Socrate. — 2. Axistote. — 3. Py thagore
GKNUi: PHILOSOPHIQUE, MORAL KT RELIGIEUX 285
Nous mourons seulement pour retourner au jour : Triste immortalité, frivole récompense D'une abstinence austère et de tant de Bilei
Louis Racine.
Le bon Sens et la Méthode.
Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pease en être si bien pourvu, que ceux même qui
sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. En quoi il n'est pas vraisemblable que tous se trompent; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes; et ainsi, la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s'ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent et qui s'en éloignent.
Pour moi, je n'ai jamais présumé que mon esprit fût en rien plus parfait que ceux du commun; même j'ai souvent souhaité d'avoir la pensée aussi prompte, ou l'imagination aussi nette et distincte, ou la mémoire aussi ample et aussi présente que quelques autres. Mais je ne craindrai pas de dire que je pense avoir eu beaucoup d'heur de m'êlre rencontré dès ma jeunesse en certains chemins qui m'ont conduit à des considérations et des maximes dont j'ai formé une méthode par laquelle il me semble que j'ai moyen d'augmenter par degrés ma connaissance, et de l'élever peu à peu au plus haut point auquel la médiocrité de mon esprit et la courte durée de ma vie lui pourront permettre d'atteindre. Descartes.
Dieu dans le monde.
Il y a une raison qui fait que le plus grand poids emporte le moindre; qu'une pierre enfonce dans l'eau plutôt que du
bois; qu'un arbre croit en un lieu plutôt qu'en un autre ; et que chaque arbre tire de la terre, parmi une infinité de sucs, celui qui est propre pour le nourrir. Mais cette raison n'esj pas dans toutes ces choses : elle est en celui qui les a faites et qui les a ordonnées.
On a beau exalter l'adresse de l'hirondelle, qui se fait un nid si propre, ou des abeilles, qui ajustent avec tant de symétrie ieurs petites niches : les grains d'une grenade ne sont pas ajustés moins proprement; et toutefois on ne s'avise pas de dire que les grenades ont de la raison.
Tout se fait, dit-on. à propos dans les animaux; mais tout se fait peut-être encore plus à propos dans les plantes. Leurs fleurs tendres et délicates, et durant l'hiver enveloppées comme dans un petit coton, se déploient dans la saison la plus bénigne ; les feuilles les environnent comme pour les garder; elles se tournent en fruits dans leur saison, et ces fruits servent d'enveloppes aux grains, d'où doivent sortir de nouvelles plantes. Chaque arbre porte des semences propres à engendrer son semblable : en sorte que d'un orme il vient toujours un orme, et d'un chêne toujours un chêne. La nature agit en cela comme sûre de son effet. Ces semences, tant qu'elles sont vertes et crues, demeurent attachées à l'arbre pour prendre leur maturité : elles se détachent d'elles-mêmes quand elles sont mûres ; elles tombent au pied de leurs arbres, et les feuilles tombent dessus. Les pluies viennent, les feuilles pourrissent et se mêlent avec la terre, qui, ramollie par les eaux, ouvre son sein aux semences, que la chaleur du soleil, jointe à l'humidité, fera germer en son temps. Certains arbres, comme les ormeaux et une infinité d'autres, renferment leurs semences dans des matières légères que le vent emporte ; la race s'étend bien loin par ce moyen, et peuple les montagnes voisines. Il ne faut donc plus s'étonner si tout se fait à propos dans les animaux : cela est commun à toute la nature. Il ne sert de rien de prouver que leurs mouvements ont de la suite, de la convenance et de la raison; mais s'ils connaissent cette convenance et cette suite, si cette raison est en eux ou dans celui qui les a faits, c'est ce qu'il fallait examiner.
Ceux qui trouvent que les animaux ont de la raison, parce qu'ils prennent pour se nourrir et.se bien porter les moyens convenables, devraient dire aussi que c'est par raisonnement que se fait la digestion Toute la nature est pleine
de convenances et disconvenances, de proportions et dis-
NRE PHILOSOPHIQUE MOi:\i. r.T RELIGIEUX
proportion-, scion lesquelles les choses, <>u s'ajustent enble, ou se repoussenl l'une l'autre : ce qui montre, à la vérité, que toùl esl [ail par inteljigei ce, mais non pas que tout soit intelligent.
