‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 129 sur 212 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

Quand sur moi je jette les yeux, A trente ans me voyant tout vieux, Mon coeur de frayeur diminue :

Etant vieilli dans un moment, Je ne puis dire settlement Que ma jeunesse est devenue.

Du berceau courant au cercueil, Le jour se dlrobe a mon oeil, Mes sens troublds s'evanouissent.

Les hommes sont comme des fleurs, Qui naissent et vivent en pleurs, Et d'heure en heurc se fanissent.

Leur age, a l'instant ecoul^, Comme un trait qui s'est envol6, Ne laisse apres soi nulle marque - Et leur nom, si fameux ici, Sitdt qu'ils sont morts, meurt aussi, Du pauvre autant que du monarque.

Nagueres, verd, sain et puissant, Comme un aub6pin florissant, Mon printemps 6toit delectable.

Les plaisirs logeoient en mon sein :

Et lors 6toit tout mon dessein De bonne vie et de la table.

106 POftSIB.

Mais, last mon sort est bten touraa, If oa age en un rien s'est bornl; Foible laoguit mon esperance....

La douleur aux traits veneneux, Comme d'un habit Ipineux, Me ceint d'une horrible torture.

Mes beaux jours sont changes en nuits:

Et mon cceur, tout fl6tri d'ennuis, N'attend plus que la sepulture.

Enivre" de cent mauz divers, Je chancelle, et vais de travers.

Tant mon ame en regorge pleine:

J'en ai l'esprit tout h6bete\ Et si peu qui m'en est reste", Encor me fait-il de la peine*-

La m^moire du temps passe, Que j'ai follement d6pens6, £pand du fiel en mes ulceres:

Si peu* que j'ai de jugement Semble animer mon sentiment Me rendant plus vif aux miseres.

Hal pitoyable souvenir 1 Enfin, que dois-je devenir?

Ofli se reduira ma Constance?

Etant ja defailli de coeur, Qui me don'ra de la vigueur Pour durer en la penitence ?

Qu'est-ce de moi ? foible est ma main i Mon courage, helas 1 est bumain ; Je ne suis de for ni de pierre.

En mes maux montre-toi plus doux, Seigneur ; aux traits de ton courroux, Je suis plus fragile que verre.

Je ne suis a tes yeux, sinon Qu'un fetu sans force et sans nom, Qu'un hibou qui n'ose paraltre, Qu'un fan to me ici-bas errant, Qu'une orde ecume de torrent, Qu| semble foudre wa&X q\i* w&Uc* ;

MATHORIN RfiGNIER. 107

Oil foi*,tu peux faire trembler L'univers, et disassembler Du firmament le ricbe oumge Tarir les flots audacieux, Ou, les elevant jusqu'aux eieux, Faire de la terre un naufrage.

Le soleil flecbit devant toi :

De toi les astres prennent loi; Tout fait joug dessous ta parole :

Et cependant tu ?as dardant Dessus moi ton courrouz ardent, Qui ne suis qu'un bourrier qui vole.

Mais quoi ! si Je suis imparfait, Pour me defaire m'as-tu fait T Ne sois auz pecheurs si severe.

Je suis bomme, et toi Dieu clement I Sois done plus dqux au cbatiment, Et punis les tiens comme pere.

J'ai l'oeil sceUe* d'un sceau de for;

Et deja les portes d'enfer

Semblent s'entr'ouvrir pour me prendre,*

Mais encore, par ta bont6,

Si tu m'as 6Ut la sante,

Seigneur 1 tu me la peux rendre.

Le tronc de branches devetu, Par une secrete vertu Se rendant fertile en sa perte, De rejetons espere un jour Ombrager les lieux d'alentour, Reprenant sa perruque verte.

• Ou rbomme*en la fosse coucbl, Apres que la mort Pa touche, Le coeur est mort comme l'ecorce :

Encor 1'eau reverdit le bois:

Mais l'homme 6tant mort une fois, f.cs pleurs, pour lui, n'oni plus de force.

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