‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 92 sur 115 · GENRE ÉPISTOLAIRE — GENRE ANECDOTIQUE · texte numérisé non relu

GENRE ÉPISTOLAIRE — GENRE ANECDOTIQUE

marchez sur le bord d'un abîme, entre le mépris et la haine.

c Mais quoi, me direz-vous, me oali me | ei

aurai fait un bon | » une ] de théâtre applau-

die, ou écrit une histoin , ou cherché à m'éciai-

et à instruire les autre

Uni, mon ami, voilà de 41101 vous rendre malheureux à jamais. Je suppose que . t'ait 1111 bon ouvrage : ima-

ginez-vous qu'il vous faudra quitter le repos de votre cabinet pour solliciter l'examinateur ; si votre manière de penser la sienne, s'il n'esl pas l'ami de vus amis, s'il est celui de votre rival, s'il est votre rival lui-même, il vous est plus di Bcile d'obtenir un privilège, qu'à un nomme qui n'a point la protection des femmes d'avoir un emploi dans les finances. Enfin, après un àp de refus et de négociations, votre ouvrage s'imprime; c'est alors qu'il faut ou assoupir res de la littérature, ou les faire aboyer en votre faveur. Il y a toujours trois ou quatre gazettes littéraires en France, et autant en Hollande; ce sont des factions différentes. Les libraires de ces journaux ont intérêt qu'ils soient satiriques; ceux qui y travaillent servent aisément l'avarice du libraire et la malignité du public. Vous cherchez à faire sonner ces trompettes de la Renommée; vous courtisez les écrivains, les protecteurs, les abbés, les docteurs, les col- ■ .1rs : tous vos soins n'empêchent pas que quelque journaliste ne vous déchire. Vous lui répondez, il réplique : vous. avez un procès par écrit devant le public, qui condamne les deux parties au ridicule.

C'est bien pis si vous composez pour le théâtre. Vous commencez par comparaître devant l'aréopage de vingt comédiens, gens dont la profession, quoique utile et agréable, est cependant flétrie par 1 injuste mais irrévocable cruauté du public. Ce malheureux avilissement où ils sont les irrite; ils trouvent en vous un client, et ils vous prodiguent tout le mépris dont ils sont couverts. Vous attendez d'eux votre première sentence; ils vous jugent; ils se chargent enfin de votre pièce : il ne faut plus qu'un mauvais plaisant dans le parterre pour la faire tomber. Réussit-elle, la farce qu'on appelle italienne , celle de la foire , vous parodient ; vingt libelles vous prouvent que vous n'avez pas du réussir. Des uts qui entendent mai le grec, et qui ne lisent point ce qu'on fait en français, vous dédaignent ou affectent de vous dédaigner.

Vous portez en tremblant votre livre à une dame de la cour; elle le donne à une femme de chambre qui en fait des papillotes; et le laquais galonné qui porte la livrée du luxe insulte à votre habit, qui est la livrée de l'indigence.

Enfin, je veux que la réputation de vos ouvrages ait forcé l'envie à dire quelquefois que vous n'êtes pas sans mérite; voilà tout ce que vous pouvez attendre de votre vivant ; mais qu'elle s'en venge bien en vous persécutant! On vous impute des libelles que vous n'avez pas même lus, des vers que vous méprisez, des sentiments que vous n'avez point. Il faut être d'un parti, ou bien tous les partis se réunissent contre vous.

Il y a dans Paris un grand nombre de petites sociétés où préside toujours quelque femme qui, dans le déclin de sa beauté, fait briller l'aurore de son esprit. Un ou deux hommes de lettres sont les ministres de ce petit royaume. Si vous négligez d'être au rang des courtisans, vous êtes dans celui des ennemis, et on vous écrase. Cependant, malgré •yotre mérite, vous vieillissez dans l'opprobre et dans la misère. Les places destinées aux gens de lettres sont données à l'intrigue, non au talent. Ce sera un précepteur qui, par le moyen de la mère de son élève, emportera un poste que vous n'oserez pas seulement regarder. Le parasite d'un courtisan vous enlèvera l'emploi auquel vous êtes propre.

Que le hasard vous amène dans une compagnie où il se trouvera quelqu'un de ces auteurs réprouvés du public, ou de ces demi -savants qui n'ont pas même assez de mérite pour être de médiocres auteurs, mais qui aura quelque place ou qui sera intrus dans quelque corps; vous sentirez, par la supériorité qu'il affectera sur vous , que vous êtes justement dans le dernier degré du genre humain.

Au bout de quarante ans de travail, vous vous résolvez à chercher dans les cabales ce qu'on ne donne jamais au mérite seul; vous vous intriguez comme les autres pour entrer dans l'Académie française, et pour aller prononcer, d'une voix cassée, à votre réception, un compliment qui le lendemain sera oublié pour jamais.

