LA MORT
Ainsi qu'un prisonnier, qui jour et nuict endure Les manicles aux mains, aux pieds la chaisne dure, Se doit bien r^jouir a Pheure qu'il se voit D61ivr6 de prison; ainsi l'bomme se doit Rejouir grandement, quand la Mprt luy deslie Le lien qui serroit sa miserable vie....
Puis que Pon est contraint sur la mer voyager, Est-ce pas le meilleur, apres maint grand danger, Retourner en sa terre, et revoir son rivage ? Puis qu'on est resolu d'accomplrr un voyage, Est-ce pas le meilleur de bien tost mettre a fin, Pour regaigner Fhostel, la longueur duchemin? De ce chemin mondain qui est dur et penible, Espineux, raboteux, et fascheux au possible, Maintenant large et long, et maintenant estroit, Oil celuy de la Mort est un chemin tout droit, Si certain a tenir que ceux qui ne voyent goutte Sans fourvoyer d'un pas n'en faillent point la route ?...
Je te salue, heureuse et profitable Mort, Des extremes douleurs medecin et contort I Quand mon heure viendra, deesse, je te prie, Ne me laisse long temps languir en maladie, Tourmente dans un lict; mais, puis qu'il faut mourir, Donne-moy que soudain je te puisse encourir, Ou pour l'honneur de Dieu ou pour servir mon prince,, Navr6, poitrine ouverte, au bord de ma province* !