UN PÉDANT
Ainsi ce personnage en magnifique arroy,
Marchant pedetentim s'en vint jusques à moy,
Qui sentis à son nez, à ses lèvres décloses.
Qu'il fleuroit bien plus fort, mais non pas mieux que roses.
Il me parle latin, il allègue, il discourt,
Il reforme à son pied^les humeurs de la Court :
Qu'il a*pour enseigner une belle manière,
Qu'en son globe^l a veu la matière première ;
Qu'Épicure estyvrongne, Hypocrateun bourreau,
Que Bartorile et Jason ignorent le barreau;
Que Virgile est passable, encor' qu'en quelques pages
Il meritast au Louvre estre chiflé*des pages ;
Que Pline est inégal, Terence un peu joly ;
Mais surtout il estime un langage poly.
Ainsi sur chasque autheur il trouve de quoy mordre :
L'un n'a point de raison, et l'autre n'a point d'ordre ;
L'autre avorte avant temps des œuvres qu'il conçoit.
Or il vous prend Macrobe*et lui donne le foit.
Cicerôn, il s'en taist, d'autant que l'on le crie
Le pain quotidien de la pédanterie.
Quant à son jugement*, il est plus que parfait,
Et l'immortalité n'ayme que ce qu'il fait.
Par hazard, disputant, si quelqu'un luy réplique
Et qu'il soit à quia*: « Vous estes hérétique,
Ou pour le moins fauteur*,ou vous ne sçavez point
Ce qu'en mon manuscrit j'ay noté sur ce point. *