‹ Morceaux choisis des grands écrivains français du XIVe siècleChapitre 63 sur 231 · LXXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXII INTRODUCTION

On voit les bourgs, les yille^ et wllaiges Ediffier, et restaurer maisnages,

Gring. 3.

Et amenez bledz et vins par ouUraiges; Sont foudroyez 1 es bourgz et les villaiges.

Gring. 4.

De là aussi les formes telles que : accompaigné (Aub., 236), aigneau (Bartas, 82), compaignie (Mont., 215), compaignon (Mont., 216), coiM^aig'e (Rab., 123), declaire (Galv., llk), encouraiger(l^ab. y 15LI) y equippaige (Rab., 129), gaignant (Régn., 97), gaigné (Mont., 212), gaignée (Rons., 39)ygaigner (Mont., 221), hespaigne (Rab., 129), imai^e (Rab., 121), montaignes (Mont., 207), naùfraige (Rab., 127)^ potaige (Rab., 128), regaigner(Kons.y 42), saige (Rab., 123).

§ 150. Ai répond à notre e ouvert et plus rarement à notre e fermé dans aiglantin (Belleau, 59) , aisseuïh (Pass., 81), alaigresse (Mont., 203), oonfrairie (Mont., 217), flaitries (Rons., 23), naiz (Galv., 113).

AU

§ 151. Le son au (que les Romains prononçaient aou) se réduisit de bonne beure à o dans le latin populaire : Festus nous apprend que les paysans romains prononçaient oricula, orata pour auricula, aurata ; et le français transformant au en o, à l'origine, dit cbose de causa, or de aurum, clos de clawsus, etc., et demêmepovrede ipaurper, toreau de taurellum, etc. ; plus tard les latinistes rétablirent au dans tous ces mots et écrivirent : aureille (Rons., 24), ausent (Aub., 237), auserontr-ils (Aub., 237), à côté desquels on trouve encore : povrement (Vauq.,78), povres (Grring., 3). Cette lutt centre les deux formes au et o amena une orthographe mixte ao qui prétendait donner satisfaction à la fois à Torthographe et à la prononciation :

ORTHOGRAPHE, PRONONCIATION, ETC. LXXXÎIl,

appaovrir (Calv., 117), paovres (Rab., 124), paovreté (Rab., 126) ; dans tous ces mots a est nécessairement muet.

El

§ 152. Ei correspond à Vai moderne dans pleigne (Roét., 191), pleignent (Régn., 104), preigne (Galv., 117); à notre e ouyert dans ameine (Rab., 125), meine (Boét., 192), reigle (Bèze, 136), reiglée (Mont., 223) , seiche (Jod., 70), seicher (Rons., 27).

EU

S 153. Le groupe ew, soit qu'il provînt de radoucissement de comme dans meure de mora, feur de forum, meu de motus (aujourd'hui mwre, fur, mtî), — soit qu'il résultât du groupement de deux voyelles mises en présence par la chute d'une consonne (se[c]urus donne seur, puis seur et sûr), était déjà prononcé u au seizième siècle, mais l'orthographe hésitait entre l'ancienne forme et la nouvelle; on trouve dans Ronsard cogneu à côté de cognu (voy. p. 30 du Recueil, où cogneu rime avec venu) ; incognu est dans Du Bellay (p. 56) à côté àJincogneUy et cette inconséquence persiste dans l'orthographe moderne: nous écrivons par u tous les participes que le seizième siècle écrivait encore en eu (pourvew, receu, voulcu, tenew) ; mais le participe du verbe être, que nous prononçons u, a gardé la vieille orthographe, et nous écrivons de même gageure tout en prononçant gajure. On trouve u pour le participe eu dans Baîf :

Qui de sa main i*ayant ul Pour souvenance d'amour, Ne la perdra point de vue ...

Baïf, 63.

Notre recueil contient d'autres exemples qui peuvent

LXXXnr INTRODUCTION.

nous servir à fixer , par les rimes, la prononciation de la diphthongue eu:

Dire et nombrer les peines et ennuitz Qu'incessamment folz gens d'armes endurent En camps et ost^ où jamais ne s*a$seurent,

Gring. 4.

Car aussi tost que tu as beu Dessus les arbrisseaux un peu»

L'un avec sa couleur blette Nous veult esbiouyr la veue.

BelleaUj 60.

BÉZE, 67.

Ainsi ce grand Ouvrier, dont la gloire fameuse J'eâbauche du pinceau de ma grossière muse.

Bartas, 83.

Maschantes en leurs bouches

Un frein d'or escumeux; leur regard estoit feu. Pareil aux yeux de ceux qui de nuict ont trop beu.

Roms. 41.

May vantera ses fraischeurs, Ses fruicts meurs.

Belleau, 60.

Et en danger, si en y ver je meurs.

De ne veoir pas les premiers raisins meurs.

Marot, 14.

— A quelle fin es-tu de ces ailes pourveue f

— J'apprends l'homme à voiler au-dessus de la nue.

Vauq. 78.

Courtisans, qui jettez vos desdaigneusès veûes Sur ce chien délaissé, mort de faim par les rues^ Attendez ce loyer de la fidélité.

AUB. 90.

§ 154. On retrouve cette diphthongue dans les exemples suivants : accreuë (Mén., 240), alleures (Mont., 211), asseurance (Aub., 91), ossewre (Cayet, 179), asseûré (Montl., 148), asseureement (Amyot, 160), asseurent (Gring., 4), asseuroient (Gayet, 178), asseurons (Mont., 222), beu (Rons., 41), beus (Montl., 152), cheut

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