‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 131 sur 212 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

Jadis un loup, dit-on, que la faim espoinconne, Sorlant hors de son fort, rencontre une lionne, Hugissante a Tabord, et qui monstroit aux dents L'insatiable faim qu'elle avoit au-dedans.

Furieuse, elle approche; et le loup qui l'advise D'un langage flatteur luy parle et la courtise: Car ce fut de tout temps que, ployant sous Teffort, Le petit cede au grand, et le foible au plus fort.

Luy, dis-je, qui craignoit que, faute d 'autre proye, La beste Tattaauast. ses ruses il employe.

110 POfiSIE.

Mais enfin le basard si bien le secourat

Qu'un mulet gros et gras a leurs yeux apparut

Ilscheminent dispos, croyant la table prfeste,

Et s'approchent tous deux assez pres de la beste.

Le loup, qui la cognoist, malin et deffiant,

Luy regardant aux pieds, luy parloit en riant :

« D'oii es-tu? qui es-tu? quelle est ta nourriture,

Ta race, ta maison, ton maistre, ta nature? *

Le mulet, estonne de ce nouveau discours,

De peur ing£nieux, aux ruses eut recours ;

Et, comme les Normands, sans luy respondre: « Voire!

Compere, ce dit-il, je n'ay point de memoirs;

Et comme sans esprit ma grand mere me vit :

Sans m'en dire autre chose, au pied me Fescritit. «

Lors il leve la jambe au jaret ramassee, Et d'un ceil innocent il couvroit sa pensle, Se tenant suspend u sur les pieds en avant.

Le loup qui l'appercoit se leve de devant, S'excusant de ne lire avecq' eeste parolle, Que les loups deson temps n'alloient point al'escolle; Quand la chaude lionne, A qui l'ardente faim Alio it precipitant la rage et le dessein, S'approche, plus scavante, en Volonte de lire. Le mulet prend le temps, et du grand coup qu'il tirt Luy enfonce la teste, et d'un© autre facon, 4 Qu'eUe ae scayoit point, lay apprit m lecon.

SECONDB PARTIE PROSE

(Voyez Notice, page 266)

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