Tableau de la potfste, p
cite comme une des autorites de la vieille ecole : « Nos bons poetes francoys stmt, entire les vieulx : Alain Chartier et Jean de Meung ; et, tntre lee jeunes : Marot, Sainct-Gelais, Salel, HeroSt, Sceve et tant d'aultres bons esprit*. » A la mort de Francois I* r , Sceve retourna dans sa province ; c'est vers cette epoque que, se detachant de ses anciens amis pour se rallier a l'ecole nouvelle, il lia une etroite amitie avec Joachim Du Bellay, Olivier de Magny et quelques-uns des membres de la Pleiade. Ses vers precieux et tourmentes trouverent grace dev ant ses nouveaux amis, et Du Bellay le loueprecisement dece d&lain de la clarte et de cet extreme raffinement qui nous rend les vers de Sceve, et principalement son poeme de Dilie, a peu pres incomprehensibles aujourd'hui. Pasquier, dans ses Recherches sur la France (liv. VII, 7), avouait deja que Sceve ne s'etait point preoccupe de rendre ses vers intelligibles au eommunpeuple : « Tousceuxdont j'ai parte ci-dessus etaient comme une pepiniere sur laquelle furent depuis
• entes plusieurs autres grands poetes -sous le regne de Henri deuxieme.
• Ceux-ci, du commencement, firent profession de plus contenter leurs
• esprits que l'opinion du commun peuple. Le premier qui franchit le
• pas fut Maurice Sceve, lyonnais, lequel, ores qu'en sa jeunesse eut
• suivi la piste des autres, si est-ce qu'arrivant sur l'age il voulut « prendre autre train, se mettant en butte, a l'imitation des Italiens,
• une dame qu'il ce!6bra souslenom de D61ie, non en sonnets (car « 1' usage n'en etait encore introduit), ains par dixains continuels; mais « avec un sens si tenebreux et obscur que, lelisant, je disais 6tre tresis content de ne l'entendre, puisqu'il ne voulait e"tre entendu. Du Bellay,
• le reconnaissant avoir et6 le premier en ce sujet, disait, en un sonnet « qu'il lui adressa :
Oentil esprit, ornement de la France, Qui, d'Apollon saintement inspire, T'es le premier da people retire Loin da cbemin trace par rignorance.
«Et, au cinquante-neuvieme sonnet de son Olive, il l'appelle cygne i nouveau, voulant dire que, par un nouveau dessein, il avait banni « l'ignorance de notre poesie; et toutefois la verite est qu'il affecta une « obscurity sans raison, qui fut cause que son livre mourut avec lui : «du moins ne vois-je point que depuis il ait couru par nos mains. » Sceve presida pendant longtemps au mouvement poetique qui, dans tout le Lyonnais, fut pendant vingt annees plus important que partout ailleurs. Pontus de Thyard, Pevfique de Chalon, lui dediait son livre des Erreurs amoureuse* Olivier de Magny ses Regrets, et Louise
Labb6 ; la belle corditore, se complut trop souvent dans 1'imitatioii des obscUrites de Dilie. Sceve mou/ut en 1564. Le poeme de D&ie, Object de plus haul te vertu, imprime" a Lyon en 1544, se compose de 458 dizains, qui sont a peu p'res illisibles : nous citerons settlement les deux suivants, comme echantillon de la xnaniere du po6te :
Quand quelquesfoys d'elle a elle roe plaings, Et que son tort je lay fais recongnoistre, De ses yeulx clers d'honneste courroux plains Sortant ros6e en pluye vient a croistre.
Maia oomme on volt le soleil apparoistre Sur le printemps parmy Fair pluvieux, Le rossignol, a chanter curieux, S'esgaye alors, ses plumes arrousant :
Alnsi Amour aux larmes de ses yeulx Ses ailes baigne, a gre se reposant 1 .
Le painctre peult de la neige depeindre
La blancheur telle a peu pre$ qu'on peult voir;
Mais il ne scait a la froldeur atteindre,
Et moins la faire a roeil ap ere e voir.
Ce me seroit moi-mesme decevoir,
Et grand ement me pourroit-on reprendre,
Si je taschois a te faire comprendre
Ce mal qui peult voire Tame opprimer,
Que d'un objet, comme peste, on voit prendre,
Qui mieux se sent qu'on ne peult exprimer'
Page 19, 1. 1. Pierre de Ronsard, no le 11 septembre 1524, au chateau de la Poissonniere (Vendomois), mort le 27 decembre 1585, au prieure de Saint-Cosme-en-1'Isle, pres de Tours. Sa famille 6tait noble et originaire des pays du Danube. II etudia au college de Navarre, entra ensuite au service du due d'Orteans, fils de Francois I er , puis acelui de Jacques d'Ecosse, qui 1'emmenadans ses Etats etl'y retint trois annees, revint aupres du due d'OrlSans, fut adjoint a diverses ambassades et fit encore un voyage en Ecosse. II suivit ensuite Lazare de Baif dans son ambassade en Allemagne, a la diete de Spire, et enfin du Bellay-Langey en Piemont. Une surdit6, dont il fut alors frappe, mit fin a cette vie errante. II rSsolut de se vouer a l'etude, se retira au college de Coqueret et y passa sept annees (1542-1549) ayant pour maitre le savant Daurat, et pour condisciples Beau-Antoine de Baif, fils de Lazare, Remy Belleau, Muret et Joachim Du Bellay.