‹ Morceaux choisis des poetes et prosateurs français du 16e siecle. Accompagnés de notices développées sur chaque auteur, de notes grammaticales, littéraires et historiques; précédés d'une grammaire abrégée de la langue du 16e siecle, d'études générales sur l'état de la poésie et de la prose a cette époque, et suivis d'un glossaire explicatif et étymologique de tous les termes sortis de l'usage, qui se rencontrent dans ce volumeChapitre 49 sur 91 · REM Y BELL EAU. IH · texte numérisé non relu

REM Y BELL EAU. IH

En ceste belle saison,

A foison, Montrent leurs robes écloses.

Le gentil rossignolet,

Doucelet, Decouppe, dessous l'ombrage, Mille fredons babillars,

Fretillars, Au dous chant de son ramage.

Tu vois en ce tems nouveau

L'essain beau De ces pillardes avettes * VoUeler de fleur en fleur

Pour l'odeur Qu'il mussent^ en leurs cuissettes.

May ventera ses fraîcheurs.

Ses fruits meurs, Et sa féconde rosée, La manne, et le succre doux,

Le miel rous Dont sa grâce est arrosée.

Mais moy, je donne ma vois

A ce mois Qui prend le surnom de celle Qui de l'ecumeuse mer

Vit germer Sa naissance maternelle.

L'n poème de Belleau, moins connu que les Bergeries, leur est cependant supérieur par la variété, par la souplesse, par l'invention. II est intitulé : les Amours et nouveaux Eschanges des pierres pre-

' Petites abeilles. — 2 Cachent.

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cieuses, vertus et propriétés cVicelles. Dans trente petits poèmes délicieux, l'auteur y di^crit en détail le diamant, la topaze, le rubis, l'améthyste, etc., etc. II prodigue les couleurs et les images, et embellit l'observation et la science de tous les charmes de l'imagination et de la fiction.

C'est surtout par las Amours des pierres précieuses que Remy Belleau se distingue entre les poètes du seizième siècle qui ont eu le plus grand éclat de style. Dans ces brillantes descriptions, l'imagination est constamment frappée, si le goût n'est pas pleinement satisfait. Régnier a dit, dans sa neuvième satire :

ic Belleau ne parle pas comme on parle à la ville,

Il a des mots hargoeui, bouffis et relevez,

Qui du peuple aujourd'uuy ne sont pas approuvez. »

Cette remarque s'applique beaucoup moins aux Amours des pierres précieuses qu'aux Bergeries.

Ce poète pastoral s'est aussi exercé dans le genre théâtral. II a laissé une comédie où se retrouvent toutes ses qualités de naturel et de grâce, la Reconnue. Le sujet était de circonstance : c'était une religieuse qui, après avoir porté le voile pendant sept ans, était sortie de son couvent pour embrasser le calvinisme. Lors de la prise de Poitiers par le maréchal de Saint-André, en 15C2, elle tombe en partage à un capitaine qui la conduit à Paris et la rend au catholicisme. Le style de cette comédie est simple, facile ei assez correct.

Tant de productions variées et distinguées justilient le titre ^'excellent poètn français que Ronsard a décerné à Remy Belleau ', et que lui ont confirmé tous ses contemporains.

Il mourut à Paris, le 7 mars 1577, âgé de cinquante ans. Ses illustres amis, Pierre de Ronsard, Antoine de Baïf, Amadis Jamyn, Philippe Desportes, le portèrent sur leurs épaules à sa dernière demeure.

BAIF (Jean-Antoine de)

Fils naturel de l'ambassadeur de France à Venise, Lazare de Baif, ce savant magistrat, disciple de Budée et de Musurus,, Jean-Antoine

1 Elég., XX.

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