‹ Morceaux choisis des poetes et prosateurs français du 16e siecle. Accompagnés de notices développées sur chaque auteur, de notes grammaticales, littéraires et historiques; précédés d'une grammaire abrégée de la langue du 16e siecle, d'études générales sur l'état de la poésie et de la prose a cette époque, et suivis d'un glossaire explicatif et étymologique de tous les termes sortis de l'usage, qui se rencontrent dans ce volumeChapitre 43 sur 91 · FRANÇOIS V · texte numérisé non relu

FRANÇOIS V

Le vainqueur de Marignan et de Cérisoles est un des personnages historiques qui ont été le plus surfaits, et, sans le rabaisser, il faut convenir qu'il a été bien inférieur aux hommes immortels qui, avant ou après lui, ont donné leur nom à leur siècle. Henri IV a merveilleusement caractérisé François I", quand il a dit que c'était un roi plus spécieux que solide.

En même temps que la qualification de grand, on a contesté, mais

Observ, sur la lang. franc. ,11" p., c. xix.

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moins justement, au chef de la branche des Valois, le titre d'ami et de protecteur des lettres. Ce titre lui avait été conféré par les contemporains. Dans ses brillantes années, il fut surnommé solennellement le Clément ci Zélateur des bonnes lettres. A son convoi funèbre, les crieurs publics de Paris le proclamèrent père des arts et des sciences i. Et réellement il protégea les lettres et les sciences. Il rechercha très avidement le commerce des artistes et des savants; il en attira un grand nombre à sa cour et les encouragea par ses bienfaits. Enfin on lui doit de très utiles établissements scientifiques. Mais sa protection ne s'étendit pas aussi loin qu'on a longtmips prétendu, et elle ne fut pas toujours également soutenue. Dans la dernière partie de son règne, il négUgea et abandonna des littérateurs et des savants dignes de ses faveurs. Mais enfin Thistoire ne doit pas oublier les services réels qu'il a rendus aux lettres. Il faudra surtout se souvenir toujours qu'il mit, plus qu'aucun de ses prédécesseurs,, la langue française en honneur, tellement qu'Henri Eslienne a pu dire qu'il a été le premier qui l'ait mise comme hors de page -.

François I" ne se contenta pas de protéger les lettres, il les cultiva lui-même avec quelque succès. Son instruction avait été négligée, mais la nature l'avait doué d'une mémoire lieureuse, d'un esprit vif et pénétrant, d'un goîit instinctif pour les lettres et les beaux-arts. De bonne heure il signala son talent à écrire en prose et en vers, et il n'avait pas moins de facilité à parler qu'à écrire. Fleurange, dans ses curieux Mémoires, nous apprend une particularité qui ne se trouve dans aucun historien de cette époque, c'est que François ]<'■■, doué d'une éloquence naturelle, ne permettait pas que, suivant l'usage, son chancelier répondit aux ambassadeurs qui lui étaient présentés, et que lui-même leur répondait avec beaucoup de dignité, sans aucune préparation. Accompagné partout de son cortège de savants, à table, à la chasse, en voyage, aux promenades, aux récréations, il orna son esprit de leurs connaissances, et, par leur commerce, développa singulièrement ses facultés naturelles. Bientôt il voulut et put rivaliser avec eux de talent poétique.

Les contemporains nous ont appris que leur royal prolecteur s'essayait lui-même dans la poésie. Clément Marot, dans une de ses églogues, consacrée à l'éloge de Français l^r sous le nom du dieu Pan, avait dit, en parlant de ce monarque à un pastoureau qui s'appelait Robin :

« Il daigne aussi luy mesmc peine prendre D'user de l'art que je te veux apiirciidrc. Apprends-le donc, afin que monts et bol», Rocs et estaugs, apprennent sous ta voix

1 Voir la relation de ses obsèques, dans les Mémoires de du Bellay, vol. V. — - Précellence du lawja'je françois, Epistrc.

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