‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 191 sur 231 · DESSEIN DU BASTIMENT CHAMPESTRE · texte numérisé non relu

DESSEIN DU BASTIMENT CHAMPESTRE

Deux choses sont requises aux bastiments assavoir, bonté et beauté, afin d'en retirer service agréable. Parquoi joignans ensemble ces deux qualités là, nous afferrons^notre logis des champs en lieu sain, et le composerons de bonne matière, avec convenable artifice ; dont sera évité le tardif repentir qui tousjours suit Tinconsideré advis de ceux qui bastissent.

Doncques avant qu'entrer en despense, présupposé vostre paîs estre sain, encores faudra-t-il en choisir la partie la plus salutaire, plus plaisante pour vostre habitation, et la plus mesnageable selon la portée de vostre bien, accommodans ces trois considérations le mieux que faire se pourra par Tadvis de plusieurs gens d'esprit entendus en telles matières, qu'aurez assemblez auparavant comme en consultation. Les anciens ont ordonné le bastiment champestre à demi montagne regardant le midi, estimant telle assiette la plus salubre, par estre couverte de la bise, à l'abri, reculée de la rivière (qui souvent est mal saine) avoir la veuë assez haute et longue, et n'estre trop humide, ni aussi trop dénuée d'eau. C'est bien à la vérité l'assiette préférable à tout autre : neantmoins, comme les choses de ce monde ne sont parfaittement accomplies, estant chacune commodité suivie de son contraire, en telle assiette se rencontre ce mal, que le logis est commandé par la partie de la montagne relevée; ainsi y default-il ce point, qu'il ne peut estre du tout fort, comme plusieurs désirent^ le temps'' nous ayant fait prendre garde à ce notable article.

Les montagnes sont trop seiches et venteuses, les plaines trop humides et fangeuses. Si es montagnes on a la veu6 longue, les yeux s'y promenans à l'aise, leur difficile accez doxme beaucoup de peine

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