Le Progrès dans l'Humanité.
I.i - rui i - des abeilles étaient aussi l>i* n mesurées il y a mille ; uns qu'aujourd'hui , el chac ine d'elles forme cel I
aussi exactement la pr iêre fois que la dernière, il
•n est de môme de tout ce que les animaux produisent par ce mouvement occulte. La nature les instruit à mesure que taéssité les presse; mais cette science fragile se perd avec les besoins qu'ils en ont : comme ils la reçoivent sans étude, ils n'ont pas le bonheur de la conserver; et toutes les fois qu'elle leur est donnée, elle leur est nouvelle, puisque ■ Mire n'ayant pour, objei que «le maintenir les api maux dans un ordre de perfection bornée, elle leur inspire i science n i, toujours égalé, de peur qu'ils pe tombent
dans le dépérissement, et ne permet pas qu'ils y ajoutent, de peur, qu'ils ne passent les limites qu'elle leur a prescrites.
Il n'en es) pas de même de l'homme, qui n'est produit que pour l'infinité. Il est dans (ignorance au premier ■>->■ de sa vie; mais il s instrui --e dans son progrès; car il
tire avantage, non-seulement de sa propre éxp^riçnce, mais encore dé < .■■■lie de ses prédécesseurs, parce qu il garde toujours dans sa mémoire les connaissances qu'il s'est une l'ois acquises, et que celles des anciens lui sont toujours présentes dans les livres qq'ils en ppt laissés. Kl C'iiiine il serve ces connaissances, il peut aussi les augmenter facilement; dé sorte que les hommes sont aujourd liui en quelque sorte dans le même état où se trouveraient ces anciens philosophes, s'ils pouvaient avoir vieilli 'jùsques à présent, en ajoutant aux connaissances qu'ils avaient celles que leurs études auraient pu leur acquérir à la faveur de tant de siècles. De là vient que, par une pri ■ particulière, nonseulement chacun des hommes s avance de jour en jour dans les sciences, mais que tous les nommes ensemble y font un continuel progrès à mesure que l'univers vieillit, parce que la même chose arrive dans la succession des hommes que dans le ; d'un particulier.
Dq sorte que toute la suite des hommes, pendant le coui
tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement : d'où l'on voit avec combien d'injustice nous respectons l'antiquité dans ses philosophes : car, comme la vieillesse est l'âge le plus distant de l'enfance, qui ne voit que la vieillesse chez cet homme universel ne doit pas être cherchée dans les temps proches de sa naissance, mais dans ceux qui en sont les plus éloignés ? Ceux que nous appelons anciens étaient véritablement nouveaux en toutes choses, et formaient l'enfance des hommes proprement; et comme nous avons joint à leurs connaissances l'expérience des siècles qui les ont suivis, c'est en nous que l'on peut trouver cette antiquité que nous révérons dans les autres. Pascal.
Le Roseau pensant.
L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer ; mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt; et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien.
Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever, non de l'espace et de la durée que nous ne saurions remplir ; travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.
L'homme est visiblement fait pour penser : c'est toute sa dignité et tout son mérite; et tout son devoir est de penser comme il faut. Pascal.
L'Idéal et la Nature.
Le génie, c'est surtout, c'est essentiellement la puissance de faire., d'inventer, de créer. Le goût se contente d'observer et d'admirer. Le faux génie, l'imagination ardente et impuissante, se consume en rêves stériles et ne produit rien ou rien de grand. Le génie seul a la vertu de convertir ses conceptions en créations. Si le génie crée, il n'imite pas.
Mais le génie, va-t-on dire, est donc supérieur à la nature, puisqu'il ne l'imite point. La nature est l'œuvre de Lieu; l'homme est donc le rival de Dieu?
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La réponse est très-simple. Non, le génie n'est point le rival de Pieu; mais, lui aussi il en rsi l'interprète. La nature l'exprime à su manière, le pénie humain l'exprime à la sienne. Ait tons-nous un moment à cette question tant de fois agitée, si l'art n'est autre chose que l'imitation de la nature.
