PRÉDICTION DE CASSANDRE
« Avant le temps tes tempes fleurironti De peu de jours ta fin sera bornée Avant ton soir se clorra ta journée.
Trahis d'espoir tes pensers périront.
« Sans me fléchir tes escrits flétriront, En ton desastre ira ma destinée, Ta mort sera pour m'amour terminée^ De tes souspirs tes neveux se riront;
• Tu seras fait du vulgaire la fable, Tu bastiras sur l'incerUm du sable, Et yainement tu peindras dans les cieux. >
Ainsi disoit la nymphe qui m'affolle, Lors que le ciel, témoin de sa parolle, D'uù dextre éclair fut présage à mes yeuz.
Comme un chevreuil%quand le printemps détruit Du froid hyver la poignante gelée, Pour mieux brouter la fueille emmiellée, Hors de son bois avec Taube s'enfuit ;
Et seul, et seur, loin des chiens et du bruit, Or* sur un mont, or' dans une valée.
Or' près d'une onde à l'escart recelée.
Libre, folâtre où son pied le conduit;
De rets ne d'arc sa liberté n'a crainte.
Sinon alors que sa vie est atteinte
D'un trait meurtrier empourpré de son sang ;
Ainsi j'allois, sans espoir de dommage, Le jour qu'un œil, sur l'avril de mon âge, Tira d'un coup mille traits dans mon flanc.
Ciel, air et vents, plaine et monts descouvers. Tertres fourchus etforests verdoyantes, Rivages tors*,et sources ondoyantes.
Taillis rasez, et vous, bocages vers ;
Antres moussus à demy-front ouvers, Prez, boutons, fleurs et herbes rousoyantes.
Coteaux vineux et plages blondoyantes, Gastine, Loir, et vous, mes tristes vers,
Puis qu'au partir, rongé de soin et d'ire, A ce bel œil l'adieu je n'ay sceu dire.
Qui près et loin me détient en esmoy,
Je V )us supply, ciel, air,, vents, monts et plaines, Tail is, forests, rivages et fontaines, Antres j prez, fleurs, dites-le luy pour moy.
PIERRE DE RONSAltD. 21
Que n'ay-je, Dame, en escrivant, la grâce
Divine autant que j*ay la volonté ?
Par mes escrits tu serois surmonté,
Vieil enchanteur des vieux rochers de Thrace.
Plus haut encor que Pindare et qu*Horace,
J'appenderois à ta divinité
Un livre enflé de telle gravité
Que du Bellay luy quitteroit la place.
Si vive encor, Laure par Tunivers
Ne fuit volant dessus les thusquea* vers.
Que notre siècle heureusement estime,
Comme ton nom, honneur des vers françois^ Victorieux des peuples et des rois, S'en-voleroit sur Taile de ma ryme.
Si j'estois Jupiter, Sinope, vous seriez Mon espouse Junon ; si j'estois roy des ondes. Vous seriez ma Tethys, royne des eaux profondes. Et pour vostre maison TOcéan vous auriez.
Si la terre estoit mienne, avec moy vous tiendriez* L'empire de la terre aux mammelles fécondes.
Et, dessus une coche, en belles tresses blondes. Par le peuple, en honneur déesse vous iriez.
Mais je ne suis pas dieu et si ne le puis estre* :
Le ciel pour vous servir seulement m'a fait naistre.
De vous seule je pren mon sort aventureux.
Vous estes tout mon bien, mon mal et ma fortune ; S'il vous plaist de m'aimer je deviendray Neptune, Tout Jupiter, tout roy, tout riche et tout heureux.