Pknséks. (Didier édil
Je suis très-profondément, comme l'autre jour, Monseigneur, de Votre Excellence, le très-humble et très-obéissant serviteur. Joubert.
L'Amitié de deux saints.
Saint Basile et saint Grégoire de Nazianze étaient sortis tous deux de familles fort nobles, selon le monde, et encore plus selon Dieu. Ils naquirent presque en même temps, et leur naissance fut le fruit des prières et de la piété de leurs mères, qui dès ce moment même les offrirent à Dieu dont elles les avaient reçus. Celle de saint Grégoire le lui présentant dans l'église, sanctifia ses mains par les livres sacrés qu'elle lui fit toucher.
Ils avaient l'un et l'autre tout ce qui rend les enfants aimables : beauté de corps, agrément dans l'esprit, douceur et politesse dans les manières.
Leur éducation fut telle qu'on peut se l'imaginer dans des familles où la piété était, s'il est permis de parler ainsi, héréditaire et domestique, et où pères, mères, frères, sœurs, aïeuls de côté et d'autre, étaient tous des saints, et la plupart des saints fort illustres.
Le naturel heureux que Dieu leur avait accordé fut cultivé avec tout le soin possible. Après les études domestiques, on les envoya séparément dans les villes de la Grèce qui avaient le plus de réputation pour les sciences, et ils y prirent des leçons des plus excellents maîtres.
Enfin ils se rejoignirent à Athènes, où ils se lièrent d'une sainte amitié. Cette liaison se fortifia toujours de plus en plus, surtout lorsque ces deux amis, qui n'avaient rien de secret l'un pour l'autre, s'ouvrant mutuellement leurs cœurs, eurent reconnu qu'ils avaient tous deux le même but, et cherchaient le même trésor, je veux dire la sagesse et la vertu. Ils vivaient sous le même toit, mangeaient à la même table, avaient les mêmes exercices et les mêmes plaisirs, et n'étaient, à proprement parler, qu'une même âme.
« Union merveilleuse, dit saint Grégoire, qui ne peut être réellement produite que par uneamitié chaste et chrétienne!
« Nous aspirions tous deux également à la science, objet le plus capable d'exciter des sentiments d'envie et de jalousie; et néanmoins, absolument exempts de cette passion subtile et maligne, nous ne connaissions et n'éprouvions
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entre nous qu'une noble émulation. Chacun de nous, plus loire de son ami qu'à la Bienne propre, cherchait, non 6 l'emporter sur lui, mais à lui céder et a l'imiter.
i Notre principale étude et notre unique but était la vertu. songions i rendre notre amitié éternelle en nous préparanl nous nomes à la bienheureuse immortalité, et en nous détachant de plus en plus de l'amour des choses de la terre. Noua prenions pour conducteur et pour guide la parole de Dieu. Nous nous servions nous-mêmes de maîtres et de surveillants, en nous exhortant mutuellement à la piété ; et je pourrais dire, s'il n*y avait point quelque sorte de vanité à s'exprimer ainsi, que nous nous tenions lieu de régie l'un à l'autre, pour discerner le faux du vrai, et le bon du mauvais.
« Nous n'avions aucun commerce d'amitié avec ceux de nos compagnons qui étaient pétulants, violents ou déré dans leurs moeurs ; et. nous ne fréquentions que ceux qui, par leur modestie, leur retenue et leur sagesse, pouvaient nous aider et nous soutenir dans le bon dessein que nous avions, sachant qu'il en est des mauvais exemples comme des maladies contagieuses qui se communiquent aisément. »
Ces deux saints, et l'on ne peut trop le répéter aux jeunes gens, brillèrent toujours parmi leurs compagnons par la beauté et la vivacité de leur esprit, par leur assiduité au travail, par le succès extraordinaire qu'ils eurent dans toutes leurs études, par la facilité et la promptitude avec lesquelles ils saisirent toutes les sciences qu'on enseignait à Athènes, belles-lettres, poésie, éloquence, philosophie : mais ils se distinguèrent encore plus par une innocence de mœurs qui était alarmée à la vue du moindre danger, et qui craignait jusqu'à l'ombre du mal.
Ils avaient grand besoin, lui et Basile; d'une telle vertu pour se soutenir au milieu des périls d'Athènes, la ville du monde la plus dangereuse pour les moeurs, à cause de co concours extraordinaire de jeunes gens, qui s'y rendaient de toutes paris, et qui y apportaient, chacun leurs vices et leurs dérèglements, a Mais, dil Grégoire, nous eûmes le bonheur d'éprouver dan? celle ville corrompue quelque eli. m- de pareil à ee que disent les poètes d'un fleuve qui conserve la douceur de ses eaux au milieu de l'amertume de celles de la mer, et d'un animal qui subsiste au milieu du feu Nous n'avions aucun commerce d'amitié avec I -
méchants. Nous ne connaissions à Athènes que deux chemins : l'un qui nous conduisait à l'église et aux docteurs qui y enseignaient; l'autre qui nous menait aux écoles, et chez nos maîtres de littérature. Pour ceux qui conduisaient aux fêtes mondaines, aux spectacles, aux assemblées, aux festins, nous les ignorions absolument. » Rollin.
