‹ Morceaux choisis des classiques françaisChapitre 95 sur 115 · Théâtre, (Didier édit · texte numérisé non relu

Théâtre, (Didier édit

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aimé (11- manière que je pouvais compter ma fortune faite. Cela me fut confirmé peu de temps après par mon maître môme, h \<>iei à quelle occasion. Un soir il répéta devanl moi avec enthousiasme, dans son cabinet, une homélie qu'il devait prononcer le lendemain dans la cathédrale. Il ne se coiiitMita pas de me demander ce que j'en pensais en il m'obligea de lui dire quels endroits m'avaienj lé plus Frappé. Feus le bonheur de lui citer ceux qu'il estimait davantage, ses morceaux favoris. Par là je passai dans son esprit pour un homme qui avait une connaissance délicate des vraies beautés d'un ouvrage. « Voilà) s'écria-t-il , ce qu'on appelle avoir du goût et du sentiment! Va, mon ami, tu n'as pas, je t'assure, l'oreille béotienne. » En un mot, il l'ut si content de moi, qu'il me dit avec vivacité : « Sois, Gil- Blas, sois désormais sans inquiétude sur ton sort; je me charge de t'en faire un des plus agréables. Je t'aime; et pour te le prouver, je te fais mon confident. » Lesage.

Le Lépreux et sa Soeur.

Je n'étais pas seul alors; la présence de ma sœur rendait cette retraite vivante. J'entendais le bruit de ses pas dans ma solitude. Quand je revenais , à l'aube du jour, prier Dieu sous ces arbres, la porte de la tour s'ouvrait doucement, et la vois de ma sœur se mêlait insensiblement à la mienne; lo soir, lorsque j'arrosais mon jardin, elle se promenait quelquefois au soleil couchant, ici, au même endroit oti je vous parle, et je voyais son ombre passer et repasser sur mes (leurs. Lors même que je ne la voyais pas, je trouvais uartout des traces de sa présence.

Maintenant il ne m'arriye plus de rencontrer sur mon chemin une fleur efleuillée, ou quelques branches d'arbrisseaux Qu'elle y laissait tomber en passant; je suis seul : il n'y a plus ni mouvement ni vie autour de moi, et le sentier qui conduisait à son bosquet favori disparaît déjà sous l'herbe. Sans paraître s'occuper de moi, elle veillait sans cesse h ce qui pouvait me faire plaisir.

Lorsque je rentrais dans ma chambre, j'étais quelquefois surpris d'y trouver des vases de fleurs nouvelles, ou quelque beau fruit qu'elle avait soigné elle-même. Je n'osais pas lui rendre les mêmes services, et je l'avais même priée ' jamais entrer dans ma chambre; mais qui peut mettr des

bornes à l'affection d'une sœur? Un seul trait pourra vous donner une idée de sa tendresse pour moi.

Je marchais une nuit à grands pas dans ma cellule, tourmenté de douleurs affreuses. Au milieu de la nuit, m'étant assis un instant pour me reposer, j'entendis un bruit léger à l'entrée de ma chambre. J'approche, je prête l'oreille : jugez de mon étonnement! c'était ma sœur qui priait Dieu en dehors sur le seuil de ma porte. Elle avait entendu mes plaintes, sa tendresse lui avait fait craindre de me troubler ; mais elle venait pour être à portée de me secourir au besoin. Je l'entendis qui récitait à voix basse le Miserere. Je me mis à genoux près de la porte, et, sans l'interrompre, je suivis mentalement ses paroles ; mes yeux étaient pleins de larmes. Qui n'eût été touché d'une telle affection? Lorsque je crus que sa prière était terminée : « Adieu, ma sœur, lui dis-je à voix basse, adieu, retire-toi, je me sens un peu mieux ; que Dieu te bénisse et te récompense de ta piété! » Elle se retira en silence, et sans doute sa prière fut exaucée; car je dormis enfin quelques heures d'un sommeil tranquille. X. de Maistre.

L'Habit du chevalier de Grammont.

Le jour du bal venu, la cour, plus brillante que jamais, étala toute sa magnificence dans cette mascarade. Ceux qui la devaient composer étaient assemblés, à la réserve du chevalier de Grammont. On s'étonna qu'il arrivât des derniers dans cette occasion, lui dont l'empressement était si „emarquable dans les plus frivoles ; mais on s'étonna bien plus de le voir enfin paraître en habit de ville, qui avait déjà paru : la chose était monstrueuse pour la conjoncture et nouvelle pour lui. Vainement portait-il le plus beau point, la perruque la plus vaste et la mieux poudrée qu'on pût voir : son habit, d'ailleurs magnifique, ne convenait point à la fête.

