HYMNE DE BACCHUS
Tu montas sur un char que deux lynces farouches Trainoient d'un col félon, maschantes en leurs bouches Un frein d'or escumeux; leur regard estoit feu, Pareil aux yëux de ceux qui de nuict ont trop heu; Un manteau tyrien s'écoûloit sur tes hanches, Un chapelet de lis meslez de roses franches Et de fueilles de vigne et de lierre espars, Voltigeant, ombrageoit ton chef de toutes pars. Devant ton <:har pompeux marchoient l'Ire et la Crainte, Les peu sobres Propos et la Colère teinte D'un vermillon flambant, le Vice et la Vertu, Le Somme et le Dlscord d'un corselet vestu.
Son asne talonnoit le bon vieillard Silène* Portant le van mystiq sur une lance pleine De pampre, et publioit d'une tremblante voix De son jeune enfançon les festes et les loix.
A son cri sauteloient le troupeau des Menades*^ Des Pans et des Sylvains, des Lenes, des Thyades, Et menans un grand bruit de cors et de tabours, Faisoient trembler d'effroy les villes et les bourgs Par où le char passoit. Leurs tresses secouées A l'abandon du vent erroient entre-nouées De longs serpens privez et leur main brandissoit Un dard qu'un sep de vigne à l'entour tapissoit.
Que tu prenois, Bacchus, en ton cœur de liesse De voir sauter de nuit une hurlante presse,
Qui couverte de peaux sous les antres balloient, Quand les trois ans passez tes festes appelloient T Et quel plaisir de voir les vierges Lydiennes, Ou celles de Phrygie ou les Méoniennes Par les prez Âsians^caroUant à Tentour Du bord méandrien contre-imiter son tour?
Elles en ton honneur d'une boucle azurée Graffoient sur les genoux leur cotte figurée. Et trépignant en rond, ainsi que petits fans, En ballant sauteloient....