‹ Morceaux choisis des grands ʹecrivains franc̜ais du XVIe siècle: accompagnʹes d'une grammaire etChapitre 84 sur 212 · A LA FOREST DE GASTINE · texte numérisé non relu

A LA FOREST DE GASTINE

Couch 6 sous tes ombrages vers,

Gastine, je te chante Autant que les Grecs, par leurs vers

La forest d'Erymanthe :

Car, malin, celer je ne puis

A la race future De combien oblige" je suis

A ta belle verdure.

Toy qui, sous Fabry de tes bois,

Ravy d'esprit m'amuses; Toy qui fais qu'a toutes les fois

Me respondent les Muses; Toy par qui de l'importun soin

Teat franc je me delivre, Lorsqu'en toy je me pers bien loin,

Parlant avec un livre, Tes bocages soient tousjours pleins

D'amoureuses brigades De Satyres et de Sylvains ,

La crainte des Naiades 1 En toy habile desormais

Des Muses le college, Et ton bois ne sente jamais

La flamme sacrilege !

* Pour boire, dessus Therbe tendre Je veux sous un laurier m'estendre, Et veux qu'Amour d'un petit brin Ou de lin, ou de cheneviere, Trousse au flanc sa robe legere, Et my-nud me verse du vin.

L'incertaine vie de l'homme De jour en jour se roule comme Aux rives se roulent les flots, Et, apres notre heure derniere, Rien de nous ne reste en la biere Que je ne scay quels petits os.

Je ne veux, selon la coustume, Que d'encens ma tombe on parfume,

Ny qu'on y verse des odeurs ; Mais, tandis que je suis en vie, J'ay de me parfumer envie Et de me couronner de fleurs.

L'AMOUR MOUILLt*.

AD SIBUR ROBERTET.

II estoit minuict, et l'Ourse De son char tournoit la course Entre les mains du Bouvier, Quand le somme vint lier D'une chaine sommeillere Mes yeuz clos sous la paupicre.

Ja, je dormois en mon lit, Lorsque j'entr'ouy le bruit D'un qui frapoit a ma porte, Et heurtoit de telle sorte Que mon dormir s'en alia.

Je demanday : > Qu'est-ce la Qui fait a mon huis saplaintc?

— Je suis enfant, n'aye crainte, »

Ge me dit-il. Et adonc Je lui desserre le gond De ma porte verrouillee.

« J'ay la chemise mouillec, Qui me trempe jusqu'aux oz ; Ce disoit, car sur le doz Toute nuict j'ay eu la pluie; Et pour ce je te supplie De me conduire a ton feu Pour m'aller seicher un peu. •

Lors je prins sa main humido, Et par pi tie" je le guide En ma chambre, et le fis seoir Au feu qui restoit du soir; Puis, all um ant des chandelles, Je vy qu'ii portoit des ailes, Dans la main un arc turquois, Et sous 1'aisselle un carquois.

Adonc en mon coeur je pense Qu'il avoitgrande puissance,

23 POtiSIE.

Etqu'il falloit m'apprester Pour le faire banqueter.

Ce pendant il me regarde D'un oeil, de I'autre il prend garde Si son arc estoit secne* ; Puis, me voyant empesch6 A luy faire bonne chere, Me tire une fleche amere Droict en l'oeil, et qui de la Plus bas au coeur devala, Et m'y fit telle ouverture Qu'herbe, drogue ny murmure*, N'y serviroient plus de rien.

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