‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 44 sur 212 · MOTS INVARIABLES · texte numérisé non relu

MOTS INVARIABLES

§ 131. On sait que les adverbes de manifere se foment a l'aide d'un adjectif f6minin auquel on joint la terminaison ment, du latin mente : bonne ment (bond mente d'une bonne" maniere, bonnement), sauf pour les ad-

GRAMMAIRE DE LA LANGUE DU XVI* SINGLE. LXVn

jcctifs terminus en ent, ant, qui font leurs adverbes en emment, amment : prudent, prudewmenJ, — obligcanl, obligeamment. Nous avons d6ja dit que les adjectifs qui avaient, chcz lcs Romains, une terminaison pour le masculin ct une pour le fSminin (bonus, bona), en avaient aussi en fran^ais une pour chaque genre (bon, bonne) ; ccux qui avaicnt en latin une seule terminaison pour lcs deux, genres, n'en avaicnt aussi qu'une en fran$ais : ainsi grandis, legalis, prudens, regalis, viridis, fortis, abundans, etc., donnerent en frangais les adjectifs grand, loyal, prudent, royal, vert, fort, abondant, etc., qui 6taient de genre invariable dans notre ancienne Ian* gue. II en r6sulte dans le cas particulier qui nous occupc, que les adverbes formta avec les adjectifs de la premiere cat6gorie (tels que bon, bonne), eurent toujours Ye ftminin au radical : bonne-ment, chfcre-ment, devote-ment, et que les adverbes formes avec les adjectifs de la deuxi&me cet&gtrie (tels que grand, loyal, abondant, etc., n* eurent jamais d'e au radical : au onzieme siecle, on disait conform6mcnt a l'Stymologie loyal-ment, grand-ment, fort-ment, abondantmerit, etc. Le quatorzi&me siecle ne comprenant plus l'origine de cette distinction, et ne voyant plus pourquoi dans certains adverbes 1'adjectif 6tait au ftminin, tandis qu'il restait (apparemment) au masculin dans d'autres, Scrivit loyal-ment, vilement, grand ernent, etc. Les adverbes tels que prudemment, obligeamment, (formes de prudentment, obligeantment par une assimilation postSrieure de ntm en mm), sontun reste del'ancien usage, que le seizieme siecle ignorait ; tandis que les formes prudentement, iloquenternent, etc., ont 6t6 refaites sur les nouveaux ftmi*uns prudente, tloquente.

La attendant recitokat clairement et tloquertfement quelques sen* tences retenues de la le$on.

LIVffl INTRODUCTION.

Ce faict> issaient Iron, at jouoient a la, balle, a la paulme* §alemth }

ment s'excrcans le corps.

Rab. 119.

Tu te plains d'autre part que ma vie est fautive, 4

En delices, en jeux, en vices excessive? -

Tn mens meschaitiemmt ; si tu m'avois suivy Deux mote, tu scaurois biaa en quel estat je vy.

Rons. 44.

§ 138. Le seiaifeme siecle employait plus frdqucmmcnl que la langue modcrne les adjectifs comme adverbes : Cher pour cherement :

Si nostre ame n'en va un meilleur bransle, j'aimerois aneti cher que mtm eseolier eust passe le temps k jouer a la paume*

Haut pour hautement :

lie leftdemein au poiact du jour te rot Xerxes stsseit em un lieu h§/*U ekve\ doat il voyeit la flotfte de set vaisseaux.

Amyot, 160.

Premier pour preincrement :

Adieu, vieille forest, le Jouct de Zephyre, Ou premier J'acoorday les Ungues de ma lyre, Ou premier j'entendi les fleches resonner D'Apollon, qui me vint tout le coeor estonner.

Rows. 40l

Et scare* vcras, Syre, comment je payet (Nul ae le scait, si premier ae l'essaye.)

Mabot, IS.

Depuis qu'Us stmt condemned des aatfeeins, ils les eaterreat; tis enterrent, premier que mourir, ceulx qui seat cause de leur morU

Hornay, 232.

§ 133. A la difference de la langue moderne, le #ei» eteme siicle admettait la variabilis des adjectifs employes comme adverbes :

Fascheuse suffisaace quNine sufflsance par* nrresque t

Mont.

Aemylias dit aupeaple romain : « Que des ekoses paret taaalaes,

41 n'en avoit jamais craint pas une. '

Amyot, 173.

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