l par leur vertu. On sait avec quels sen-
timents d'admiration et de reconnaissance elles ont toujours île l'éducation qu'elles y avaient reçue; et il y en a encore qui conservent, au milieu du monde et de la cour, pour les restes de cette maison affligée, le même amour que les anciens Juifs conservaient, dans leur captivité, pom- les ruines de Jérusalem. Kacine.