La Jeune fille mourante.
L'huile sainte a touché les pieds de la mourante,
L'arrêt fatal est prononcé, L'art n'a point de secours pour cette âme souffrante,
Le monde pour elle a cessé ; Tout s'éloigne, tout fuit; hélas! l'amitié même
A l'effroi des derniers adieux
Se dérobe en baissant les yeux.
Intrépide témoin de ce moment suprême, La mère est seule enfin près de l'enfant qu'elle aime. Elle s'enferme alors sous les obscurs rideaux; Ecarte loin du lit les funèbres flambeaux;
Et, d'un œil que la foi rassure, Regarde sans pâlir le crucifix de bois Que la vierge chrétienne a saisi de ses doigts : Et l'eau sainte, et le buis à la sombre verdure, Du chevet des mourants douloureuse parure.
Mais quand elle voit de plus près Le sinistre frisson qui parcourt tous ses traits, Et ce front d'où découle une sueur mortelle, Et cet œil qui s'éteint! « 0 mon enfant, dit-elle, Si tu vis, je vivrai; et si tu meurs, je meurs. Déjà la tombe enferme et ton père et tes sœurs; Seules, nous, nous restons; toi seule es ma famille Et tu me quitterais, toi mon sang, toi ma tille ! Non, tu vivras pour moi : Dieu voudra te guérir; Ta mère t'aime trop, tu ne peux pas mourir ; Je ne sais quelle voix me dit encore : Espère ! Hélas! pour espérer est-il jamais trop tard'/ Jeune âme de ma fille, oh ! suspends ton départ, Et pour quitter ce monde attends au moins ta mère. »
Ainsi la foi l'anime et l'espoir la soutient;
Mais par quels soins touchants cet espoir s'entretient?
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Elle courbe son front sur la Jeune victime,
I d souffle abondant la réchauffe el l'anime,
.1 la froide main; d'un iré
Interroge le pouls dans >a m ircb Joint le doux suc du miel au doux Jus de Poran Et dans sa bouche en feu versant ce frais mêlai
m breuvage heureux, i combattre enfin
i . ins Bon sein.
Et déjà cependant évoquant - la-es,
spectres menaçants,
i . aux
xpirante égarait tous les sens, Et l'an part sue ses lèvres muetles,
Répandait de la mort les pales violettes, tacle affreux, le fronl numilié, Prenant entre ses bras son Dieu crucifié : t Toi seul peux la sauver, Dieu puissant! dit la mère, Ce n'est qu'en ton secours maintenant que j'esp Oui, sur ma pauvre entant j'appeil ités;
•airs si peu nombreux sont-ils déjà comp Tu vois l'affreuse lutte où se débat sa
lice amer tu bus jusquà la lie, J< \r sais, et ta mort fut digne encor de toi; Je n'ose, à tes douleurs, égaler ma mi- Mais souviens-loi des maux que dat souffrir ta mère,
Et tu prendras pitié de moi.
La fille de Jaïr à ta voix fut sauvée, Tu lui dis : Levez-vous; la fille s'est le De l'éternel sommeil elle dormait pourtant ; La mienne au moins respire et peut-être m'entend. »
En prononçant ces mots elle craint d'en trop dire, Et vers le lit revient soudain Pour s'assurer que sa fille respire ; Puis, sous les blancs rideaux qu'a soulevés sa main, i mère du Christ, apercevant lima « Toi qui I i, tu conçois mes douleurs,
D'un hymen trop fécond, voilà le demi De ton nom, au berceau, je dotai son jeune a. infance à tes bl ;..'--li is couleurs; Ce nom ce vêtement m'étaient d'un doux prés; Et quand ma fille et moi, nous tenant par la main, Nous allions à l'église invoquer ta puissance,
272 CINQUIÈME TAUTIE
Les compagnes de son enfance,
Voyant de loin par le chemin Et sa blanche tunique et son voile de lin, Se disaient : « Celle-là dans ses destins prospères Aura des jours d'amour, d'innocence et de paix; » EL moi, l'œil attaché sur ses chastes attraits, Je me trouvais encore heureuse entre les mères. »
Ainsi disait la mère, et la nuit s'écoulait;
Depuis neuf jours elle veillait.
Déjà l'aube naissante a rougi le nuage, Le jour se lève armé de feux plus éclatants, Le jour la voit encore devant la sainte image. Longtemps elle gémit; elle pria longtemps. Tandis qu'elle priait : « Ma mère... Où donc est-elle? Dit une faible voix . Oh ! viens... je me rappelle Qu'un étrange sommeil a pesé sur mes yeux. Dieu! quel songe à la fois triste et délicieux! Dans mon accablement je me sentais ravie Loin de notre humble terre et par-delà les cieux : C'était un autre jour, c'était une autre vie; Dans ce monde nouveau, paisible, exempt de soins, D'étoiles et de fleurs ta fille couronnée, Cherchait ta main pour guide et tes yeux pour témoins. De fronts purs et joyeux j'étais environnée, Et mon âme pourtant ne goûtait qu'à moitié Ce bonheur imparfait dont j'étais étonnée : Ma mère. . . Où donc est-elle? ai-je aussitôt crié. Et les anges en chœur vers toi m'ont ramenée. »
Campenon.
