‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 148 sur 231 · DE LA COGNOISSANCE DE DIEU · texte numérisé non relu

DE LA COGNOISSANCE DE DIEU

Or donc si nous sommes tous naiz a ceste condition de cognoistre Dieu : et la cognoissance d'iceluy est vaine et infructueuse sinon* qu'elle vienne jûsques à ce poinct là : il est manifeste que tous ceux qui n'adressent point à ce but toutes les cogitations et actions de leur vie déclinent et deffaillent de Tordre de leur création. Ce qui n'a mesme esté incogneu des philosophes : car autre chose n'a entendu dire Platon quand par plusieurs fois il a enseigné le souverain bien de l'ame estre la similitude de Dieu : quand estant parvenue à la yraye contemplation d'iceluy, est en luy du tout transformée. Parquoy Grylus aussi argue très sagement en Plutarque, quand il tient que si la religion estoit ostée de la vie des hommes, non seulement ils n'auroyent nulle excellence par dessus les bestes brutes ; mais en plusieurs manières seroyent beaucoup plus misérables. Pource qu'estant subjetz à tant d'espèces de maux mènent une vie labourieuse, et sans repoz. Il conclud donc qu'il n'y a que la seule cognoissance de Dieu qui les rende supérieurs : par laquelle ilz peuvent aspirer à l'immortalité.

Veu que Dieu a voulu que la fin principale de la vie bien-heureuse fust située en la cognoissance de son nom : afin qu'il ne semble point advis qu'il veuille forclorre à aucuns l'entrée à félicité, il se manifeste à tous clairement. Car comme ainsi soit que de nature il soit incompréhensible et caché à l'intelligence humaine : il a engravé en chacune de ses œuvres certains signes de sa majesté : par lesquelz il se donne à cognoistre à nous selon nostre petite capacité. Je dy signes si notoires et evidens, que toute escuse d'ignorance est ostée aux plus aveugles, et aux plus rudes du monde. Parquoy combien que son essence nous soit occulte : neantmoins ses vertuz, lesquelles apparois-

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sent assiduellement devant noz yeux, le demonstrent tel, qu'il nous est expédient de le cognoistre pour nostre salut. Premièrement de quelque costé qu'on tourne les yeux, il n'y a nulle si petite portion du monde, en laquelle ne reluyse pour le moins quelque estincelle de sa gloire. Singulièrement on ne peut d'un regard contempler ce. beau chef d'œuvre du monde universel en sa longueur et largeur qu'on ne soit, par manière de dit% tout esblouy d'abondance infinie de lumière.

Il y a infiniz argumens , tant au ciel qu'en la terre , qui testifient fa merveilleuse sapience : non pas tant seulement ceux qui sont difficiles à comprendre , et à l'intelligence desquelz on ne peut parvenir que par le moyen d'Astrologie, Médecine et Phisique : mais ceux qui sont evidens au regard des plus simples idiotz : tellement que les yeux ne se peuvent ouvrir, qu'ils ne soyent contraintz d'en estre tesmoingz. Bien est vray que ceux qui sont instruitz es disciplines libérales, ou qui en ont gousté quelque chose , ont ayde spécial pour entrer plus profondement à contempler les secretz de la sapience divine : toutesfois nul n'est empesché par l'ignorance d'iceiles, qu'il ne voye beaucoup d'artifice aux œuvres de Dieu , dont il soit esmeu en admiration de l'ouvrier. Gomme par manière d'exemple, il faut bien avoir art et industrie singulière a cercher les mouvemens des astres, ordonner les circules , mesurer la distance , noter la propriété d'un chacun (par laquelle considération, comme la providence de Dieu le monstre plus clairement : aussi il est convenable que le cœur soit eslevé plus hautement à recognoistre sa gloire) neantmoins veu que ceux qui n'ont d'autre ayde que des yeux, ne peuvent ignorer l'excellence de l'artifice divin, laquelle se donne facilement en la variété des estoiles tant infinie et bien ordonnée : il est certain qu'il n'y a nul auquel Dieu ne declaire assez suffisamment sa sapience. Pareillement d'appercevoir en la composition du corps humain une telle conjonction, proportion, beauté et usage que Galien y demonstre, n'est pas de petite subtilité. Toutesfois si ne laisse pas le corps humain d'avoir à la veuë de tout le monde une composition tant ingénieuse, que pour icelle l'ouvrier mérite d'estre Jugé admirable. Davantage la puissance de Dieu par combien d'exemples nous attire elle à la considération de soy7 car autrement ne se peut-il faire : si ce n'est que nous ignorions quelle vertu c'est de soustenir ceste grandeur infinie du ciel et de la terre par sa seule paroUe : de faire à son commandement maintenant trembler le ciel de tonnoirres, brusler ce que bon luy semble de foudre, enflamber l'air d'esclairs, estonner le monde par diverses espèces de tempestes : incontinent que bon luy semble, luy rendre sa sérénité toute paisible, soustenir tellement la mer pendue en l'air, qu'elle ne puisse faire nuisance à la terre, combien que par sa hautesse elle la menace de la destruire, et maintenant l'esmouvoir horriblement par grande impétuosité des ventz, incontinent appaiser ses vagues, et la rendre quoye. Mesme icelle

puissance nous doit conduire à reputer son etemité^veu qu'il faut que celuy, dont toutes choses prennent leur origine , soit éternel et ait son commencement de soy mesmes. Outre-plus si on cerche la cause, par laquelle il a esté induit tant à créer une fois toutes choses, qu'à les conserver après leur création : on trouvera qu'il n'a autre cause que sa bonté, laquelle quand elle seroit seule, nous devroit amplement suffire à nous atraire à son amour , veu 'qu'il n'y a nulle créature, comme le prophète enseigne, sur laquelle nfi v>it espandue sa miséricorde.

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