‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 118 sur 231 · CANTIQUE · texte numérisé non relu

CANTIQUE

Quoy que soit cest uiiiyer<7 Tant spatieux et divers^ n n'y a rien qui soit fenne, Rien n'y a qui n'ait son terme.

Le grand soleil reluisant Va son flambeau conduisant Autant comme le jour dure :

Puis revient la nuict obscure, Couvrant de ses noires aisles £t laides choses et belles.

Les grans astres flamboyans Çà et là vont tournoyans, Peignans leurs divers visages Et de beau temps et d'orages. *

Si deux jours on met ensemble L'un à l'autre ne ressemble :

L'un passe légèrement, L'autre dure longuement :

L'un est sur nous envyeux*^ De la lumière des cieulx ; L'un avec sa couleur bleue Nous veult esblouyr la veue; L'un veult le monde brûler, L'autre essaye à le geler.

Ore la terre fleurie Estend sa tapisserie:

Ores d'un vent la froydure Change en blancheur sa yerdura*

Par quoy celuy qui se fonde En rien que soit en ce mondes Soit en haut ou soit en bas^ Je dy que sage n'est pas.

Qu'est-ce doncques de celuy*, Qui des hommes £Eutappuy?

ÊÏIENNE JODELLE

(Voyez Notice, page 259)

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