‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 119 sur 231 · AUX CENDRES DE CLAUDE COLET · texte numérisé non relu

AUX CENDRES DE CLAUDE COLET

' Il me faut contenter, pour mon devoir te rendre, De tesmoigner tout bas à ta muette cendre,

Bien que ce soit en vain, Que ceste horrible Sœur qui a tranché ta vie Ne trancha point alors l'amitié qui me lie^ Où rien ne peut sa main.

Que les fardez amis, dontPamitié chancelle Sous le vouloir du sort, évitent un Jodelle

Obstiné pour vanger Toute amitié rompue, amoindrie, et volage.

Autant qu'il est amy des bons amis que l'âge

Ne peut jamais changer.

Sois moy donc un.tesmoin, ô toy tumbe poudreuso» Sois moy donc un tesmoin, ô toy fosse cendreuse,

Qui t'anoblis des os Desja pourris en toy, sois tesmoin que j'arrache*, Maugré^l'injuste mort, ce beau nom, qui se cache

Dedans ta poudre enclos

Vous qui m'accompagnez, ô trois fois trois Pucelles, Qu'on donne à ce beau nom des ailes immortelles,

Pour voler de ce lieu Jusqu'à l'autel que tient vostre mère Mémoire, Qui, regaignant sans fin sur la mort la victoire,

D'un homme fait un dieu.

Pour accomplir mon vœu , je vois trois fois espandre Trois gouttes de ce laict dessus la seiche cendre.

Et tout autant de vin, Tien, reçoy le cyprès, Tamaranthe et la rose, cendre bien heureuse, et mollement repose

Icy jusqu'à la fin.

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