Le roi, qui s'en aperçut d'abord : « Chevalier de Grammont, lui dit-il, Termes n'est donc point arrivé? — Pardonnez-moi, sire, dit-il, Dieu merci! — Comment ! Dieu merci ! dit le roi ; lui serait-il arrivé quelque chose par les chemins?— Sire, dit le chevalier de Grammont, voici l'histoire de mon habit et de M. Termes, mon courrier. > A ces mots, le bal tout prêt à commencer fut suspendu. Tous ceux

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r|ui devaienl danser taisaient va cercle autour du chevalier de Grammoni ; il poursuivit ainsi son récit :

>t II y a deux jours que ce coquin devait être ici, suivant ordres et ses serments. On peut juger de mon impatience tout aujourd'hui, voyant qu'il n'arrivait pas. Enfin, après L'avoir bien maudit, il n'y a qu'une heure qu'il est arrivé, crotté depuis la tétejusqu'aux pieds, botté jusqu'à la ceinture,fait enfin comme un excommunié. Eh bien ! monsieur le faquin, Lui dis-je, voilà de vos façons de faire : vous vous faites attendre jusqu'à L'extrémité; encore est-ce un miracle que vous soyez arrivé. — Oui, mor.... ! dit-il, c'est un miracle. Vous êtes toujours à gronder. Je vous ai fait faire le plus bel babil du monde, que monsieur le duc de Guise luimême a pris la peine de commander. — Donne-le donc, bourreau! lui dis-je. — Monsieur, dit-il, si je n'ai mis douze brodeurs après, qui n'ont fait que travailler jour et nuit, tenez-moi pour un infâme. Je ne les ai pas quittés d'un moment. — Et où est-il? dis-je, traître qui ne fais que raisonner dans le temps que je devrais être habillé? — Je l'avais, dit-il, empaqueté, serré, ployé, que toute la pluie du monde n'en eût point approché. Me voila, poursuivit-il, à courir jour et nuit, connaissant votre impatience, et qu'il ne fait pas bon lanterner avec vous.... — Mais où est-il, m'écriai-je, cet habit si bien empaqueté? — Péri! monsieur, me dit-il en joignant les mains. — Comment ! péri? lui dis-je en sursaut. —Oui, péri, perdu, nhimô. Que vous dirais-je déplus?— Quoi! le paquebot a fait naufrage? lui dis-je. — Oh ! vraiment, c'est bien pis, comme vous allez voir, me répondit-il. J'étais à une demi-lieue de Calais hier au matin, et je voulus prendre le long de la mer pour faire plus de diligence; mais, ma foi, l'on dit bien vrai, qu'il n'est rien tel que le grand chemin; car je donnai tout au travers d'un sable mouvant, où j'enfonçais jusqu'au menton. — Un sable mouvant auprès de Calais? lui dis-je. — Oui, monsieur, me dit-il, et si bien sable mouvant, que je me donne au diable si on me voyait autre chose que le haut de la tête, quand on m'en a tiré. Pour mon cheval, il a fallu plus de quinze hommes pour l'en sortir; mais pour mon porte-manteau, où malheureusement j'avais mis votre habit, jamais on ne l'a pu trouver. Il faut qu'il soit pour le moins une lieue sous terre.

« Voilà, sire, poursuivit le chevalier de Grammont, l'aventure et le récit que m'en a fait cet honnête homme. Je l'aurais infailliblement tué, si je n'avais eu peur de faire attendre

Ml|c d'Hamilton et si je n'avais été pressé de vous donner avis du sable mouvant, afin que vos courriers prennent soin de l'éviter. » Hamiltun.

L'Enfance de Sedaine.

