CANTIQUE
Quoy que soit cest uiiiyer<7 Tant spatieux et divers^ n n'y a rien qui soit fenne, Rien n'y a qui n'ait son terme.
Le grand soleil reluisant Va son flambeau conduisant Autant comme le jour dure :
Puis revient la nuict obscure, Couvrant de ses noires aisles £t laides choses et belles.
Les grans astres flamboyans Çà et là vont tournoyans, Peignans leurs divers visages Et de beau temps et d'orages. *
Si deux jours on met ensemble L'un à l'autre ne ressemble :
L'un passe légèrement, L'autre dure longuement :
L'un est sur nous envyeux*^ De la lumière des cieulx ; L'un avec sa couleur bleue Nous veult esblouyr la veue; L'un veult le monde brûler, L'autre essaye à le geler.
Ore la terre fleurie Estend sa tapisserie:
Ores d'un vent la froydure Change en blancheur sa yerdura*
Par quoy celuy qui se fonde En rien que soit en ce mondes Soit en haut ou soit en bas^ Je dy que sage n'est pas.
Qu'est-ce doncques de celuy*, Qui des hommes £Eutappuy?
ÊÏIENNE JODELLE
(Voyez Notice, page 259)