DE LA COGNOISSANCE DE DIEU
Or done si nous sornmos tous naiz a ceste condition de cognoistre
Dieu : et la cognoissance d'iceluy est vaine et infructueuse sinon*
qu'elle vienne jusques a ce poinct la : il est manifesto que tous ceux
qui n'adressent point a ce but toutes les -cogitations et actions de
leur vie declinent et de flail lent de l'ordre de leur creation. Ce qui
Q'a mesme este" incogneu des philosophes : car autre chose n'a en-
toadu dire Platon quand par plusieurs fois il a enseigne le souverain
Men de Tame estre la similitude de Dieu : quand estant parvenue a
1* vraye contemplation d'iceluy, est en luy du tout transformee. Par-
quoy Grylus aussi argue tres sagement en Plutarque, quand il tient
que si la religion estoit ostee de la vie des hommes, non seulement
ils n'auroyent nulle excellence par dessus les bestes brutes ; mais en
plusieurs manieres seroyent beaucoup plus miserables. Pource qu'es*
tant subjetz a tant d'especes de maux menent une vie labourieusa, et
Has repoz. II conclud done qu'il n'y a que la seule cognoissance de
Dieu qui les rende superieurs : par laquelle ilz peuvent aspirer a
1'immortalite.
Veu que Dieu a voulu que la fin principale de la vie bien-heureuse fastsituee en la cognoissance de son uom: afin qu'il ne semble point *dvis qu'il veuille forclorre a aucuns l'entree a felicity, il se manifests i tous clairement. Car com me ainsi soit que de nature il soit incomprehensible et cache i Intelligence humaine : il a engrave* en chacune de ses oeuvres certains signes de sa majeste : par lesquelz il se donne a cognoistre a nous selon nostre petite capacite. Je dy signes tinotoires et evidens, que toute escuse d'ignorance est ostee aux plus ^eugles, et aux plus rudes du monde. Parquoy combien que son esfcnee nous soit occulte : neantmoins ses vertuz, lesquelles apoaroia-
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sent assiduellement devant noz yeui, le demonstrent tel, qu'il nous est expedient de le cognoistre pour nostre salut. Premierement de quelque coste qu'on tourne les yeux, il n'y a nulle si petite portion du monde, en laquelle ne reluyse pour le moins quelque estincelle de sa gloire. Singulierement on ne peut d'un regard contempler ce beau chef d'oeuvre du monde universel en sa longueur et largeur qu'on ne so it, par maniere de dir*> tout esblouy d'abondance infinie de lumiere.
II y a infiniz argumens , tant au ciel qu'en la terre , qui testifient sa merveilleuse sapience : non pas tant seulement ceux qui sont difficiles a comprendre , et- a l'intelligence desquelz on ne peut parvenir que par le moyen d'Astrologie, Medecine et Phisique : mais ceux qui sont evidens au regard des plus simples idiotz : tellement que les yeux ne se peuvent ouvrir, qu'ils ne soyent contraintz d'en estre tesmoingz. Bien est vray que ceux qui sont instruitz es disciplines liberates, ou qui en ont gouste* quelque chose , ont ayde special pour entrer plus profondement a contempler les secretz de la sapience divine : toutesfois nul n'est empesch6 par l'ignorance d'iceiles, qu'il ne voye beaueoup d'artifice aux 03uvres de Dieu , dont il soit esmeu en admiration de l'ouvrier. Gomme par maniere d'exemple, il faut bien avoir art et industrie singuliere a cercher les mouvemens des astres, ordonner les circules, mesurer la distance, noter la proprigte* d'un chacun (par laquelle consideration, comme la providence de Dieu le monstre plus clairement : aussi il est convenable que le coeur soit esleve* plus hautement a recognoistre sa gloire) neantmoins veu que ceux qui n'ont d'autre ayde que des yeux, ne peuvent ignorer Peicellence de l'artifice divin, laquelle sedonne facilement en la variete des estoiles tant infinie et bien ordonnee : il est certain qu'il n'y a nul auquel Dieu ne declaire assez suffisamment sa sapience. Pareillement d'appercevoir en la composition du corps humain une telle conjonction, proportion, beaute et usage que Galien y demonstre, n'est pas de petite subtilite. Toutesfois si ne laisse pas le corps humain d'avoir a la veufi de tout le monde une composition tant ingenieuse, que pour icelle l'ouvrier merite d'estre jug6 admirable. Davantage la puissance de Dieu par combien d'exemples nous attire elle a la consideration de soy? car autrement ne se peut-il faire : si ce n'est que nous ignorions quelle vertu c'est de soustenir ceste grandeur infinie du ciel et de la terre par sa seule parolle : de faire a. son commandement maintenant trembler le ciel de ton noi ires, brusler ce que bon luy semble de foudre, enflamber l'air d'esclairs, estonner le monde par diverses especes de tempestes : incontinent que bon luy semble, luy rendre sa serenite toute paisible, soustenir tellement la mer pendue en l'air, qu'elle ne puisse faire nuisance a la terre, combien que par sa hautesse elle la menace de la destruire, et maintenant l'esmouvoir horriblement par grande impetuosity des ventz, incontinent appajser ses vagues, ft la rendre quoye. Mesme icelle:
puissance nous doit conduirea reputer son ete;nit6, veu qu'il faut que celuy, dont toutes choses prennent leur origine , soit eternel et ait son commencement de soy mesmes. Outre-plus si on cerche la cause, par laquelle il a este" induit tant a creer une fois toutes choses, qu'a les conserver apres leur creation : on trouvera qu'il n'a autre cause que sa bont6, laquelle quand elle seroit seule, nous devroit amplement suffire a nous atraire a son amour , veu qu'il n'y a nulle creature, comme le prophete enseigne, sur laquelle n* v>it espandue sa misericorde.