‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 104 sur 231 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

Ainsi qu'un prisonnier, qui jour et nuict endure Les manicles aux mains, aux pieds la chaisne dure, Se doit bien réjouir à l'heure qu'il se voit Délivré de prison; ainsi l'homme se doit Réjouir grandement, quand la Mort luy deslie Le lien qui serroit sa misérable vie....

Puis que l'on est contraint sur la mer voyager, Est-ce pas le meilleur, après maint grand danger, Retourner en sa terre, et revoir son rivage ? Puis qu'on est résolu d'accomplir un voyage.

Est-ce pas le meilleur de bien tost mettre à fin, Pour regaigner l'hostel, la longueur du chemin ? De ce chemin mondain qui est dur et pénible, Espineux, raboteux, et fascheux au possible, Maintenant large et long, et maintenant estroit. Où celuy de la Mort est un chemin tout droit. Si certain à tenir que ceux qui ne voyent goutte Sans fourvoyer d'un pas n'en faillent point la route ?...

Je te salue, heureuse et profitable Mort, Des extrêmes douleurs médecin et confort 1 Quand mon heure viendra, déesse, je te prie.

Ne me laisse long temps languir en maladie, Tourmenté dans un lict; mais, puis quHl faut mourir, Donne-moy que soudain je te puisse encourir, Ou pour l'honneur de Dieu ou pour servir mon prince, Navré, poitrine ouverte, au boni de ma province*^ !

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