Le 4 juillet 1719, était né à Paris Michel-Jean Sedaine, fils de l'un des architectes les plus honorés de la ville. So famille, heureuse et estimée, lui faisait faire de sérieuses études. Il avait à peine treize ans lorsque son père fut tout à coup ruiné; et. s'étant réfugié au fond du Berri, où il avait emmené ses enfants, y mourut en peu de temps, dévoré par une tristesse profonde. Le pauvre petit Sedaine, resté seul avec son plus jeune frère, le prend par la main et se met en route pour Paris. Sa mère y était retirée dans une abbaye; il veut l'aller rejoindre. Il avait alors pour tout bien dix-huit francs ; il les emploie à payer la place de son frère dans la lourde diligence de ce temps, lui donne sa veste parce qu'il fait froid, et suit la voiture à pied. Quelquefois les voyageurs font monter sur le siège du conducteur ce petit père de famille de treize ans, et il arrive ainsi à Paris. C'est là, c'est alors qu'il reprend par la base le métier de son père , et se met vaillamment à tailler la pierre, aidant ainsi à la subsistance de sa mère et à l'éducation de ses jeunes frères. Tandis qu'il travaillait gaiement, les larmes venaient aux yeux des maçons qui avaient connu son père l'architecte et servi sous lui comme des soldats ; aussi, quelquefois, quand la chaleur était trop ardente ou la pluie trop forte, il trouvait sa pierre placée par eux à l'abri et transportée la nuit sous quelque hangar. Cependant Sedaine étudiait toujours ; àcùlé de sa longue scie, le tailleur de pierres posait Horace et Virgile, Molière, Montaigne, qui furent les adoralions Uo toute sa vie ; et quand ses compagnons les maçons dormaient couchés sur la poitrine dans le gazon, il prenait ses chers livres et pensait à l'écart. A. de Vigny.

Indépendance de Ducis.

Un trait distinctif du caractère de Ducis, c'était quelque chose de fier, de libre, d'indomptable : jamais il ne porta, ne subit aucun joug, pas môme celui de son siècle, car dans son siècle il fut constamment très-religieux.

m. MM. I 1MST0LAIRE — GENKK ANECDOTIQUE 279

Quand l'ordre social se rétablit avec pompe, lorsqu'on fil l'empire, l'homme qui voulait être la gloire publique de la France, et s'occupait d'attirer, d'absorber dan 3 l'abîme de sa renommée toutes les célébrités secondaires, tourna l< s yeux vers Ducis; il voulait le faire sénateur, Ducis n'en avait nulle envie : le maître de ta Kr.mee le chercha donc, et voulut l'honorer, le récompenser, l'avoir enfin. En général, il séduisait si facilement, qu'il était tout étonné de trouver quelqu'un qui osât résister, ou même échappera ses bienfaits.

Un jour, dans une réunion brillante, il l'aborda comme on aborde un poète, par des compliments sur son génie : ses louantes n'obtiennent rien eh retour; il va plus loin, il parle plus nettement; il parle de la nécessité de réunir toutes les célébrités, toutes les gloires du ta France, autour d'un pouvoir réparateur. Même silence, môme froideur- Enfin, comme il insistait, Ducis, avec une originalité toute shaskspearienne, lui prend fortement le bras, et lui dit : c Général, aimez-vous la eha.-se? » Cette question inattendue laisse le général embarrassé. « Eh bien! si vous aimez la chasse, avez-vous chassé quelquefois aux canards sauvages? C'est une chasse difficile, une proie qu'on n'attrape guère, et qui flaire de loin le fusil du chasseur. Eh bien ! je suis un de ces oiseaux, je me suis fait canard sauvage. » Et eu même temps il fuit à l'autre bout du salon et laisse le vainqueur d'Arcole et de Lodi fort étonné de cette incartade. VlLLEMAlN.

Le Tombeau du Klephte.

Le soleil, mollement balancé sur les flots, De ses rayons mourants effleurait le riyj semblait à regret fuir un ciel sans nua A ses fils attentifs Dimos, le vieux Dimos,

Donnait des ordi mots :

« Allez, enfants, allez, de la source prochaine Pour le repas du soir qu'on épuise les «aux :

Toi, Lamprakis, digne sang d'un héros, Fils de mon frère, approche et sois leur capitaine; Prends, revêts mon armure, et siège à mon côté. El vous, mes compagnons, du cèdre qui m'ombrage, Avec le fer chéri que j'ai longtemps porté Coupez les verts rameaux, sur un lit Je feuillage Que je repose encor de vous tous entouré!

250 cinquième partie

Hâtez-vous, que du ciel le ministre sacré Vienne entendre l'aveu des fautes de ma vie, Et du joug du péché que sa main me délie!... Sur les champs de victoire où je guidai vos pas. J'espérais rencontrer, pour prix de ma vaillance, En frappant l'infidèle un plus noble trépas! Mon heure a bien tardé, la voici qui s'avance....

Du Klephte, qui meurt dans vos bras, Préparez, mes amis, la demeure dernière. Que mon tombeau soit vaste, et debout sur la pierre, Que j'y puisse combattre au moment du réveil; Qu'il s'entr'ouvre aux regards de l'Orient vermeil;

Et, lorsque la saison nouvelle De son souffle embaumé ranimera vos champs, Le rossignol plaintif et la vive hirondelle

Viendront m'annoncer le printemps. »

N. Lemercier.

Jacques le Maçon.

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