Il n'est pas étonnant que les gens de lettres désirent entrer dans un corps où il y a toujours du mérite, et dont ils espèrent, quoique assez vainement, la protection. Mais vous me demanderez pourquoi ils en disent tant de mal jusqu'à ce qu'ils y soient admis, et pourquoi le public, qui respecte assez l'Académie des sciences, ménage si peu l'Académie

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française. C'est que les travaux de l'Académii tram • '-sont ux yeux du grand monde, et que lea autres sunt joilés. Chaque Français croit savoir sa langue et se pi

ùl ; mais il ne se pique pas d'être physicien, nathématiques seront toujours pour la nation en :'<''iiérai une espèce de mystère, et par conséquent quelque chose H.- respectable. Des équations algébriques ne donnenl de e nia l'épigramme, ni à la ehanson, ni à l'envie; mais pn juge durement ces énormes recueils du vers môdiocresi (!•■ compliments, de li.irangues, et ces éloges qui sont, quelquefois aussi faux que lïloquence avee laquelle OD les débite, t'n est lâché de voir la devise de ['immortalité h la tète De tanl de déclamations qui n'annoncent rien d'éternel que l'oubli auquel elles sont condamnées.

Il est très-certain que l'Académie française pourrait servir à fixer le goût de la nation. 11 n'y a qu'à lire ses Remarques sur le Cid; la jalousie du cardinal de Richelieu a produit au jnoinsce bon effet. Quelques ouvrages dans ce genre seraient d'une utilité sensible. Un les demande depuis cent années au seul corps dont ils puissent émaner avec fruit et bienséance. On se plaint que la moitié des académiciens soit composée de seigneurs qui n assistent jamais aux assemblées, et que, dans l'autre moitié, il se trouve à peine huit ou neuf gens de lettres qui soient si assidus. L'Académie est souvent négligée par ses propres membres. Cependant, ù peine un des Quarante a-t-il rendu les derniers soupirs, que dix concurrents se présentent; un évèchô n'est pas plus brigué; on court en poste à Versailles; on fait parler toutes les femmes; on fait agir tous les intrigants; on fait mouvoir tous les ressorts; des haines violentes sont souvent le fruit de ces démarches. La principale origine de ces horribles couplets, qui ont perdu à jamais le célèbre et malheureux Rousseau, vient de ce qu'il manqua la place qu'il briguait à l'Académie. Obtenez-vous cette préférence sur vus rivaux, votre bonheur n'est bientôt qu'un fantôme; essuyez-vous un refus, votre affliction est réelle. On pourrait mettre sur la tombe de presque tous les gens de lettres :

Ci-git, au bord de l'Hippocrène, Un mortel longtemps abusé.

Pour vivre pauvre et méprisé, Il se donna bien de la peine.

Quel est le but de ce long sermon que je vous fais?est-ee du vous détourner de la route de la littérature? Non; je ne.

m'oppose point ainsi à la destinée : je vous exhorte seulement à la patience. Voltaire.

Sur l'Encyclopédie.

A. M. Dalembert.

Mon cher maître, je serai bientôt hors d'état .1c mettre de$ points et des virgules à votre grand trésor des connaissances humaines. Je tâcherai pourtant, avant de rejoindre Yarchinïagh Yebor et ses confrères, de remplir la tâche que vous vouliez me donner.

Voici Froid et une petite queue à Français par un o, Galant et Garant; le reste viendra si je suis en vie.

Je suis bien loin de penser qu'il faille s'en tenir aux définitions et aux exemples ; mais je maintiens qu il en faut partout, et que c'est l'essence de tout dictionnaire utile. J'ai vu par hasard quelques articles de ceux qui se font, comme moi, les garçons de cette grande boutique; ce sont pour laplupart des dissertations sans méthode. On vient d'imprimer dans un journal l'article Femme, qu'on tourne horriblement en ridicule. Il semble que cet article soit fait par le laquais de Gil-Blas.

J'ai vu Enthousiasme, qui est meilleur; mais on n'a que faire d'un si long discours pour savoir que l'enthousiasme doit être gouverné par la raison. Le lecteur veut savoir d'où vient ce mot, pourquoi les anciens le consacrèrent à la divination, à la poésie, à l'éloquence, au zèle de la superstition; le lecteur veut des exemples de ce transport secret de l'âme appelé enthousiasme; ensuite il est permis de dire que la raison, qui préside à tout, doit aussi conduire ce transport.

Enfin je ne voudrais dans votre Dictionnaire que vérité et méthode. Je ne me soucie pas qu'on me donne son avis particulier sur la comédie, je veux qu'on m'en apprenne la naissance et les progrès chez chaque nation; voilà ce qui plaît, voilà ce qui instruit. On ne lit point ces petites déclamations dan., lesquelles un auteur ne donne que ses propres idées, qui ne sont qu'un sujet de dispute. C'est le malheur de presque tous les littérateurs d'aujourd'hui. Pour moi , je tremble toutes les fois que je vous présente un article. Il n'y en a point qui ne demande le précis d'une grande érudition. Je suis sans livres, je suis malade, je vous sers comme je peux. Jetez au feu ce qui vous déplaira. Adieu. Achevez le plus grand ouvrage du monde. Voltaire.

