UN MARTYR
Un jeune homme, qui a icy halite avec nous, estant prison la ville de Tournay, fut condamne" a avoir la teste tranchee s'il se desdisoit, et a estre brusle* tout vif s'il persistpit en son propos. Quand on luy demanda ce qu'il vouloit faire, il repondit simplement : Gelui qui me fera la grace de mourir patiemment pour son nom, me fera bien la grace d'endurer le feu. Nous devons prendre ceste sentence, non pas comme d'un homme mortel, mais comme du Saint-Esprit, pour nous asseurer que Dieu n'est pas moins puissant a nous fortifier, et rendre victorieux contre les tourmens , qu'a nous faire prendre une plus doulce mort en gre. Et ainsi, que les fideles apprennent d'eslever la teste hault a ceste couronne d'immortalite et gloire a laquelle Dieu les convie, afin qu'il ne leur fasse point mal de quitter la vie prlsente pour un tei loyer; et pour estre asseurez de ce bien inestimable qu'ils ayent tousjQurs devantlesyeuxcette conformity qu'ils ont avec nostre Seigneur Jesus pour contempler la vie au milieu de la mort, comme luy par Topprobre de la croix est parvenu a la resurection glorieuse en laquelle gist toute nostre felicite, joye et triomphe.
CONTRE Les moqueurs.
11 ne me chault des mocqueurs qui disent que nous en parlons biei. I nostre aise, et ce n'est point a moy qu'ils s'attachent, d'autant qu'il n'y a rien icy de mon creu, comme on le croit. Autant en dis-je de tous les pbiiosophes qui en prononcent leur sentence sans savoir comment : car puisqu'ils ne veulent escouter Dieu lequel parle a eulx pour les enseigner , je les adjourne devant son siege judicial, la ou ils oiront sa sentence, contre laquelle il ne sera plus que&t.tou<&t^
plicquer. Puisqu'ils ne daignentmaintenant l'oufr comme maistre, ils le sentiront alors leur juge en despit de leurs dents. Les plus habiles et les plus rusez se trouvaront icy trompez en leur compte. Qu'ils soient stylez tant qu'ils voudront a renverser ou obscurcir le droict : leurs chapperons fourrcz auzquels ils se mirent , et en s'y mirant s'aveuglent, ne leur donneront point la cause gaignee. Je dis ceci, pour ce que messieurs les conseilliers, juges et advocas, non seulement entreprennent de plaider contre Dieu, pour avoir privilege de se mocquer de luy : mais en rejectant toute l'Escripture Saincte, desgorgent leurs blasphesmes, comme des arrests souverains. Et tels marmousets seront si orgueilleux, qu'apres qu'ils auront diet ce mot, ils ne pourront souffrir que raison ne verite ait lieu. Si est-ce qu'en passant, je leur annonce qu'il vauldroit beaucoup mieuz qu'ils pensassent quelle horrible vengeance est apprestee a tous ceulx qui convertissent la verite* en mensonge. Que les docteurs de chambre et de table ne prennent point icy un degre trop haul t pour eulx, e'est de gergonner conlre le Maistre celeste, auquel il nous convient tous donner audience. Les beaulz titres ne feront yci rieo pour exempter personne, sinon que messieurs les abbes, prieurs, doyens et archediacres seront contraincts mener la danse en la condamnation que Dieu fera. Si messieurs les courtisaps ont accoustume de contenter les hommes par leur eau beniste, qu'ils n'attendent pas de faire le semblable a Dieu. Que tous gaudisseurs se deportent de donner leurs coups de bee, jecter leurs brocars accoustumez, s'ils ne veulent sentir la main forte de Geluy a la parolle duquel ils devroyent trembler. C'est un abus trop lourd de se faire accroire qu'en me prenant a partie, ils n'auront plus Dieu pour juge. Qu'ils raclent mon nom de leurs papiers en ceste matiere, d'autant que je ne preten sinon que Dieu soit escoute et obei, et non pas de gouverner les consciences a mon appetit, ne de leur imposer necessite ou loy. — Quant aux autres qui ne rejectent point la parolle de Dieu en telle fierte, et cependant toutesfois sont si infirm es et lasches, qu'on ne lqs peut faire ' bouger, je les ezhorte qu'ils pensent un peu mieulx a eulx, pour ne se plus flatter comme ils ont faict.