FRANÇOIS I
pu l'appeler « le plus exact de tous nos anciens poètes * ». Il emploie généralement la bonne langue gauloise, le français du cru. Cependant, lui aussi, il bigarre assez souvent son style de mots éeorchés du latin.
Les pointes et les jeux de mots, pour lesquels les poètes d'alors avaient un goût si ridicule, sont rares dans ses ouvrages. Son principal charme est une gaieté franche et douce, gaieté dans laquelle il y a souvent de la mélancolie.
Sa versification, fréquemment négligée, est moins irréprochable que sa langue. Ménage a d'ailleurs commis une erreur en prétendant que le mélange des rimes masculines et féminines avait été introduit par Marot. Il s'est assujetti à. cette règle dans quelquesunes de ses poésies, dans la plupart de ses chansons et de ses psaumes; mais généralement il ne se fait nul scrupule de l'enfreindre. Plusieurs contemporains de Marot, tels que Charles Fontaine et Jean Bouchet, ont observé bien plus exactement que lui ce mélange, de l'introduction duquel d'ailleurs Joachim du Bellay se plaignait encore, en 1549, comme d'une tyrannie.
Son grand mérite, en tant que versificateur, c'est la manière charmante dont il a employé plusieurs petits mètres. Il a connu mieux que personne l'harmonie du rhythme à cinq pieds, appliqué spécialem.ent au genre épistolaire.
Dans son âge mûr, Marot fit une révision de ses poésies. Ce texte corrigé est celui qui a été généralement suivi dans les éditions vulgaires. Cependant la première pensée et la première forme peuvent quelquefois paraître préférables pour la vivacité, pour l'agrément et pour l'originalité.