Sans doute, en un sens, l'art est une imitation ; car la création absolument n'appartient qu'à Dieu. Où le génie peut-il prendre les éléments sur lesquels il travaille, sinon dans la nature dont il fait partie? Mais se borne-t-il à les reproduire tels que la nature les lui fournit, sans y rien ajouter qui lui appartienne? N'est-il que le copiste de la réalité? Son seul mérite alors est celui de la fidélité de la copie. Et quel travail plus stérile que de calquer des œuvres essentiellement inimitables par la vie dont elles sont douées, pour en tirer un simulacre médiocre? Si l'art est un écolier servile, il est condamné à n'être jamais qu'un écolier impuissant.
Le véritable artiste sent et admire profondément la naturemais tout dans la nature n'est pas également admirable Ainsi que nous venons de le dire, elle a quelque chose pai quoi elle surpasse infiniment l'art, c'est la vie. Hors de là, l'art peut à son tour surpasser la nature, à la condition de ne pas vouloir l'imiter trop scrupuleusement. Tout objel naturel, si beau qu'il soit, est défectueux par quelque côté. Tout ce qui est réel est imparfait. Ici, l'horrible et le hideux s'unissent au sublime; là, l'élégance et la grâce sont séparées de la grandeur et de la force. Les traits de la beauté sont épars et divisés. Les réunir arbitrairement, emprunter à tel visage une bouche, à tel autre des yeux, sans une règle qui préside à ce choix et dirige ces emprunts, c'est composer des monstres ; admettre une règle, c'est admettre déjà un idéal différent de tous les individus. C'est cet idéal que le véritable artiste se forme en étudiant la nature : sans elle, il ne l'eût jamais conçu; mais avec cet idéal, il la juge ellemême, il la rectifie, et il ose entreprendre de se mesurer avec elle.
L'idéal est l'objet de la contemplation passionnée de l'artiste. Assidûment et silencieusement médité, sans cesse épuré par la réflexion et vivifié par le sentiment, il échauffe le génie et lui inspire l'irrésistible besoin de le voir réalisé et vivant. Pour cela, le génie prend dans la nature tous les matériaux qui le peuvent servir, et leur appliquant sa main puissante, comme Michel-Ange imprimait son ciseau sur le
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marbre docile, il en tire des œuvres qui n'ont pas de modèle dans la nature, qui n'imitent pas autre chose que l'idéal rêvé ou conçu, qui sont en quelque sorte une seconde création inférieure à la première par l'individualité et la vie, mais qui lui est bien supérieure, ne craignons pas de le dire, par la beauté intellectuelle et morale dont elle est empreinte.
La beauté morale est le fond de toute vraie beauté. Ce fond est un peu couvert et voilé dans la nature; l'art le dégage, et lui donne des formes plus transparentes. C'est par cet endroit que l'art, quand il connaît bien sa puissance et ses ressources, institue avec la nature une lutte où il peut avoir 1" avantage. Établissons bien la fin de l'art : elle est là précisément où est sa puissance. La fin de l'art est l'expression de la beauté morale à l'aide de la beauté physique ; celle-ci n'est pour lui qu'un symbole de celle-là. Dans la nature ce symbole est souvent obscur : l'art en l'éclaircissant atteint des effets que la nature ne produit pas toujours. La nature peut plaire davantage, car encore une fois elle possède en un degré incomparable ce qui fait le plus grand charme de l'imagination et des yeux, la vie; l'art touche plus, parce qu'en exprimant surtout la beauté morale il s'adresse plus directement à la source des émotions profondes. L'art peut être plus pathétique que la nature, et le oathétique est le signe et la mesure de la grande beauté.
Deux extrémités également dangereuses : un idéal mort ou l'absence d idéal; ou bien on copie le modèle et on manque de vraie beauté, ou bien on travaille de tête et on tombe dans une idéalité sans caractère. Le génie est une perception prompte et sûre de la juste proportion dans laquelle l'idéal et le naturel, la forme et la pensée se doivent unir. Cette union est la perfection de l'art; les chefs-d'œuvre sont à ce prix. V. CousiN. '
La Conscience.
Non, le Dieu qui m'a fait ne m'a point fait en vain; Sur le front des mortels il mit son sceau divin; Je ne puis ignorer ce qu'ordonna mon maître; n m'a donné sa loi, puisqu'il m'a donné l'être. La morale, uniforme en tout temps, en tout lieu, A des siècles sans fin parle au nom de ce Dieu.