‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 68 sur 212 · U PAIX ET LA GUERRE · texte numérisé non relu

U PAIX ET LA GUERRE

Quant on voit Paii, peuple gros et menu Soubstient que c'est nouveau printemps venu; Vignes et chants qui leur labeur perdoyent Sont cultivez, et les jardins verdoyent.

Plusieurs trouppeaulx de bestes spnt paissan? A seurete ; pasteurs riches, puissans.

On voit les bourgs, les villes et villaiges Ediffier, et restaurer maisnages, Iieux ruines refaitz et reparez, Et plusieurs biens augmentez et parez.

On voit aussi multiplier richesse, Entretenir tout plaisir et lyesse.

Les loiz ont force, et justice a vigueur, Le bien public florit; et sans rigueur*, Religion est devote et fervente.

Equity vault, humanity est gente.

On voit les ars, mecaniques mestiers, Remettre en bruit, et besongner ouvriers.

Povres qui ont disettes et souffrance Recoivent lore d'aulmones habondance.

Les anciens et vieulz tiennent propos Du temps passl, buvans vin a pleins potz.

On voit en bruit sciences et disciplines, Et jeunes gens instruiti en loiz divines, Filles on voit pourveues par honneur

POfiSIE.

De bons maris; meres alors ont cueur

D61iber6"faire leur delivrance.

Mais quant Guerre est mise sus par oultrance,

H61as, vray Dieu ! que peult on estimer,

Sinon que c'est une tres grande mer

Qui de tous maulz dSbordant nous inonde,

En submergeant toutes choses du monde ?

Les souldars sont a grant peine assouvis; Les beaulx trouppeaulz de bestes sont ravi% Et amenez bledz et yins par oultraiges ; Sont foudroyez les bourgz; et les villaiges Ou povres gens se sont habituez On voit brusler, et laboureurs tuez.

Belles citez par si long temps construictes, En ung instant sont de tous pointz destruictes Par grant bruine, et tourbillon brustal.

Gombien fault il de venues, d'alleea Pour reparer navires et gall6es I Dessus la mer est requis de veiller*, Les tours, chasteaulx eUvilles rabiller ; Auz champs convient, par facons differentes, Pour voir souvent, et accoultrer les tentes.... Coffres, bahus on met aux aventures; Assembler fault les palis et clostures; Vuider fossez, trenchees ; et miner, Fouyr sous terre, en danger cbeminer; Faire le guet, nuit et jour estre fermes, S'exerciter, sans cesser, en faitz d'armes, Si on ne veult son bon bruyt rabaisser.

Le grant peril et crainte vueil laisser*; Car il n'est rien en guerre, tant soitmoindrL*, -Qui ne soit fort a redouter et craindre.

Quel est celluy qui pourroit jours et nuitz Dire et nombrer les peines et ennuitz Qu'incessamment folz gens d'armes endurent.

En camps et ost, oil jamais ne s'asseurentT Car craincte y est; quand on y veille ou dort. Leur manger est si tressalle et si ort, Mis en vaisseaulx que jamais on n'escure, Tant qu'a grant peine en ont les bestes cure. Le plus souvent, tentes et pavilions Sont traversez par les estourbillons

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