LXXIV INTRODUCTION
lettrés, mais pour Tensemble de la nation : le f de faisan n'empêchera pas plus Thelléniste de reconnaître dans cette forme le grec ©aaiavoç que le ph de philosophie n'aidera les illettrés à retrouver l'origine du mot.
§ 1 37 . De ces deux systèmes orthographiques, le moyen âge, à l'origine, adopta le premier, — la langue de la Renaissance adopta le second, — et notre orthographe actuelle est le résultat d'un compromis très-arbitraire entre les deux. Le moyen âge chercha d'abord à modeler l'orthographe sur la prononciation : au douzième siècle on écrivait comme aujourd'hui nefoeu (de nepot&m) y recevoir [recipere)y ensevelir [insepelire] ; le seizième siècle, pour rapprocher ces mots de leurs originaux latins, écrivit n&pveUy recepvoir^ ensepvelir^ sans se douter que le p latin existait déjà dans tous ces mots sous la forme du V ; de même les formes du douzième siècle devoir (debere)y fièvre (febrim)^ février (februa/rium) sont devenues au seizième siècle debvoir^ fiebvre^febvrier. Le moyen âge, changeant le et latin en ity écrivait lait (lactem]y fait (faclum)^ trait (tractim)^ nuit [noctem] ; le seizième * siècle refait ces mots en laict^ traicty faict^ nuict. Cette recherche d'orthographe érudite, qui avait commencé dès le quatorzième siècle avec les clercs et les premiers traducteurs des livres de l'antiquité, s'accrut d'une manière démesurée sous la Renaissance, par l'influence que prennent alors les imprimeurs érudits : Robert et Henri Estienne surchargent les éditions sorties de leurs presses d'une foule de lettres parasites empruntées à l'orthographe des langues anciennes. Cette invasion de lettres muettes jette un tel trouble dans l'orthographe, qu'une réaction en sens inverse ne tarde point à se produire. Meigret, et l'illustre Ramus, qu'approuvent Ronsard, Du Bellay et toute l'école nouvelle, tentent contre les Estienne et l'école des étymologistes de ramener l'orthographe au pur système phonétique. Cette