La Dette à l'humanité.
Mon cher monsieur,
J'aireçuvotrelettredul5ducourantavec lemémoire qu'elle renfermait. Le récit que vous me faites de votre position m'afflige. Je vous envoie, sous ce pli, dix louis d'or. Je ne prétends pas vous donner cette somme; je vous la prête seulement.
Quand vous retournerez dans votre pays, avec la bonne réputation dont vous jouissez, vous ne manquerez pas de trouver quelque emploi qui vous mette par la suite en état de payer toutes vos dettes. A cette époque, si vous ren-
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contrez un honnête homme qui soit dans cette môme où vous vous trouvez aujourd'hui, ayez la bonté de libérer envers moi, en lui prêtant pareille somme; mais reoommandez-lui bien es môme temps de s'acquitter fi tour de la même manière dès que ses facultés Le lui permettront, et qu'il en trouvera l'occasion. J'espère que mes dix louis | I ainsi dans beaucoup de mains, avant de
rencontrer un faquin qui s'avise de les arrêter dans leur course.
Voilà mou petit Stratagème pour faire quelque bien avec peu d'argent. Je ne suis point assez, riche pour dépenser beaucoup en bonnes œuvres; il me faut donc user de malice, et tirer d'une bagatelle le parti le plus avantageux. Je fais des vœux pour le succès de votre mémoire et pour votre prospérité future.
Votre très humble,
B. Franklin.
Les Bijoux.
RÉCIT DU ClD A SA FILLE ELVIRE.
C'est une vieille histoire Que je veux te conter, mais tout bas, pour ma gloire. « A nous, Gampéador! m'avait écrit le roi, Voici les Sarrasins. » Pas un réal chez moi Pour équiper ma bande et la conduire en plaine! Alors de mon manoir la douce châtelaine, Qui voyait mon souci, te mit sur mes genoux ; Me quitta; puis revint en m'offrant ses bijoux. Je crois l'entendre encor : « Tiens, mon Cid, va les vendre ; Le Sarrasin, dit-elle, est là pour me les rendre, j A quoi je répondis : « Ghimène, mes amours, Il te rendra ton bien avant qu'il soit dix jours. » J'emportai les brillants. Mais est-il femme ou fille «.>iii se puisse tenir d'admirer ce qui brille? Non : les vouloir, les prendre, et ne plus les lâcher, C'est ce que fit Elvire; et j'eus beau me fâcher, Dans son courroux d'enfant qui la rendait plus belle, Tenant toujours sa proie, elle osa, la rebelle, Lever pour se défendre, en lionne qu'elle est,
deux petits points nus contre un m gantelet. — Vous l'avez été, Cid? — Oui. mais je lis en sorte,
Cr.»e = r r>r Se,
Elvire, que ta main ne fût pas la plus forte. Tu te pris à pleurer, et tout gonflés, tes yeux Faisaient à ce trésor de si tristes adieux, Que je sentis mon cœur s'amollir de tendresse; La pitié l'emporta : jamais, c'est ma faiblesse, Aux larmes d'un enfant je n'ai su résister; Et je dis à Chimène : « Il faut la contenter. » Qui sourit? ce fut toi : j'avais mis bas les armes, Sourire plus charmant, lorsqu'il fit sous tes larmes Rayonner de plaisir ton visage vermeil, Qu à travers une pluie un éclair de soleil ! Et folle et radieuse, ivre de ta victoire, Tu vins du bout des doigts tirer ma barbe noire, Toi qui tremblais alors, peureuse, en la basant; Mais tu n'en as plus peur ; elle est blanche à présent.
G Delavigxe '.
Le Succès auprès des Grands.
Le jour suivant, Monseigneur me fit appeler de bon matin. C'était pour me donner une homélie à transcrire; mais il me recommanda de la copier avec toute l'exactitude possible. Je n'y manquai pas : je n'oubliai ni accent, ni point, ni virgule. Aussi la joie qu'il en témoigna fut mêlée de surprise. « Père éternel! s'écria-t-il avec transport, lorsqu'il eut parcouru des yeux tous les feuillets de ma copie, vit-on jamais rien de si correct? Vous êtes trop bon copiste pour n'être pas grammairien. Parlez-moi confidemment, mon ami ; n'avez-vous rien trouvé, en écrivant, qui vous ait choqué? quelque négligence dans le style, ou quelque ^erme impropre? — Oh! Monseigneur, lui répondis-je d'un air modeste, je ne suis point assez éclairé pour faire des observations critiques; et quand je le serais, je suis persuadé que les ouvrages de Votre Grandeur échapperaient à ma censure. » Le prélat sourit de ma réponse. Il ne répliqua point; mais il me laissa voir, au travers de toute sa piété, qu'il n'était pas auteur impunément.
J'achevai de gagner ses bonnes grâces par cette flatterie. Je lui devins plus cher de jour en jour; et j'appris, enfin de don Fernand, qui le venait voir très-souvent, que j'en étais