ECRIVAINS DU XVI* SIECIA
ncur et amitie que je vous porte, estant aussi jaloux du vostre quedu mien . Ne faictes done estat de moy, non plus que si j'estoisdeja mort.» Sur quoyje veislapluspartde la compaignie a/ant les larmesauxyeulx. Et ayant ung peu reprins haleine, je suivis mon proupos : « Vous estes icy beausoup de cappitaines aussi suffisans que moy, pour commander, vous aves de bons et vaillans hommes, qui auront a present doable couraige pour venger leur chef. Je m'asseure qu'il n'y a nul de vous qui ne cede a monsieur de Gondrin que vcila : car oultre qu'il est de ia meilleure maison, e'est aussi le plus vieulx cappitaine de tous vous aultres. Et parce qu'il n'est pas beaucoup sain, je vous pry, monsieur de Sainctorens, etvous messieurs de Goas, et de Madaillan, vousloger pres de lui, car il est vieulx, com me vous voy6s, et fauldra que vous trois, qui estes jeunes, porties toute la peine. Soyes bien d'accord , je vous pry, puisque vous aves tous bonne volonte. Ma blessure sera cause, si vous faictes quelque chose de bon, que vous acquerrez de l'honneur. Pour Dieu, mes compaignons, ne laissls au bon du coup ceste entreprinse, et a son commencement. Suyves sur cest estonnement, et monstrez que ce n'est pas moi seulement, mais vous aultres aussi, qui aves bonne part a la victoire. Ne le voules-vous pas ainsi, et accepter pour chef monsieur Gondrin? » lis me dirent qu'ouy, et que e'estoit raison qu'il commandast. Alorsje lespriay de ne me veoirplus afin de n'empirer ma fievre, et se retirer tous a lui. Ainsi ils se despartirent de moy bien tristes et ennuyes.