MARGUERITE D'ANGOULÊME
Par Jesus-Christ, nostre Sauveur, En ce temps de sa mort cruelle, Seigneur, j'attens vostre faveur Pour en ouyr bonne nouvelle.
J'en suis loing : dont j'ay douleur telle, Que nul ne la peult estimer.
0 ! que la lettre sera belle Qui le pourra sain affermer ^ !
Le désir du bien que j'attens Me donne de travail matière :
Une heure me dure cent ans, Et me semble que ma litière Ne bouge, ou retourne en arrière, Tant j'ay de m'avancer désir.
0 ! qu'elle est longue, la carrière Où à la fin gist mon plaisir 1
Je regarde de tous costez Pour voir s'il arrive personne, Priant sans cesser, n'en doutez, Dieu, que santé k mon roy donne.
Quand nul ne voy, l'œil j'abandonne A pleurer; puis sur le papier Ung peu de ma douleur j'ordonne :
Voilà mon douloureux mestier.
Qui m'affirmera, qui m'apportera la certitude qu'il est en bonne
60 POÈTES DU XVr SIÈCLE.