‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 177 sur 231 · AVECQUES CELLE DU IOURD*HUY · texte numérisé non relu

AVECQUES CELLE DU IOURD*HUY

J*ay dit au premier chapitre de ce livre , que tout ainsi que selon la diversité des temps on change d*hahits, voire de Magistrats en une Republique, aussi se changent les langues par une taisible alluvioo. Pierre Crinit en ses livres de THonneste discipline, dit que Ton avoit peu autres fois observer dans Rome quatre ou cinq diversités de langues. La vieille' de Saliens , qui pour sa longue ancienneté n*estoit presque entendue, laquelle puis après s'eschangea au^Latin des douze Tables , qui receut quelque polisseure, sous ie poète Ennius et Caton le Censeur, jusques à ce que petit à petit elle attaignit à sa perfection du temps de Ciceron, César et Saluste, et depuis alla tousjourz en telle decadance, qu'en fin elle fut ensevelie dedans PItalienne.

Je ne fais point de doute que le semblable ne soit advenu à nostre langue Françoise, laquelle, selon la diversité des siècles, a pris diverses habitudes, mais de les vous pouvoir représenter , il est mal aisé. Parce qu'anciennement nous n*eusmes point une langue particulièrement courtizane , à laquelle les bons esprits voulussent attacher leurs plumes. Et voicy pourquoy. Encores que nos Roys tinssent la supériorité sur tous autres Princes , si est-ce que nostre Royaume estoit eschantillonné en pièces, et y avoit presque autant de Couhs que de Province. La Cour du Comte de Provence, celle du Comte de Tbolose , celle du Comte de Flandres , du Comte de Champagne , et autres Princes, et Seigneurs qui tous tenoient leurs rangs et grandeurs à part, ores .que* la plus part d'eux recogneussent nos Roys pour leurs Souverains. De là vint que ceux qui avoient quelque asseurance de leurs esprits, escrivgient au vulgaire de la Cour de leurs

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