‹ Morceaux choisis des poetes et prosateurs français du 16e siecle. Accompagnés de notices développées sur chaque auteur, de notes grammaticales, littéraires et historiques; précédés d'une grammaire abrégée de la langue du 16e siecle, d'études générales sur l'état de la poésie et de la prose a cette époque, et suivis d'un glossaire explicatif et étymologique de tous les termes sortis de l'usage, qui se rencontrent dans ce volumeChapitre 40 sur 91 · XXXIV GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

XXXIV GRAMMAIRE

cru, de crudus; pied, anciennement ;??>', de pedem ; nœudy anciennement neu, de nodus.

Nous avons vu, page xxn, comment le c avait été sans raison a( c^sté au / dans quantité de mots. On l'introduisit bien plus mal à propos encore dans des mots où l'étymologie ne l'appelait nullement, comme craincte pour crainte.

Q remplace c dur, au commencement des mots, dans quarquoi, quarré, qiiesse, caisse, quoy, coi ; au milieu des mots, dans branquar, esquadron, esquarcelle ; enfin, à la fin des mots oii il ne se prononçait pas, onq, tronq.

/^se redouble, sans se prononcer, dans f/e^a<>e, deffendi'e, def fiance, clef fier, eschoffaut, prof fit, tovttf-ffois.

Vh latine initiale avait disparu dans avoir, de habere ; orne, ÛQ hondnem ; ostel, de hospitale. Les latinistes le rétablirent partout, et il fut conservé dans homme, hôtel, etc. Cette h fut môme appliquée, et bien avant le seizième siècle, à des mots qui ne l'avaient point en latin : habondance, hostage.

Autheur, authorité, authoriser, reprennent le th qu'on voit dans beaucoup de manuscrits des écrivains latins.

LV se prononce dans la terminaison des infinitifs en er; arracher peut rimer avec cher ; aimer avec amer. Corneille présente encore quelques rimes de ce genre.

Le parler parisien du milieu du seizième siècle change en s douce Vr placé entre deux voyelles et. par un phénomène inverse, l'.s dans la même position se change en r. On disait Jerii Ma^^i'a pour Jesu Marin. Cette corruption, qui ne se rencontre guère dans les œuvres écrites, a laissé à la langue le mot chaise, doublet de chaire [cathedra).

Signes orthographiques.

Les écrivains antérieurs à 1530 ne firent jamais usage

DE LA LANGUE DU XVl^ SIECLE. XXXV

des signes orthographiques, les accents, le tréma, la cédille, l'apostrophe et le trait d'union. Jacques Dubois, dit Sylvius, auteur de la première grammaire française proprement dite, publiée en France, en 1531, imagina des signes de cette nature, un peu différents des nôtres pour la forme et l'emploi et dont les écrivains du seizième siècle ne firent d'abord qu'un usage très limité.

C'est lui aussi et non pas Ramus, comme on le croit généralement, qui le premier distingua par l'orthographe Vi et le/, Vu et le v ; mais il n'eut que peu d'imitateurs, et cette réforme ne s'établit réellement qu'au dixseptième siècle.

La cédille est d'origine espagnole; son introduction en France est due à Geoffroy Tory.

Avant les écrits des premiers grammairiens, on faisait usage de la ponctuation, le point, la virgule, les deux points, mais au hasard, pour la seule commodité, sans lui donner pour base l'analyse logique. Dans le cours du seizième siècle, on imagina le point-virgule, mais on ne s'en servait guère.

Le trait d'union n'était pas non plus établi; on écrivait ; y a il, a elle pour « y a-t-il, a-t-elle »; aime il) aime f//e pour « aiine-t-il, aime-t-elle », etc.

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