‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 113 sur 231 · DU PRINTEMPS · texte numérisé non relu

DU PRINTEMPS

V La froidure paresseuse

N De l'yver a fait son temps;

Voicy la saison joyeuse Du délicieux printems.

La terre est d'herbes ornée, L'herbe de fleuretes l'est; La feuillure retournée, Fait ombre dans la forest.

De grand matin la pucelle Va devancer la chaleur.

Pour de la rose nouvelle Cueillir l'odorante fleur.

Pour avoir meilleure grace^ Soit qu'elle en pare son sein^ 8oit que présent elle en fasse A son amy, de sa main ;

Qui de sa main l'ayant ud Pour souvenance d'amour^ Ne la perdra point de vue, I^ baisant cent fois le jouf*

Mais oyez dans le bocage Le flageolet du berger, Qui agace le ramage Du rossignol bocager.

C4 . rOÉS'E.

Voyez l'onde clerc et pure Se cresper dans les ruisseaux; Dedans, yoyez la verdure De ces voisins arbrisseaux.

La mer est calme et bonasse; Le ciel est serein et cler, La nef jusqu'aux Indes passe; Un bon vent la fait voler.

Les ménagères avetes Font çà et là un doux fruit.

Voletant par les fleuretes Pour cueillir ce qui leur duit

En leur ruche elles amassent Des meilleures fleurs la fleur.

C'est afin qu'elles en fassent Du miel la douce liqueur.

Tout resonne des voix nettes De toutes races d'oyseaux, Par les chams des alouetes.

Des cygnes dessus les eaux.

Aux maisons, les arondelles, Les rossignols, dans les boys, En gayes chansons nouvelles Exercent leurs belles voix.

Doncques la douleur et l'aisa De l'amour je chanteray, Comme sa flame ou mauvaise.

Ou bonne, je sentiray.

Et si le chanter m'agrée, N'est-ce pas avec raison.

Puis qu'ainsi tout se recrée Avec la gaye saison?

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