0EHBE IIMSTOLAIRE — ur.MU' ANSCDOTIQU1 263 Vauvenargues sollicitant un poste diplomatique.

Au roi Louis XV.

Sire,

Pénétré de Bervir, depuis neuf ans, sans espérance, dans mplois subalternes de la guerre, avec une faible j.- me mets aux pieds de Votre et La supplie

humblement de me faire passer du service des années j'ai le malheur d être inutile, à •••■lui des affaires étrangères, mi mon application peut me rendre plus propre. Je n'oserais dire à Votre Majesté ce qui m'inspire la hardiesse de lui uider cette grâce; mais peut-être est-il difficile qu'une confiance si extraordinaire se trouve dans un homme tel que moi, sans quelque mérite qui la justifie.

Il n'est pas besoin de rappeler à Votre Majesté quels hommes ont été employés, dans tous les temps, et dans les affaires les plus difficiles, avec le plus de bonheur : Votre isté - iii que ce sont ceux-là mêmes qu'il semble que la fortune en eût le plus éloignés. El qui doit, <'n effet, servir Votre Majesté avec plus de zèle qu'un gentilhomme qui, n'étant pas né à la cour, n'a rien à espérer que de son maître et de ses services.' ] c ois sentir, Sire, en moi-même, que je suis appelé à cet honneur, par quelque chose de plus invincible et plus noble que l'ambition.

M", le duc de Biron, sous qui j'ai l'honneur de servir, pourra (aire connaître ma naissance et ma conduite à Votre Ma lorsqu'elle le lui ordonnera; et j'espère qu'elle ne trouvera rien, dans l'une ni dans L'autre, qui puisse me fermer l'entrée

Je suic avec un très-profond respect, etc. Vauven argues

A M. de Chateaubriand.

Le Tasse errant de ville en ville

Un jour, accablé de ses maux,

• près du laurier fertile Qui sur la tombe de Vil Etend toujours ses verts rameaux.

En contemplant L'urne saa

Ses yeux de larme- sonl cou

Et là, d'une voix éplorée,

Il raconte à l'ombre adorée

Les longs tourments qu'il a soufferts.

Il veut fuir l'ingrate Ausonie, Des talents il maudit le don, Quand, touché des pleurs du génie, Devant le chantre d'Herminie Paraît le chantre de Didon.

« Eh quoi! dit-il, tu fis Armide, Et tu peux accuser ton sort!

Souviens-toi que le Méonide, Notre modèle et notre guide, Ne devint grand qu'après sa mort.

« L'infortune en sa coupe amure L'abreuva d'affronts et de pleurs, Et quelque jour un autre Homère Doit au fond d'une île étrangère Mourir aveugle et sans honneurs.

« Ainsi les maîtres de la lyre Partout exhalent leurs chagrins :

Vivants, la haine les déchire; Et ces dieux que la terre admire Ont peu compté de jours sereins.

« Longtemps la gloire fugitive Semble troubler leur noble orgueil; La gloire enfin pour eux arrive, Et toujours sa palme tardive Croît plus belle au pied d'un cercueil.

« Torquato, d'asile en asile L'envie ose en vain t'assiéger; Enfant des Muses, sois tranquille, Ton Renaud vivra comme Achille :

L'arrêt du temps doit te venger.

« Le bruit confus de la cabale A tes pieds va bientôt mourir :

Bientôt à moi-même on t'égale, Et pour ta pourpre triomphale Le Capitole va s'ouvrir. »

GENRE ÉPIST0LAIR1 — GENUi: ANBCDOTIQUI 205

Les derniers mots que l'ombre achève lui Tusse onl calrm rets;

[*li in île < ■< »i i r.-i:-t • il se relève. Et, tenant su lyre et son gluivc.

Du destin brave tous les traits.

Chateaubriand, le sort du Tas:>e Doit t'instruire et te consoler. Trop heureux qui, suivant ta trace, Au prix de la môme disgrâce, Dans l'avenir peut t'ôgaler.

Contre toi du peuple critique Que peut l'injuste opinion?

Tu retrouvas la muse antique s. mis ia poussière poétique Et de Sollme et d'Uion.

Du grand peintre de l'Odyssée

Tous les trésors te sont ouverts.

Et dans ta prose cadencée

Les soupirs de CymodoeiV

Ont la douceur des plus beaux vers.

Aux regrets d'Eudore coupable Je trouve un charme différent, Et tu joins, dans la même fable, Ce qu'Alhène a de plus aimable, Ce que Sion a de plus grand.

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