‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 173 sur 212 · DUPLESSIS-MORNAY · texte numérisé non relu

DUPLESSIS-MORNAY

sanglante et inutile; tant sontles naturelles affections, vives, senslbles et remarquables, et les etrangeres, au contraire, mortes, insensibles et obscures. Tant est difficile aussi ou au sang francois de cacher Inflection que nature lui donne envers la France, ou a l'estranger de l'emprunter, feindre et falsifier.

Or, son tee* les maulx tous evidents que la suite de ces guerres nous amene, et jamais ne s'en est veu une aultre fin; maulx, s'il n'y est promptement pourveu, qui s'en vont mortels et incurables; maulx aulsquels n'y aremede au Leung que par la pais, mais paix sincere et de bonne foi, qui ne cache pas une aultre guerre dans le sein; paix longue, durable et sans arriere-pensee : qui donne loisir aulx animosites de s'amortir et au debvoir et a i'amitie de se reprendre; qui oste aussi et l'e3poir etl'appetit a nos perturbateurs de remuer, ne la pouvant rompre sans se perdre. Telle sera elle quand les bons Francois se rallieront, s'entrcporteront les ungs les aultres, s'entredonneront ou souffnront ce qui sera requis au mutuel repos. Et pourquoi desnieroient-ils cela les ungs aulx aultres, qui tous ont un but commun de leur salut pour la vie a venir ; tous pour celle-ci, ung interest commun de vivre ou de perir ensemble ? Telle sera elle quand chascung sera teneu pour ce qu'il est en ce royaume ; le roi obei, les princes cheris et honores, les domestiques aimes, les estrangers*en leur lieu gratifies, chascung et rendant et recevant et ce qu'il doibt et ce qui lui est deu.

AGRIPPA P'AUBIGNfi

(Voyei Notice, page 263)

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