‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 142 sur 231 · UN PÉDANT · texte numérisé non relu

UN PÉDANT

Ainsi ce personnage en magnifique arroy,

Marchant pedetentim s'en vint jusques à moy,

Qui sentis à son nez, à ses lèvres décloses.

Qu'il fleuroit bien plus fort, mais non pas mieux que roses.

Il me parle latin, il allègue, il discourt,

Il reforme à son pied^les humeurs de la Court :

Qu'il a*pour enseigner une belle manière,

Qu'en son globe^l a veu la matière première ;

Qu'Épicure estyvrongne, Hypocrateun bourreau,

Que Bartorile et Jason ignorent le barreau;

Que Virgile est passable, encor' qu'en quelques pages

Il meritast au Louvre estre chiflé*des pages ;

Que Pline est inégal, Terence un peu joly ;

Mais surtout il estime un langage poly.

Ainsi sur chasque autheur il trouve de quoy mordre :

L'un n'a point de raison, et l'autre n'a point d'ordre ;

L'autre avorte avant temps des œuvres qu'il conçoit.

Or il vous prend Macrobe*et lui donne le foit.

Cicerôn, il s'en taist, d'autant que l'on le crie

Le pain quotidien de la pédanterie.

Quant à son jugement*, il est plus que parfait,

Et l'immortalité n'ayme que ce qu'il fait.

Par hazard, disputant, si quelqu'un luy réplique

Et qu'il soit à quia*: « Vous estes hérétique,

Ou pour le moins fauteur*,ou vous ne sçavez point

Ce qu'en mon manuscrit j'ay noté sur ce point. *

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