GRAMMAIRE DE LA LANGUE DU XVP SIECLE. LXVII
jectifs terminés en ent, ant, qui font leurs adverbes en emment, amment : prudent, prudemment, — obligeant, obligeamment. Nous avons déjà di* que les adjectifs qui avaient, chez les Romains, une terminaison pour le masculin et une pour le féminin (èoni^s, 6ona), en avaient aussi en français une pour chaque genre (bon^ bonne) ; ceux qui avaient en latin une seule terminaison pour les deux genres, n'en avaient aussi qu'une en français : ainsi grandis, legalis, prudens, regalis, viridis, forlis^ abundanSy etc., donnèrent en français les adjectifs grand j loyal, prudent, royal, vert, fort, abondant, etc., qui étaient de genre invariable dans notre ancienne langue. Il en résulte dans le cas particulier qui nous occupe, que les adverbes formés avec les adjectifs de la première catégorie (tels que bon, bonne), eurent toujours Ve féminin au radical : bonne-ment, chère-ment, dévote-ment, et que les adverbes formés avec les adjectifs de la deuxième cetogirie (tels que grand, loyal, abondant, etc., n'eurent jamais d'e au radical : au onzième siècle, on disait conformément à Fétymologie loyal-ment, grand-ment, forl-ment, abondantment, etc. Le quatorzième siècle* ne comprenant plus l'origine de cette distinction, et ne voyant plus pourquoi dans certains adverbes l'adjectif était au féminin, tandis qu'il restait (apparemment) au masculin dans d'autres, écrivit loyalement, vilement, grandement, etc. Les adverbes tels que prudem/ment, obligeamment, (formés de prvdentment, obligeantment par une assimilation postérieure de ntm en mm), sont un reste de l'ancien usage, que le seizième siècle ignorait; tandis que les formes prudentement, éloquentement, etc., ont été refaites sur les nouveaux féminins prudente, éloquente.
Là attendans récitoient clairement et éloquentement quelques sentences retenues de la leçon,
Hab, 119
LXVin INTRODUCTION.
Ce faict, issoient hors, et jouoient à la balle, à la paulme, galantevfierU s'exerçans le corps.
Rab. 119.
Tu te plains d'autre part que ma vie est fautive, En délices, en jeux, en vices excessive?
Tu mens mescharUement; si tu m'avois suivy Deux mois, tu sçaurois bien en quel estât je vy.
S 132. Le seizième siècle employait plus fréquemment que la langue moderne les adjectifs comme adverbes : Cher pour chèrement :
Si nostre ame n'en va un meilleur bransle, j'aimerois ausH cher que mon escolier eust passé le temps à jouer à la paume.
Mont. 210.
Haut pour hautement :
Le lendemain au poinct du jour le roi Xerxes s'asseit en un lieu hauU élevé, dont il voyoit la flotte de ses vaisseaux.
Akyot, 160.
Premier pour premièrement :
Adieu; vieille forest, le jouet de Zephyre, Où premier j'accorday les langues de ma lyre, Où premier j'entendi les flèches resonner D'Apollon, qui me vint tout le cœur estonner.
RoNS. 40.
Et sçavez vous, Syre, comment je paye?
(Nul ne le sçait, si premier ne l'essaye.)
Marot, 15.
Depuis qu'ils sont condamnés des médecins, ils les enterrent ; ils enterrent, premier que mourir, ceulx qui sont cause de leur mort.
MORNAT, 232.
§ 133. A la différence de la langue moderne, le seizième siècle admettait la variabilité des adjectifs employés comme adverbes :
Pascheuse suffisance qu'une suffisance pure livresque !
Mont.
Aemylius dit au peuple romain : « Que des choses pures humaines, il n'en avoit jamais craint pas une.
Amr^T, 173.
GRAMMAIRE DE LA lANGDB DU XVI* SIÈCLE. LXIX
§ 134. La locution négative ne... pobs^ ne... point ^ laisse tomber tantôt le premier membre de la négation :
FUIS que Ton est contraint sur la mer voyager. Est-ce pas le meilleur, après maint grand danger, Retourner en sa terre^ et revoir son rivage ?
RoNs. 42.
Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avoit desclose Sa robe de pourpre au soleil A point perdu, cette vesprée.
Les plis de sa robe pourprée, £1 son teint au vostre pareil.
Quel prince sera touché, Le tirant parmy la France?
Serorce pas notre roy.
Tantôt le second :
RoNs. 24.
RoNS. 24.
Il n*a soucy d'une chose incertaine.
Il ne se paist d'une espérance vaine, Nulle faveur ne le va décevant.
Dbsp. 86.
Voulez-vous vous espouvanter pour moi? Ne votu bougez, ni n'abandonnez point le combat.
MONTL. 143.
Alors je les priay de ne me voir pius, afin de n'empirer ma fièvre.
MONTL. 146.
Courtiser un banquier, donner bonne espérance. Ne suivre en son parler la liberté de France, Et pour respondre un mot, un quart d'heure y songer.
Bellay, 50.
Les oiseaux peints vous disent en leurs chants : Retirez-vous, ne touchez à ces champs.
Pass. 81.
A Mars n'est point ceste terre sacrée, Ains à Phœbus, qui souvent se recrée.
N'y gastez rien : et ne vous y jouez*
Pass. 81.
Un chemin si nouveau n'ee(onna sa jeunesse, Le pouvoir lui faillit, mais non la hardiesse.
Dssp. 85.
LXÎ INTRODUCTION.
Dans la locution ne.... rien..,, sinon^ le seizième siècle supprimait ordinairement Tadverbe rien :
Qu'ils raclent mon nom de leurs papiers en ceste matière, d'autant que jç ne preten sinon que Dieu soit escouté et obéi, et non Ras de eouverner les consciences à mon appétit.
^ CkLV. 116.
Je ne suis à tes yeux, sinon Q'un fétu sans force et sans nom.
RÉGN. 106.
^' - ' Je faux : la tombe de MaruUe ?
■ De luy sa tombe n'a sinon Les vaines lettres de son nom.
RoNS. 47.
< § 135. Pour la liste détaillée des particules et des différentes locutions adverbiales, prépositives, conjonctives, etc., cf. Tordre alphabétique du Lexique.