LXXVI INTRODUCTION
« esloignée de la manière dont ils sont escrits et Vs en «( fournit plusieurs exemples ; c'est une des lettres qui « varient le plus dans la prononciation lors qu'elle prête cède une autre consone, parceque tantost elle se proie nonce fortement, comme dans les mots peste, veste ^ « fimeste^ tantost elle ne sert qu'à allonger la prononce ciation de la syllabe, comme dans teste, tempeste; quela quefois elle ne produit aucun effet dans la prononce ciation, comme en ces mots, espée, estemuer; c'est « pourquoy on a eu soin d'avertir le lecteur quand elle (c doit estre prononcée. »
Ce fut seulement en 1740, dans sa troisième édition, que l'Académie remplaça par l'accent Vs étymologique ; elle écrivit alors tête^ épée, apôtre; elle supprima de même le d muet de advocat, adventwrey etc., qu'elle avait jusque-là conservé. Mais elle n'osa point aller jusqu'au changement de oi en ai que Voltaire proposait, et jusqu'en 1835, elle écrit connaissois, il étoit, il mar choit; ce fut seulement dans sa sixième édition que l'Académie sanctionna la réforme voltairienne.
§ 138. Notre orthographe contient, malgré ces utiles réformes, plus d'un reste de la manie érudite du seizième j, siècle-: le moyen âge écrivait autre (alter), paume (palma], pous (pulsus); le seizième siècle aultre, pauJ/mey pouls; nous avons repris pawme et autre, mais nous avons gardé pouls; le moyen âge disait oser (awsare), oreille (awricula), povre (pawper) toreau (tawrellum*), — acheter (accap^are*), batiser (bapdzare), déroute (derup- ^), escri^ (scripts); le seizième siècle auser, ai/reille, pauvre, taureau, et de même achapter, baptiser, déroupte, escripi. L'orthographe moderne a repris oser, mais non povre; oreille, mais non toreau; acheter, mais non batiser. Les lettres doubles qui infestent notre vocabulaire sont encore l'héritage du seizième siècle; nous écrivons arbitrairement et sans aucune raison ni d'éty-
ORTHOGRAPHE, PRONONCIATION, ETC. LXXVn
mologie, ni de prononciation : abarïs et aba^oir, — charretier et chariot, coureur et courrier, — consonnance et dissonance, timonier et canonnier, cantonal et cantonnier, félonie et baronnie, patronal et patronner, tonnant et détonation, — a^andir et ag'g^raver, aplanir et applaudir, appauvrir et apercevoir, — démaiUoter et emmaillo^ter *.
Cette orthographe dite étymologique, qui ne représente pas la prononciation, devient même tout à fait arbitraire quand elle repose, comme cela est arrivé plus d'une fois au seizième siècle, sur une étymologie erronée. De même que peser vient de pensare, le latin pensum (au sens de poids) donna le vieux français poiSy comme mensis a donné mois y tensa toise. Le seizième siècle, qui tirait pois de pondus^ voulut conformer l'orthographe du mot à cette fausse étymologie et écrivit poiàSy dont nous avons hérité et qui sous cette forme a perdu, en apparence, touta parenté avec peser,
11 est à souhaiter que, dans la septième édition qu'elle prépare du Dictionnaire de l'usage, l'Académie, qui a déjà fait en 1835 tant d'utiles réformes dans notre orthographe, persiste dans cette voie en supprimant la plupart des doubles lettres et en bannissant bon nombre de ces prétendus signes étymologiques.
M. Didot a soumis à l'Académie un plan de réforme orthographique dont on ne peut qu'approuver, avec Sainte-Beuve, la modération. Dans ce système, fondé sur des corrections de détail, l'éminent imprimeur, sans tomber dans le ridicule du système phonétique absolu, et sans proposer une écriture strictement figurative de
1. Le moyen âge écrivait nocton, poreion (dans Oresme). Au lieu de garder cette orthographe qui nous permettait de conserver au I un son unique^ les latinistes rétablirent dans tous ces mots le ti latin : de là les inconséquences de prononciation telles que les éditions et nous éditions j les portioiu et nous apportions, et les inspection» et nous inspections, etc.